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Lectures de Luce Guilbaud

mardi 20 mai 2025, par Cécile Guivarch

 
Cantilène, Marie Huot – éditions Al Manar

Avec ce dernier livre « Cantilène », on retrouve « la douceur définitive » de Marie Huot « l’enchanteuse ».

Elle voudrait, « tandis que le monde vacille » s’appeler « Renouée » « parce que c’est un nom pour rester vivante ». Renouée, cette plante aux multiples noms, le nom de toutes les femmes réelles ou imaginaires, des amoureuses et des guerrières à la bannière flottante, des femmes qui peuvent mourir d’amour. « Renouée », « doucement et en secret » ce mot se partage et poursuit ses racines…

Retrouver l’écriture de Marie huot de livre en livre c’est retrouver cette apparente simplicité mêlée de légendes, de comptines et de chants retenus. Une écriture pour se dire et s’interroger, être vivante et suppliante. Une écriture de l’impossible et du doute autant que de lucidité de « fée des soupirs et des tout petits riens ». Marie est cette femme qui avance avec la pensée « des lichens au cœur de son jour ».

Elle raconte une histoire, même si elle dit le contraire, une histoire de femme amoureuse, une histoire de naissance et d’oubli. C’est une question enfouie sur la vie, l’amour, le deuil, la perte… l’espoir. Elle écrit, nous emporte sans en avoir l’air dans les marées irrésistibles du désir. Malgré son « cœur épris d’amour pris dans le gel la froidure ». Mais « ce n’est pas une histoire pour être racontée ».

C’est une écriture intime nourrie de ses lectures, généreuse et toujours surprenante. Quand « l’heure est au chien et loup » elle peut aussi « sauter d’un coq à un âne » … Une poésie qu’on lit comme une révélation pleine de couleurs changeantes, avec « toujours la vie en vue ».

Marie Huot femme et poète : dit-on « une poète ? car le mot poète porte ce petit « e » du genre féminin dont elle parle. Est-ce pour s’en excuser ? Pour moi je dirai que Marie Huot est simplement « poète » !

Il faut lire cette Cantilène étrange et familière, séduisante et fascinante.

Le livre est accompagné des dessins de Diane de Bournazel.

 

L’enfant sur la berge, Jean le Boël – Editions La rumeur libre.

L’enfant sur la berge regarde-t-il passer le courant ? Qu’attend-il ? Que regarde-t-il ? Et de quel enfant s’agit-il ? Sans doute le poète qui, de loin, du bout des années passées se retourne sur cet enfant qui attend d’embarquer pour sa vie. Celui qui écrit, Jean Le Boël est cet homme libre et sensible ayant éprouvé la vie, ses passages doux et amers, ses joies et ses vertiges, qui sait traduire l’écoulement du temps, cet entêtement à vivre, « la célébration de la vie »…

En poèmes simples dans leur déroulement et leur formulation, dans leurs rythmes familiers, Jean le Boël, le poète, « s’il parle/ sa voix porte/ celle des autres ».

Et il parle juste, sans compromis, d’une voix positive qui dit « la vie à notre image/ non pas figée vide inutile/ mais riche de ses accidents ».

On devine dans ces textes le sourire ami qui connaît, comprend et encourage, une philosophie généreuse, une lucidité sans amertume, « qui n’aime pas n’a rien à dire ».

Pourtant je ne suis pas certaine que l’homme soit comme le fleuve qui « suit sa pente » et « jamais ne se révolte » ! mais il dit surtout « le malheur inconnaissable des autres ».

Ce lyrisme tranquille et éclairé s’écrit dans une sorte de sagesse apaisée qui réconforte.

Et pour finir : « il suffit de croire au poème » nous recommande Jean le Boël. Une sagesse à pratiquer au jour le jour !

< align=right> Luce Guilbaud. Février 2025.


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