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Mille-Feuilles (à multiples voix multiples lectures) - octobre 2022

mercredi 5 octobre 2022, par Cécile Guivarch

Peut-être des lis de Judith Chavanne - éditions Le bois d’Orion, 2022, par Jean Marc Sourdillon

Voici un très profond livre, grave, sobre et d’une grande tenue sur un sujet particulièrement difficile, le deuil d’une mère : il faudrait ne pas verser dans le larmoyant, l’apitoiement sur soi-même, ne pas donner dans la glorification abusive de la défunte ou l’excès de mélancolie, ou, à l’inverse l’excès d’idéalisme ou d’optimisme. Judith Chavanne a su d’emblée trouver le ton juste, c’est-à-dire construire un chant (parce que c’est un chant, une sorte de thrène) au ras de la prose, incroyablement ferme et mélodieux alors qu’il trace sa voie dans l’incertitude et le silence. Et ça tient - je dirai presque « miraculeusement » (comme chaque fois qu’une parole est juste). C’est un chant à deux voix, dont l’une est un murmure, l’autre un silence, il poursuit une conversation commencée à voix basse dans la pénombre de la cuisine et la prolonge au-delà de la séparation et de l’absence. Tout, ou presque, y est éclairé par la lumière d’hiver (« saison lucide »)

Ce livre très beau, très grave, très noble aussi et surtout très vrai, sans tricherie est pour cette raison parfois rude ou rêche, presque dur, sans compromis comme cette évocation de la mère devenue un petit vieux sur son lit de mort, sans plus aucune trace de féminité sur son corps. Ce sont ses filles, par elle réunies une fois encore lorsqu’elles vont aux obsèques, qui se passent désormais le bâton de rouge à lèvre dans la voiture. Mais il y a en contrepartie la présence à la fois légère et très forte des fleurs, moins fragiles que nous, de leurs parfums tenaces, jacinthes, mufliers, lis, et des oiseaux, les moins glorieux, le passereau notamment, les plus fragiles et pour cette raison les plus proches, nos plus sûrs alliés dans ces territoires du chagrin. Ce sont eux que l’on voit battre désespérément des ailes dans les yeux assombris de la mère tout à la fin.

Ce dialogue se construit avec des questions et peu de réponses, avec le doute que la réponse ne soit que l’écho de sa propre voix. La réponse y est à la fois un savoir sur soi et sur sa propre mère, la reconnaissance d’une douleur partagée, écoutée, peu à peu comprise, acceptée. Reçue. On y trouve simultanément la douceur d’une présence enveloppante, réconfortante dans le susurrement du dialogue, et la reconnaissance, dans son mutisme, d’une douleur qui précède et qui empêche, sinon de vivre, du moins de vivre heureusement. C’est avec cet héritage qu’il faut trancher pour reprendre la vie ailleurs autrement et c’est, inévitable conséquence, à cette douceur qu’il faut aussi renoncer et cela, c’est douloureux et difficile.

Voilà donc un très beau livre, grave, douloureux, mélodieux et en même temps un geste d’amitié et de confiance parce qu’en le donnant à ses lecteurs la poète leur confie une sorte de secret enveloppé dans la mélodie et les douces, parfois brutales, images, un éclairage sur ce qui se passe dans les profondeurs, la pénombre d’une vie, ces mystérieuses relations, transmissions, ces mouvements obscurs qui l’orientent et la construisent. Le centre de gravité, à tous les sens du terme, est à mon sens du côté du très beau et lucide poème de la page 34, à la fois douloureux et calme, et clair, parce que la réalité s’y regarde en face sans que l’œil ne cille, et qu’elle est accueillie dans une forme qui lui donne son ordre, son sens et sa mélodie, bref qui la reçoit dans une compréhension (un mixte de compassion et de pardon).

L’enfant que tu étreignis, comment,
de tes bras à l’angle pur, au dessein ferme,
se fût-il fait un nid
quand pressé sur ton cœur
il y entendait battre le souci ?

Ta douleur fut une ruine ;
elle a défait ton geste
dans le temps même où tu le faisais,
et l’avenir,

et la maternité…

Se sonde peu à peu dans ce livre, dans le dialogue qu’il essaie d’instaurer et qui s’épuise, la profondeur d’un secret. Au lieu où la vie de la fille se noue avec celle de la mère, la prolonge, à l’endroit du leg, c’est une étrange sorte de présence qui se rencontre. A la place du sol, de l’appui qu’on s’attendait à trouver, c’est plutôt un défaut, une sorte de défaillance, une fragilité. Mais pour celle qui accepte de regarder en face, sans tricher, cette sorte paradoxale de don, c’est un événement qui se produit dans ce creux, un retournement du creux en geste, en élan même, à la fois une vie, son mouvement, et un geste qui lance et qui donne, qui fait de la fille quelque chose comme un projectile, un oiseau, une façon d’aller en s’ouvrant à la présence du monde et de ce qui le peuple. Qui suffit à fonder une confiance, qui fait du monde alentour le relais de la présence maternelle, peut-être sa continuation. Elle cédait l’enfant / au ciel, aux pétales, à la lune (sa rondeur), aux arbres blancs couverts de pétales, au bruissement des peupliers (p.33) - on retrouve là certains mots des titres des livres de Judith Chavanne. Là est sans doute la vraie solidité, non pas dans les contours fixes d’une identité, mais dans le mouvement par quoi l’on se jette hors de soi et l’on devient. C’est ce que dit si bien le magnifique avant dernier poème :

Et cet élan que tu fus, que tu as disséminé
au gré de tes rencontres, de tes amours,
c’est encore ce qui définit le mieux
ce que tu es devenue : insituable, indéterminée.

Chaque histoire, chaque relation, je le crois profondément, est singulière, et je ne veux pas tenter un rapprochement qui effacerait cette singularité, mais la douleur, telle qu’elle s’exprime, à la fois toute nue et pleine de retenue, dans ces poèmes, m’atteint droit au cœur, je la reconnais, elle y est encore toute vive. Comme je reconnais ce sentiment fort si parfaitement exprimé dans cette strophe finale de l’un des premiers poèmes :

Nous voilà à nouveau fondues ;
j’étais ta parole de chair,
tu es devenue mon secret, ma ferveur,
parfois je me prends à dire ma prière

Jean Marc Sourdillon

Tailler sa flèche, Coralie Poch - la tête à l’envers, 2022, par Jacqueline Persini

Il arrive que les herbes de la vie se coupent, que la nuit envahisse tout, qu’on ne sache plus qui on est, ni où l’on va. Ainsi la mort de la mère nous laisse sans protection et il nous reste dans une radicale solitude d’aller vers le saut, les mots qui sauvent.

Coralie Poch explore dans une langue inventive, parfois trouée, parfois de feu « ce qui sépare le noir du noir », ce qui lave le corps afin de trouver « le droit de pousser tranquille... à l’air libre. »

Sans carapace, la marche dans des phrases comme dans la vie se fait à contre-courant des chemins connus et balisés. Tous les éléments sont convoqués, en particulier l’eau d’abord morte, après la traversée de la perte, de la résistance aux digues effondrées, reprend vie. Et celle primitive dans laquelle nous avons tous baigné prend ici la forme de la pluie, du lac, de la mer, de la neige, se laisse prendre dans des remous, se trempe de ciel âcre, de ciel bleu jusqu’à la douceur, jusqu’à la lumière.

Du fœtus à la femme, le corps, les savoirs se transforment, évoluent vers un accueil du feu qui brûle le bois mort pour laisser place à de nouvelles pousses. La vision du monde se modifie. La sauvagerie, l’étrangeté des animaux en nous (loup, cheval, ours, aigle et même carpe, truite) s’apprivoisent, nous agrandissent.

« L’entêtement à vivre » permet de rattraper « l’oiseau blanc » jeté par la fenêtre, lui dessine des couleurs et des ailes. La montagne devient entière « sur l’épaule d’homme vivant  ». Le vent peut se tenir alors à deux « d’un seul élan, d’un même geste ». La flèche qui risque de tuer est aussi celle de la joie car ne faut-il pas lâcher ce qui blesse pour laisser place à l’amour et à la lumière ?
Nous voici revenus à l’origine de nos vies, à la nécessité d’inventer aussi des pas, quitte à nous mettre comme la poétesse, sans dessus dessous. Ce qui nous cogne, nous déborde, est aussi ce qui ouvre à l’imprévisible de nos vies, peut-être à l’obtention d’« un bec d’oiseau neuf » à l’affût de commencements.

Les déplacements de la langue, du regard conduisent à un ailleurs où cueillir des herbes vivantes devient possible.
Les encres de Jean-Marc Barrier suivent le trajet de gouttes de vie qui s’agrandissent, prennent des formes inattendues.
Un recueil vivifiant qui incite le lecteur à tailler sa propre flèche aujourd’hui et demain.

Jacqueline Persini

Conspiration du réel, Grégory Rateau - éditions Unicité, par Dominique Boudou

Le réel, on croit le retenir et il nous échappe. On croit lui échapper et il nous retient. Concret, symbolique et imaginaire, il joue comme un cerbère acéphale en son théâtre d’ombres.
Dans l’avant-propos de son recueil Conspiration du réel, Grégory Rateau constate la débâcle du monde dévoré par « un vaste réseau fantôme aux ramifications profondes » qui altère toute identité, en soi et hors de soi. Mais le pire n’est jamais certain. Il prie pour « la lumière du jour enfin ressuscité », affranchie des dérèglements algorithmiques.
Le premier mouvement du texte évoque le « romantisme pastoral » des âmes qui résistent en labourant la terre devenue sans promesses. Ses arbres sont trop maigres. La lumière du ciel est trop chiche. La fièvre prend les corps quand la mer pleure des sanglots sur les îles d’Aran au large de l’Irlande. Quand les « guetteurs cheminant le long des quais » de Dublin « se cognent sans se reconnaître ». Le poète, arpenteur assoiffé d’horizons, n’a plus les mots qui disent les histoires. Celle de la tourbe qui chauffe si mal la solitude et le silence. Celle de la misère qui aigrit le cœur des pierres. Le réel est « un naufrage de mémoires ».
Grégory Rateau ouvre son deuxième mouvement avec une citation de Philippe Jaccottet : « je m’entête à fouiller ces décombres, ces caisses, ces gravats sous lesquels le corps est enterré ». Le poète ici est un errant incapable de fuir ce qui le hante, de la grande ville de Bucarest à la petite campagne de Tiganesti en passant par le port de Braila. Que cherche-t-il de lui-même en [son exil à bout de souffle] ? Ses mots fouillent « l’haleine des mauvais jours », « les cadavres de vélos rouillés », « les boyaux et viscères du faste d’antan ». Mais son costume d’aventurier n’est qu’un accessoire parmi d’autres. La scène est borgne, il le sait, et [les yeux du songe un peu troubles]. Le réel sans cesse recommencé, où même les éclaircies vont l’amble avec les chimères.
L’enfance est peut-être ce rivage où l’humanité ne finit jamais d’aborder. Le troisième mouvement, plus ample en son dépli que les précédents, s’ouvre avec Yves Bonnefoy : « Je m’éveille, c’était la maison natale… » Des souvenirs passent du foyer qu’on n’habitera plus, de l’école qui censurait les rêves de l’étourdi en orthographe, des rues de Château Rouge et leur fracas d’épices avant le grand nettoyage, de l’aimée qui rendait fou jusqu’à suffocation, l’enfance ayant grandi. Et le poète farfouille dans les rayons de la lumière, en quête de saisons. L’adulte qui a [de la grisaille au fond des poches] renonce à jouer les demi-dieux. Le vieillard qui ne voit plus guère retrouve son enfance aussitôt émiettée. La lumière ne tient pas debout. Le réel titube.
Enfin, rimbaldien par-dessus tout, Grégory Rateau conduit le lecteur vers la fin du monde. Un dernier mouvement de Beyrouth brisé par les combats à Katmandou où « des hippies sur le retour » parlent « de copuler dans les neiges et les selfies ». Avec une pause dans un cabaret portugais aux senteurs de bouillon vert (caldo verde). Un homme y rêve qui porte le nom de Personne. On remarque à peine son chapeau et ses conversations « avec une chaise vide ». On ne le comprendra que plus tard quand on trouvera dans une malle livrée aux rats la multitude de tous ces autres qui l’écrivaient. Une chaise vide n’est jamais tout à fait vide. Mais « Pour qui parle le poète ? » s’il a perdu la langue des astres. Les briseurs de rêves ont soumis le verbe aux batteurs de monnaie. La civilisation chancelle déjà sous les cendres. Le voyant doit inventer un nouveau langage, « renaître à la lumière ». Le lecteur oubliera la tentation de fuir vers « ce large sans nom, sans destination ». Il se dressera contre la conspiration du réel, la conjuration des imbéciles. Il forgera sa révolte et sa mélancolie dans les bas-fonds les plus obscurs, réinventera l’espoir en musique avec Malher et Satie. Quand plus aucune lettre ne manquera aux voleurs de feu, il brandira sa colère sous le nez du ciel. Et le poème, sans artifices, saura « tirer le premier ».
Que dire maintenant, sachant que Grégory Rateau n’aime pas les « superlatifs enwagonnés » ? Comment qualifier sa poésie en quête d’absolu, son orgueil et son humilité ici-bas et tout là-haut ? Disons simplement qu’elle est à la fois puissante et impuissante comme toute chose humaine. Elle tonne même quand elle se tait, elle sidère sous la voûte étoilée et dans les sillons de la terre. Loin des charivaris clownesques des bouffissures littéromanes, nul doute que Grégory Rateau imprimera des traces qui ne s’effaceront pas.

 

Extrait
Poème païen

A la fin, je me présenterai devant vous
presque nu
avec seulement mes bagues en éventail
une pour chaque vie que j’ai vampirisée
les yeux gris d’un plein soleil
l’iris en parchemin
récit des folies de ma jeunesse
mes muscles à présent atrophiés d’avoir trop ou mal aimé
De rares cheveux formeront ici ma couronne
unique récompense pour toutes mes conquêtes
personne pour laver ma dépouille
lui donner les derniers sacrements
Juste une photo monstrueuse pliée dans mon poing droit
et qui n’aura plus rien à voir
avec cette chose sans âge aux traits aguicheurs
couchée là sur son lit de ronces
l’ironie glorieuse aux coins des lèvres
innocence encadrée dans un miroir de poche
enfin confrontée à son portrait ravagé
Une vie entière pour rien
car privée de tout
même d’une descendance

Conspiration du réel de Grégory Rateau est publié aux éditions Unicité et préfacé par Catherine Dutigny. Le recueil (81 pages) coûte 13 €.

L’auteur a également publié un premier roman salué par la critique, Noir de soleil, aux éditions Maurice Nadeau.

Dominique Boudou

Une auberge où personne ne s’arrête, Michel Pleau - Écrits des Forges, Trois-Rivières, Québec, 2022, par Judith Chavanne

On entre dans un recueil par son titre, qui est un seuil sur lequel parfois on s’arrête, livre fermé, tandis qu’on laisse rayonner sa lumière, comme le fait une boule à facette, tandis qu’on s’imprègne de son énigme : quelle est cette auberge où l’on ne réside et demeure pas ?

La poésie de Michel Pleau est en effet mystérieuse. Non pas hermétique car elle n’a rien d’impénétrable ni d’obscur : elle est au contraire accueillante – comme une auberge – par la simplicité de ses vocables, la modestie de ses vers, la concision des poèmes, les uns et les autres souvent courts, par l’acuité de ses images dont le caractère d’évidence n’a d’égal que la puissance d’observation et de maturation. Mais pour ces raisons mêmes, la poésie de Michel Pleau exerce sur le lecteur un pouvoir d’aimantation, d’autant qu’elle procède au moyen de « phrases détachées » que le poète confie aimer, et qui ont l’éclat des « floraisons » fragiles. Pour autant, cette écriture ne se caractérise en rien par un éclatement si prononcé qu’il laisserait le lecteur défait : cette poésie est en quête de sens et d’une unité, elle y parvient de façon certes secrète mais certaine.

Aussi, après le titre qui met en exergue un lieu, les poèmes et l’intitulé de l’une des sections déclinent ce thème sous la forme cette fois de « la vraie demeure ». Malgré l’insistance du lexique spatial, la quête de Michel Pleau n’est pas exactement celle d’une maison réelle dont il aurait la nostalgie. Certes les traces d’une maison d’enfance et de ses environs dans le quartier Saint-Sauveur à Québec sont mentionnées de façon insistante dans la première section du recueil : la rue Châteauguay, le parc Durocher, le haut de l’escalier où contempler l’aube qui point… ; certes aussi le sommeil peut, une nuit, soulever « fragment par fragment » la présence d’« une maison » que « le soleil n’effacer(a) pas » et qui pourrait être la maison d’enfance, de sorte qu’il y aura dehors au matin une bâtisse qui la veille n’y était pas. Mais précisément, ce que vise Michel Pleau, ce sont ces instants où les dimensions spatiales et temporelles de notre expérience se fondent, où le dehors et le dedans se confondent, le passé habite le présent et réciproquement.

À l’intérieur du cadastre d’une ville réelle divisée en haute et basse ville comme l’est Québec, la ville où vit Michel Pleau, une autre maison « transparente », un autre lieu se cherche, intérieur, qui fatalement ne saurait échapper à l’influence de la cité, mais sans se confondre aux constructions qu’elle abrite ni à l’une d’entre elle.

Et cette autre demeure, « la vraie » que « nous habitons rarement » et où « même le temps ne (se) reconnaît plus », c’est précisément celle où les temps, les âges d’une vie, les « fragments » dont nous sommes faits, s’uniraient, où nous ne vivrions plus « d’un côté des choses », et où nous-mêmes nous nous (re)connaîtrions. Car si nous sommes seuls, « plus seuls / qu’une balançoire » sans usage, si nous nous sentons défaits, c’est que nous demeurons inconnus à nous-mêmes : « nous ne savons pas notre propre alphabet ».

Pourtant il arrive que l’on accède à la « présence », dont la vraie demeure pourrait aussi être la métaphore, à la faveur de certaines expériences, tel l’amour qui abolit le temps, assure l’unité de l’être et l’inscrit dans une si grande proximité avec le monde qu’il a le sentiment d’« effleur(er)/ la peau des planètes ».

La poésie elle aussi favorise cette « présence » en laquelle l’expérience est « résumée » (c’est un mot que le poète emploie volontiers). Car la poésie se présente comme une occasion privilégiée de se connaître ; elle favorise la co-naissance de la parole et de l’individu, du « verbe rêvé » et du poète. La vraie demeure est peut-être en effet celle du souffle ou du secret en lequel se prépare la parole.

De fait, après le titre, Michel Pleau a placé deux épigraphes à l’entrée de son recueil, citations empruntées à Nicole Gagné, autre poète du Québec, qui offrent une nouvelle perspective sur ce qui anime ce dernier recueil de Michel Pleau : « les images/ tout un alphabet depuis l’enfance/ les ont fait naître » écrit Nicole Gagné ; et encore : « on dirait des chants de solitude pétris en marge de la parole ».

C’est donc à l’intérieur de la poésie que Michel Pleau entreprend de rassembler et unifier son expérience tout en se demandant ce que peut, à cet égard, le poème, sur la manière dont il se forme et favorise, au moyen en particulier des images, cette révélation à soi-même : « les images une empreinte errante/ où l’on parle pour se retrouver ».

L’écriture est donc bien vitale et la poésie un autre nom du souffle. C’est pourquoi peut-être Michel Pleau a choisi de ne pas inscrire de majuscule ni d’utiliser de ponctuation dans ses poèmes. Il n’y a de sa part aucune concession faite à la mode, ni aucune affirmation de modernité, plutôt une façon de mimer la permanence du travail poétique en soi. Sans doute la poésie ne se révèle-t-elle pas à la conscience continûment ; elle le fait à la manière d’un ruisseau qui de loin en loin s’évase dans un bassin, comme la poésie s’épanche dans un poème ou un recueil ; mais celle-ci demeure une et mue par une seule aspiration : celle que le poète a de vivre au plus près de soi, dans la « demeure transparente » du souffle et d’un regard éveillé.

Pourtant, si Michel Pleau s’inquiète d’un « verbe » ou d’une « parole », s’il s’interroge sur le poème, il sait aussi que celui-ci lui échappe, qu’il ne saurait le posséder, que la poésie se fait souvent à son insu, qu’elle existe peut-être même en dehors de lui :

c’est le début d’une histoire
d’un autre équilibre

tout cela me traverse
plus que je ne saurais le dire

j’ignore si la poésie
est une demeure
ou simplement la pluie
qui tombera demain

mais ce matin sur ma table
près d’un rayon de soleil
quelques mots
qu’une mouche grignote

La poésie est-elle cette demeure que nous bâtissons à l’aide de mots pour accueillir les choses de ce monde, comme le recommandait Rilke, ou existe-t-elle dans le monde lui-même ? Sur la table qu’éternise ce poème, coïncident en tous cas deux sources d’émerveillement pour un lecteur et poète : « les mots », « la lumière ».

Car de l’émerveillement, il y en a dans ce recueil où le poète dit son amour de la vie, sa tentative pour photographier air, ciel, nuages afin de « ne pas vieillir » et tenir en respect la mort ; et certes l’espoir ultimement est vain, le poète le sait, néanmoins les vers, les images, le langage ont un temps suspendu le temps, fait toucher à l’éternité d’un instant accompli dans le langage.

Le lecteur a l’impression que se trouve ici rassemblé l’essentiel d’une expérience humaine vécue à un haut degré d’intensité et portée par une expression fervente ; pourtant, le poète le dissuade de chercher en ses vers des leçons. Humble, et dans l’esprit de Philippe Jaccottet, qui écrivait « plus je vieillis et plus je croîs en ignorance », Michel Pleau qui admire l’auteur de L’Ignorant déclare, lui : « je ne sais plus ce que je sais ». Il laisse à ses vers la liberté et l’ingénuité de l’expérience, et nous prévient : « vivre est (toujours) autre chose » : vivre se risque, se joue et se rejoue perpétuellement et, pour un poète, c’est aussi dans le poème.

Judith Chavanne

Femme broussaille, la très vivante, Patricia Cottron-Daubigné, dessins de Mélissa Fries, éd. Les Lieux Dits, coll. 2Rives, par Mathias Lair

Ma hantise : comment rendre compte du poème de Patricia Cottron-Daubigné sans sombrer (avec un délice inavoué ?) dans les clichés de la phallocratie que notre auteure prendrait à juste titre pour un sacrilège ? Dans le climat chaudement sexiste qui règne en ces temps, pour un pauvre vieux mâle άλφα comme moi, il est difficile de ne pas être taxé de machisme… par total puritanisme ? On ne pourra reprocher ce vice austère à Patricia Cottron-Daubigné. Bien que notre poète y prête le flanc (si j’ose dire) puisque, retournant à son avantage un fantasme inventé par les inquisiteurs des temps moyenâgeux, victimes sans doute d’obsessions sexuelles, elle nous donne à savourer les images traditionnelles de la sorcière érotique et sauvage , nous vantant le

coffret secret
bois de rose et santal

que « la femme broussaille » annonçait dans son titre :

dentelles sur dentelles
jusqu’au froufrou
le plus rose

On l’aura compris, Patricia Cottron-Daubigné développe la gamme entière du genre, le sien – sans jamais sombrer dans la pornographie. Elle nous fait miroiter un sexe heureux et délicat. Sa langue entière devient sexe, à moins que son sexe soit devenu langue :

en résilles serrées
haletante
Une langue
à bousculer les rêves

alors on ne sait plus s’il s’agit de l’organe ou du verbe, le poème devenu « la pulpe des lèvres »…
Je suis homme, je ne puis que rendre grâce à une femme qui ne nous oppose pas son continent noir, et ose dire le désir – rappelant ainsi une longue tradition féminine que l’on aurait vite fait d’oublier :

je porte à mon cou des serpents
des serpents anciens pour mieux chanter
nos chants d’amour et de nuit

Voilà que Méduse joue de ses sortilèges

la vague enroulée
femme une
renouvelée
de l’autre
inlassable
à son désir

entourée d’un cercle d’aimants

Les hommes attendront
Campés sur leur sexe

La première partie de ce beau livre est consacrée (si j’ose dire) aux dessins de Mélissa Fries, d’un nocturne érotisme, sur lesquels, en transparence, notre poète a fait écho – ainsi l’union du texte et de l’image est-elle réalisée dans la différence. Mélissa Fries dit de ses dessins : j’aimerais faire de mon travail un brasier. Dira-t-on un chaudron de sorcière, où s’entremêlent gravures anciennes, image surréalistes ou rock’n’roll, dessins naïfs et photos… Une vraie bacchanale !

Mathias Lair

L’horizon patient, Anne-Lise Blanchard - Ad Solem Éditions, par Jean-Pierre Boulic

On peut affirmer, avec d’autres, que la poésie est la logique du petit et bien sûr du petit nombre. C’est léger, sans armure. Rien à voir avec la puissance, le prestige ou le pouvoir, du moins tels qu’ils sont entendus le plus souvent. Mais comme il s’avère difficile de donner une définition à la poésie, il est bon de rappeler que le réel est le matériau qu’elle utilise. Son sujet n’est pas d’inventer mais de dépasser les apparences, surtout celles de l’éphémère… Ainsi le poème ne sera que mots de clarté, de couleurs, d’images, aux fins de toucher à l’essentiel. Alors la poésie sera accueillie par ceux qui sont prêts à se désapproprier et à se libérer de ce qui entrave. Justement, le poète « reste à l’affût/de ce qui perdure » confie Anne-Lise Blanchard dans son nouveau recueil L’horizon patient . Un recueil d’attente et de confiance. Un recueil de sagesse.
En quelques courtes et denses étapes de son itinéraire, elle partage sa marche ascendante, son désir de désengorgement, souhaitant « que la beauté à nouveau vienne frapper à [sa] nuit ». Elle se recueille à la Sainte-Chapelle, emprunte lieux et voix, aussi « la trace/de [son] enfance », entend Berlioz, Poulenc, écoute Claudel, Rousseau, parcourt Sète, Carcassonne, Collioure, grimpe à Hautecombe et jusque d’autres sommets, puis allonge le pas sur l’étendue de la Beauce en se mettant dans les pas de Péguy vers les vitraux et les tours d’espérance de la cathédrale de Chartres. Toutes échappées majeures d’une quête qui va laisser surgir « Dans la nuit d’hiver/l’étrange rayonnement/des fleurs de prunus » pour savourer « la beauté de l’évidence ».
Chez Anne-Lise Blanchard, adossée au nécessaire silence de la création, cet événement de la rencontre porte un nom : le poème. Le poème, dont la vision ne peut être obscurcie, son rôle étant de donner à voir et de « s’occuper de mots précieux cailloux/arrachés/à la chair du geste à la nuit de la langue ». Ainsi prend naissance la poésie qui aboutit avec bonheur à un « livre de saveurs d’images de légendes » fait d’une « litanie de vies ordinaires et d’espérance ».
Et dans son effort de recherche, qui est contemplation et émerveillement par rapport aux moindres choses, le poète parcourt d’une « échelle de lumière » le quotidien rencontré et admiré (« C’est l’Autre dans sa chair/que nous côtoyons »). Il accède finalement et tout bonnement à un face à face avec l’infime de l’infini, voire l’innommable. C’est l’heure du plain-chant découvert et entonné face au monde encore en genèse, bien loin de celui des marchands du temple masqués par « les facéties de l’usure ».
Anne-Lise Blanchard offre avec soin un recueil gravé des mots essentiels, du réel découvert au fur et à mesure d’une avancée vers L’Horizon patient qui s’avère finalement bien plus proche que l’on aurait pu le penser. Son écriture est d’épure. Ainsi peut-on comprendre ce qu’est la poésie où l’auteur a su donner « le mot qui libérera le souffle/ d’une nouvelle naissance », celui que l’on entend grâce au bonheur à découvert. Oui, ici, se donne au monde blessé par l’obscurantisme, la promesse de la beauté du poème. Et sa joie.

Jean-Pierre Boulic

Écrire à dessein, Dessins de Jean-Louis Guitard, Textes de Pierre Kobel, Édition Unicité. Collection Le Vrai Lieu, 15 € par Hervé Martin

Le livre s’ouvre avec une préface de Bruno Doucey titré du nom de la collection où le livre paraît : Le Vrai Lieu. Elle nous conduit aux sources de ce livre, à ses intentions et à l’histoire littéraire. Celle-ci témoigne notamment d’illustres collaborations artistiques entre poètes et peintres pour les raisons qui lièrent La Boétie et Montaigne. Le « vrai lieu » est ici celui d’une rencontre entre deux êtres, l’artiste et le poète, que l’on « croirait nés l’un pour l’autre ».

Le lecteur appréciera la qualité des dessins de Jean-Louis Guitard que les poèmes accompagnent. Avec leurs grisés hachurés de fines stries, ils me rappellent des ciselages de graveurs. Ces dessins partagent leurs univers dans le regard de Pierre Kobel avec les poèmes sensibles et emplis d’humanité qu’il nous donne.

Les cris d’oiseaux se sont tus / Cris des oiseaux blessés / Qui savent le poids du ciel/ Grinçant de silence

Ils sont puisés à la transparence évocatrice des dessins de Jean-Louis Guitard.

Ami, entends-tu le monde qui change ? / Les plaques tectoniques de nos certitudes / Bougent jusqu’au désarroi

Des scènes simples : une maison, un chemin, des enfants qui jouent, des arbres et des personnages, hommes et femmes que souvent on devine… Autant de sujets saisis au cours de nos existences ordinaires. Pierre Kobel y plonge pleinement, rejoignant ainsi sa propre vie, son enfance, ses désirs et ses joies. Sans omettre les incertitudes qui pointent parfois aux chutes de ses poèmes.

Le silence des murs / Résonne / Au cœur des arbres // Quel drame se joue / là / Sous le poids du monde ?

Un livre de partage et d’amitié que l’on découvre avec plaisir.

Hervé Martin

Poèmes de l’attente – Isabelle Solari - Éd. Ad Solem (2022), 112 pages, par Jean-Pierre Boulic

« Son regard
est la seule
épreuve
de nos vies. »

Quelques mots. De simples mots. Des mots de silence et de brisure. Le cœur d’un livre de poète. Pour circonscrire le secret émondé de parcours humains où l’âme se déploie en vue d’une impatiente rencontre… Ce que donne justement à découvrir et partager le recueil des Poèmes de l’attente d’Isabelle Solari.

L’ouvrage est bâti au rythme de trois temps : « Offertoire », « Sang versé  », « Communion ». Ils sont autant de moments ou d’étapes significatives d’un parcours de haut lignage où s’expriment la douleur «  quand elle n’a plus de nom », la brûlure ou la blessure «  quand tu n’es plus/que larme intérieure  », la confiance : « Victoire,/ mon enfant,//tu m’as donné/l’espérance. »

Incontestablement, ce recueil au langage resserré, épuré, s’appuie sur une expérience de vie authentique, celle qui dit, sans le moindre bavardage, ce que l’on est. Et c’est une grâce de pouvoir le connaître ainsi, d’être en capacité de «  Lire la vérité des cœurs » parce que le poète a reçu le don de se « laisser creuser  ».

Le poème, chemin de contemplation, tente d’approcher l’indicible et peut révéler au cœur des humains la teneur de la Parole d’une manière certes imparfaite, incomplète, mais utile et vitale parce qu’elle touche à l’infini. Sans jamais taire l’homme, à l’image d’une œuvre artistique, le poème incarne l’invisible d’un monde visible (ce qui est vécu à l’intime), une Présence qui ne se nomme. Il engage aussi l’abandon à ce qui vient, qui est richesse de cette Présence habitant la terre arable où va germer le grain de l’éternité : «  J’espère/voir ton sourire/quand les roses/écloses/fleuriront/dans mes bras  ». Au fond l’itinéraire en plénitude de l’« écoulement/de l’être//en Dieu. »

Peut-être que les temps d’obscurité et de confiance retrouvée découvrent la lueur nécessaire à leur cheminement dans ce don de la foi reçue au creux des « profondeurs/douloureuses/qui ont besoin/de la légèreté/d’un sourire  ».

Il faut méditer ce beau recueil dont la vertu est bien de nourrir maints itinéraires de lecteurs. Ici, le poème éveille l’Être vivant dans l’inaperçu du quotidien. Sur une terre gorgée de beauté et de la « Profondeur des champs », la poésie, bien modestement, n’est pas autre chose que cette rencontre où les événements « retenus » par l’émotion sont relus, comme le dit Sylvie Germain, à la lumière d’une écriture qui conduit « vers l’insoupçonné, vers l’inespéré ». Ainsi la parole d’Isabelle Solari va de cœur à cœur, en mèche de vie, et s’adresse à ceux toujours inconsolés qui marchent vers ce qui les dépasse, tous ceux qui cherchent la source de leur « appartenance » d’amour. Nul ne s’accomplit seul, mais il est déjà donné « de rejoindre/la clairière/ensemble ».

Jean-Pierre Boulic

Les verbes de la jubilation Les verbes de la désolation, Emmanuel Fournier, éditions Héros-Limite, 2021, par Sandrine Daraut

Dès la première page, au-dessous du titre – Les verbes de la jubilation – on nous annonce la couleur…
« Collage de morceaux préparés de Friedrich Nietzsche, Le gai savoir et de Roland Barthes par Roland Barthes ».
Et l’auteur en notice d’expliquer très clairement sa démarche ; « Il n’y avait pas grand-chose à faire. Juste un peu de remplacer, puis de couper-coller. Puisque les mots veulent dire, eh bien ! qu’ils disent, qu’ils forment et qu’ils déforment, qu’ils se copient et qu’ils se remplacent, qu’ils se coupent et qu’ils se collent ! Nul besoin de les conjuguer. Laissons-les faire, laissons-les dire. On verra bien si, comme à leur habitude, ils ne font pas – ils ne disent pas – autre chose que ce qu’ils veulent – que ce qu’ils croient ».

Dans ce cadre, une nouvelle perspective philosophique émerge ; celle d’un naturel qui se conjugue à l’aléatoire, au doute voire au mystère – ici source de jouissance. C’est plus précisément dans le questionnement lié au double sens d’une proposition – à l’infinitif, dans les collages – que l’auteur identifie la possibilité d’une prise de conscience quant à une humble appétence pour l’altérité ; « Contrairement à ce que l’on attendrait, ce n’est pas la polysémie (le multiple du sens, l’infinité fantasmée des interprétations) qui est louée, recherchée dans les transcriptions (…) ; c’est très exactement l’amphibologie, la duplicité ; le fantasme n’est pas d’entendre tout (n’importe quoi), c’est d’entendre autre chose ».

C’est aussi avec un regard plus aiguisé ainsi qu’une certaine liberté d’examen que le lecteur se prépare à envisager le second volet de ce développement ; à savoir Les verbes de la libération - « Collage de morceaux transposés de Victor Hugo, Notre-Dame de Paris et de Paul Valéry, Léonard et les philosophes ».

Sur la route
Mille feuilles de papier
Laisser parler les maux Place aux doutes
Tous et Toutes plus ou moins prisonniers

En considérant les prérequis de l’apprentissage philosophique, l’auteur pointe du doigt la nécessaire pédagogie visant à faire naître le désir d’un esprit d’ouverture, permettant de se défaire des préjugés autant langagiers que sociologiques, pour sans cesse recréer des substrats théoriques d’analyse – du reste toujours parcellaires face à une réalité elle-même constamment décrite à l’aune d’intuitions, de logiques ou de représentations fonction de la situation et du vécu de celle ou de celui qui nomme sans figer ; « Il y a un certain sentiment des idées et de leurs analogies, qui me semble pouvoir agir et se cultiver comme le sentiment du son et de la couleur. Ce sentiment, s’il prit jusqu’ici pour prétexte et pour thème la poursuite d’une certaine vérité ou réalité, peut à présent se fier à soi-même et ne plus tant poursuivre que créer ».

A ce jeu de dominos du laissez-faire, de telles tentatives de rapprochements morcelés ne sont pas sans rappeler les propos de René Char ; « les mots qui vont surgir savent de nous des choses que nous ignorons d’eux » [1].
Une telle approche, dans l’appréhension de la tension inhérente entre l’esthétique de création poétique et l’existence vécue, peut donner à voir en fait d’un statut beaucoup plus intemporel de celle ou de celui qui écrit, notamment en termes de passeur.e.s de mots d’expériences.

« Ce genre si particulier de travail mental et de production verbale prétend toutefois à une situation suprême par la généralité de ses visées et de ses formules ; mais comme il est destitué de toute vérification extérieure, qu’il n’aboutit à l’institution d’aucun pouvoir, que cette généralité même qu’il invoque ne peut ni ne doit être considérée comme transitoire, comme moyen ni comme expression de résultats vérifiables, il faut bien que nous le rangions non trop loin de la poésie ».

Sandrine Daraut


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Notes

[1René Char, Chants de la Balandrane:1975-1977, Gallimard, Paris, 1990.



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