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Trois petites notes de lectures par Ghislaine Lejard

dimanche 7 janvier 2018, par Cécile Guivarch

  • Un silence de verdure, Gilles Baudry-Nathalie Fréour, éditions L’enfance des arbres

« Dans le balancement des graminées
germe un silence de verdure »

Le dernier vers du recueil donne le titre à l’ensemble ; le silence est bien au cœur de cet opus, un silence vital, nécessaire à la méditation, un silence au cœur de la nature où la forêt se fait « cloître végétal » ; un silence que le poète doit apprivoiser pour percevoir l’invisible et sentir la Présence. L’arbre est le vecteur qui relie la terre au ciel, il est ce vivant silencieux qui se fait chant quand il abrite les oiseaux. Les mots du poème prolongent son chant quand les oiseaux se retirent, car les mots naissent de ce « silence de verdure  », et le poète est ce « promeneur d’avril/ homme de plume » qui fait son nid « dans le langage  » et qui écrit « à mots couverts sous le feuillage ».
La très grande sobriété des lignes et des formes en noir et blanc, c’est ce qu’a choisi Nathalie Fréour pour accompagner les poèmes. L’œil ne se perd pas dans des couleurs et d’une page à l’autre, en noir et blanc, le regard se promène des mots du poète aux dessins de l’artiste et nous invite à la méditation. Les dessins se font calligraphie silencieuse.

Confondre rêves et souvenirs
et communier sous les espèces
de la vie simple

***

Comment ici,
dans ce silence de clairière
ne pas oser cette injonction :
risquez-vous du côté de la lumière.

***

Ses sentes forestières,
son cloître végétal.
Lieu qui nous met à l’endroit.

C’est le calme qui rend vaste une vie.

***

Bénie
soit la lumière qui nous met
l’au-delà à deux pas.

***

Nul ne sait
de quel rêve s’éprend une branche
une fois que l’oiseau
l’a quittée.

  • Les liserons du soir , Jean-Claude Albert Coiffard, La Porte 2017

« On n’entre pas en poésie
la poésie entre en nous »

Cette belle définition de la poésie ouvre ce recueil. Le poète nous entraîne en un passé qui inonde le cœur, la poésie est toujours là pour « panser les blessures » ; le poète toujours en attente, façonne ses poèmes comme le potier sur son tour façonne les poteries. Il ne cesse de regarder le monde, de le faire renaître, en une poésie contemplative où tout à sens, même un brin d’herbe. La nature reflète aussi ce que souffre l’homme, certains poèmes nous parlent de ces victimes de l’Histoire. La voix du poète est là pour ne pas oublier ces « visages sans lèvres  » et nous rappeler qu’il est nécessaire de faire mémoire. Le « Je » du poète est en écho au «  Il », cet autre lui-même, cet ami qui lui ressemble comme un frère et qui lui aussi attend que les mots : « s’enracinent/ entre les ronces/ et les bleuets ».
Cette poésie du crépuscule est illuminée par l’empathie que porte le poète à l’homme et à la nature, c’est un recueil testamentaire pour nous offrir l’essentiel voire l’essence même d’une vie en poésie.

Tout s’était enfui
Tout

Il ne restait
que l’ombre des lilas

Assez
pour en faire confidence
aux lampes

Assez
pour éclairer
les rives de son cœur.

***

Témoin
du miroir

Seulement témoin

Simplement

Au cœur des camélias
germaient
les murmures de l’âme

Les coudes usés
sur le zinc du quotidien
le ciel trinquait
avec le passé.

***

Mon royaume inconnu
mes îles mes ailleurs
mon jardin d’autrefois
je vous emporterai
sous mes paupières closes

Les poèmes du vent
égaré dans ma harpe
un matin de printemps
le chant du rossignol
vous le dira pour moi.

  • Bernard Grasset Refrain Jacques André éditeur

Bernard Grasset nous emporte en ses contrées intérieures à la rencontre de peintres et de musiciens, ses mots font écho à leurs œuvres, les prolongent en un cœur à cœur artistique. Les couleurs et les sons donnent naissance aux poèmes.
Les mots comme lien et fils conducteurs d’une même quête mystérieuse au cœur de la création. Les mots pour tenter d’approcher de « la source » où chante la lumière.

Extrait de la préface rédigée par Bernard Grasset le dimanche 22février 2015

S’il y avait un fil directeur dans l’aventure d’écriture à partir de ces peintures et de ces musiciens, il serait du côté des paysages intérieurs, des profondeurs humaines, des échos de l’insaisissable, et de la recherche, à travers un autre langage, d’un lointain qui murmure le sacre de l’aurore…

***

Fra Angelico

Dans la nuit une lueur
Frôlement d’ailes
Sentier de mémoire
Mélodie cristalline.
Sur la paille du temps
Naît l’infini,
Des mains se nouent,
Les regards s’inclinent,
Souffle d’étoiles,
Enfant de mystère,
Intérieure veille,
Le chant monte du cœur.

***

Chagall

Un croissant de lune,
Chemin de neige,
Le violon et le châle,
Ailes rouges, bleues,
A la fenêtre du songe
Une âme résiste.
S’embrase le buisson,
Chemin de liberté,
L’échelle du temps,
La rencontre secrète,
Dans l’arc d’alliance
Un homme médite,
Le chandelier demeure.
Auprès du blanc silence.

***

O. Messiaen

Ailes de présence,
Vitrail du matin,
Des pas dans la neige
Franchissent le gouffre.
Regard d’enfance,
Souffle du mystère,
J’approche de la source
Où chante la lumière.
Cerceau d’oiseaux,
Clavier de couleurs,
Une main invisible
Transfigure les heures.

Ghislaine Lejard


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