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Petites notes de Ghislaine Lejard

jeudi 5 décembre 2024, par Cécile Guivarch

 
Quand la main se fait crabe, Alain Freixe (textes et poèmes) Jean-Marc Scanreigh (peintures) éditions Esdée

Le titre de ce recueil comme un oxymore rapproche la main et le crabe, créant ainsi une image poétique et artistique aussi surprenante que les dessins de Jean-Marc Scanreigh, ils dévoilent des univers entre réel et onirisme, entre le monde d’ici et celui d’un ailleurs que l’artiste imagine. Ce titre Quand la main se fait crabe est inspiré d’œuvres de l’artiste datant de 2018 dont le titre était Crabe, sur chacune de ces toiles réalisées sur bâche ou sur toile figurent des crabes « grands cosmophores ». Comme « le crabe écarte les grains de sable et algues » la main du peintre «  écarte le dessin ». La main de l’artiste dessine et libère, elle sait errer entre les couleurs posées. Le poète Alain Freixe tente de déchiffrer le mystère de cette dynamique créatrice d’une œuvre qui interroge, qui peint ce qui n’existe pas. Une œuvre océane, toujours en mouvement, une œuvre qui jamais ne finit. Pour le poète, la peinture devient «  un paysage de mer » ; dans le tableau Crabe aux cinq profils, la figure centrale évoque pour lui « Poséidon, ébranleur du sol  »
Les œuvres suscitent beaucoup d’émotion, le poète se dit même «  chaviré  », car ici « l’invisible » se montre. Alain Freixe regarde et nous invite en un itinéraire mystérieux et personnel, il ne cesse de tendre son regard, il tourne autour des tableaux, il sait que parfois il faut fermer les yeux pour «  voir de l’autre côté du monde » et percevoir des contrées d’ici et d’ailleurs : « Un parfum, une lumière, l’écho souterrain d’un arrière-pays qui se donnerait à entendre dans ses bâches. » Un arrière-pays qui crée la surprise et «  c’est cela qui nous tient et nous retient face aux œuvres de Scanreigh  » c’est cela qui tient et retient le poète Alain Freixe.

Les œuvres figurant dans ce livre :
Crabe aux cinq profils acrylique sur bâche, 107x237 cm
Opie avec ombre jaune acrylique sur toile (bandes de bâches cousues) 150x150 cm
La barque aux voiles noires acrylique sur toile 200x246 cm
Fa Hai acrylique sur toile 150x120 cm
Ce recueil fait partie de la collection esdée-manie déjà parus dans cette collection de petit format (15x9 cm), 6 livres édités chacun à 100 exemplaires 5 hors commerce et 30 en édition collector accompagnés d’une œuvre originale.
A commander chez l’éditeur Editions Camoël 2, chemin du Petit Palud 56130 Camoël ou sur le site esdee.fr

 

Jean-Pierre Gallais L’assembleur édition Esdée (collection esdée – manie)

Jean-Pierre Gallais, collagiste et poète, assemble des fragments de papier et des mots, les collages et les courts textes en prose poétique de ce recueil interrogent sur le temps qui passe, sur la place de l’homme dans un contexte souvent perturbé.
Créer, c’est vivre et ne rien oublier, savoir «  pour ne pas oublier qu’il faut vivre malgré tout » et malgré les doutes et les fatigues, prendre «  les chemins de traverse pour mieux cacher encore ce qui reste d’aventure… »
Mais le temps qui passe secoue parfois la vie jusqu’à la nausée, car toutes ces vies et ces violences quel en est le sens ? où vont ces «  vagues de marées humaines »
Le collage central interpelle le sens de l’Histoire on y voit la figure de Marat assassiné, une lettre et une plume à la main ; la mort est venue le frapper alors même qu’il était en train d’écrire… Le collagiste le montre s’appuyant à un cadre dans lequel figure une œuvre qui évoque la mort collective, on y voit comme une explosion nucléaire, la mort plane en permanence sur chaque vie et sur le monde.
Mais, malgré cette menace, essayer de trouver son chemin, essayer d’entrer en fraternité et fêter l’amitié et le bon vin, aller « de larmes en éternité, de folie en silence, du silence qui revient… » et poser enfin un regard apaisé sur une fleur qui « caresserait le regard qu’on lui porte  ».
L’écriture de Jean-Pierre Gallais sait traduire la violence et la fêlure du cri ; le poète comme le dit si bien René Char sait que «  la Poésie aime cette violence écumante et sa double saveur qui écoute aux portes du langage  ».

 
Abdul Ghafour Al Khatib, Ce que dit le poème, éditions Des Sources et des Livres (recueil en français et syrien, à la fin de l’ouvrage un CD)

Quand les lettres deviennent une phrase
Et quand la phrase devient lumière

Ce distique ouvre le recueil pour dire un parcours de l’est du cœur à l’ouest de la Loire. Le poète sait qu’il nous faut toujours traverser «  les douleurs de la nuit  », avant d’atteindre la lumière et connaître une nouvelle naissance.
La poésie comme le rêve peut changer le monde. Le texte se fait chair, mais il peut parfois devenir notre ennemi et livrer une guerre qui fera peut-être disparaître le poète ; comme Prométhée, le poète peut être dévoré par son œuvre «  écrire est un acte insensé », mais c’est aussi et surtout un acte salvateur car les mots peuvent tuer «  les monstres de nos peurs  ».
D’un port à l’autre, de l’Orient à l’Occident les poèmes apprennent « à monter le vent » et se dispersent avec les vents toujours plus libres.
Ce recueil c’est l’histoire d’une renaissance, d’une traversée… La violence passée est là, une fleur de grenade en est la métaphore :

« Ce n’était pas du sang
Qui était répandu sous l’arbre à grenades
C’était des fleurs rouges »

Et c’est encore une fleur qui répand son parfum dans les plaines de Bretagne.
« Ce que dit le poème  » c’est aussi et surtout ce qu’il ne dit pas ; il semble bien que cette traversée de l’exil, fait du poète un prophète, car la poésie est bien « une œuvre de réparation (qui) tente de trouver une parole de vie pour combattre l’horreur  » comme le dit Marie-Laure Jeanne Herledan dans la post-face.
La poésie de Abdul Chafour Al Khatib est une poésie d’ici et d’ailleurs, une poésie de nuit et de lumière, une poésie portée par le vent et le souffle de la vie. Les poètes comme les prophètes savent que les mots sont toujours porteurs d’espérance quand ils ont leur source dans l’Amour et l’amour de la Vie.

Extrait

« Derrière les vagues
au-delà de l’horizon doré
vers de nouveaux ponts
vers un autre monde
plus lumineux…

Là-bas au loin
le soleil grandit
et devient un arbre immense
avec de grandes branches
et de nombreuses mélodies
avec une chanson éternelle
qui se répète chaque matin »

Ghislaine Lejard


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