Jane Sautière & Marie Sordat (photographies), Adventices, Les Inaperçus, 2026, 96 p., 17€
Un livre, une écriture, une lumière entre les mains – dans la noirceur des jours.
Un livre qui éclaire la vie de jour comme de nuit. Ce sont les mots de Jane Sautière que l’on suit, qui nous accompagnent et que l’on presse tout contre nos cœurs – des mots empreints d’une poésie véritable –
Jane Sautière écrit là où il faut : elle livre son journal, le journal d’un présent, par petites touches, justes – de vie et de mort. On lit et on ne peut plus s’arrêter tant on se sent lié.e.s – à elle et sa perception – à chaque jour – aux autres – aux êtres – aux choses – au monde –
On suit le fil d’un quotidien, celui de « notre monde », à travers le texte de Jane Sautière et les photographies en noir et blanc de Marie Sordat. Ces dernières saisissent et cristallisent des instants poétiques – comme des trouées – troublées et troublantes. Elles dialoguent avec les mots – ils correspondent et se répondent – ou elles ouvrent d’autres espaces inattendus. Là où notre regard peut se faufiler, se poser, s’étonner... S’engouffrer dans ces brèches, le temps réuni du végétal, de l’animal, de la lumière, de l’ombre, de l’humain, du souvenir, de l’enfance... On traverse et on se sent traversé.e.s par l’écrit et l’image – reliés.
On vit au jour le jour – avec Jane Sautière et tout ce qu’elle évoque de manière limpide, nette et douce à la fois. Des notes brèves, prises dans ce continuum spatio-temporel et l’autrice en mesure les battements du cœur, ses scansions, ses rythmes, qu’ils soient violents ou ralentis : des interrogations ou des réflexions sociales, politiques... ou une certaine contemplation voire méditation poétique. Et c’est dans cet art du fragment – une manière d’habiter poétiquement le monde – que l’on lit entre les lignes, les silences, les blancs, les absences qui sont tout aussi prégnants et palpables que les présences. Y règne comme un flottement. On reste en suspens dès que l’autrice touche avec délicatesse et précision le réel et tout ce qui peut aussi l’élargir : le vivant, le survivant, le persistant.
Adventices, une écriture singulière – sensible, discrète, fine et obstinée. On se sent enveloppé.e.s par cette grande attention et ce grand soin portés au banal, à l’ordinaire et au vivant (82-83). Tout ce qui se trouve marginalisé, relégué, oublié, Jane Sautière les met en lumière.
Adventices s’ouvre sur un constat, celui de « notre monde » chaotique, tragique, saturé de « nouvelles » (1) terrifiantes et que Jane Sautière appelle l’ « Horreur Politique » (6). Un monde traversé par les guerres, les catastrophes écologiques, les violences quotidiennes, les injustices sociales, la saturation médiatique... Un présent saturé d’informations – d’une réalité cruelle. Un monde où la violence est à la fois lointaine et proche : « sur le pas de ma porte », la distribution alimentaire et la mort d’un jeune Somalien dont on sait « qu’il adorait la pâte chocolatée et qu’il n’allait pas bien » (4). Rien ne peut nous en détacher, on est dedans, on en fait partie, indéniablement : « Pourtant, c’est bien moi qui suis reliée à tout cela, c’est mon monde, c’est celui sur lequel je déambule » (3).
Face à l’actualité mais aussi au passé traumatique, Jane Sautière écrit (ce geste d’écrire) – elle incise – fend la chair du réel en « consignant » ces petites choses dont est pétri notre quotidien. Ces dernières élargissent le réel en ouvrant et en augmentant notre présence et notre rapport sensible à la vie (12). Il y a l’ « Horreur Politique », il y a les « bulletins » météorologiques (les nuages, la pluie, la lumière...), le(s) présent(s), les souvenirs (la mémoire), les sensations, les émotions, les animaux (sa chatte, les oiseaux...), les végétaux (un jardin que l’on aime et chérit, les arbres, les bouquets de fleurs achetés...), les présences humaines, un geste... Tout ce qu’elle accueille, recueille, relève de chez elle et de l’extérieur, dans ces quartiers du nord de Paris et ailleurs, et qui disent la vie, le monde, proche ou lointain réunis. Il y a l’intime, le social, le politique, la beauté et l’horreur, la joie et le malheur, les fachos et les tulipes (16), « il y a le jardin, il y a l’enfant mort » (63) ... Il y a la vie, il y a la mort et rien ne peut y faire. Jane Sautière s’emploie alors à déplacer notre regard et à mettre en évidence toutes ces formes de vie, de survie, de beauté et d’espérance. Et dans un même mouvement, on sait alors où placer l’ « Horreur politique » :
En fait, je cherche à montrer l’Horreur Politique par ce qui lui est opposé, ce qui, minuscule et imperturbable s’oppose. Mes brinbrins, brindilles, radicelles du vivant, là où pompe de l’existence, et qui, énoncés, montreraient par contraste ce que sont les forces de mort à l’œuvre. Oui, c’est par le bleu des anémones qu’on peut situer l’Horreur Politique. Et la combattre. A moins que ce ne soit pas combattre justement, mais se nourrir, prendre air et eau. Avoir ressource. Quelque chose de matriciel, d’utérin.
(13)
Que dire de plus ? Très beau passage – qu’on aimerait retenir.
Et c’est là que le titre du livre, Adventices, nous apparaît dans tout ce qu’il a de magique – réel – poétique : il éclaire, illumine, nos visages, nos vies quotidiennes. Jane Sautière nous rappelle combien notre capacité à s’émerveiller est essentielle, le « bleu si profond, si intense, presque violet » d’un « bouquet d’anémones » (11). (Je ne peux m’empêcher de songer – d’avoir une pensée ici pour le poète, Antoine Emaz).
Son intention est claire : « mettre en relation tout ce qui, tragique, appelle et tout ce qui requiert vie... C’est le même monde, il y a cet appel et il y a cette tragédie, il y a ces lumignons » (6), « relier l’Horreur Politique aux petites joies ténues du quotidien » et « il y a toujours un avenir auquel nous concourrons par notre simple présence, pour peu que nous ayons ces fulgurances, ces pétillements, ces rais de soleil dont j’espère consigner quelques éclats » (6).
l’enfant saugrenu de la joie, qui n’obéit à rien, même pas la nécessité d’être.
…
Frizzante.
Un effleurement de la joie, au fil des jours.
(7)
Un effacement de soi. La circulation libre de la vie. S’accrocher au vivant.
Parlons maintenant des « fleu-fleurs », manifeste sensible et engagé (69) : « Combien les fleurs sont présentes dans ce journal ! Je vois bien le risque : les fleu-fleurs, l’ouvrage de dame, la joliesse... Elles ne sont pas une formulation contre-phobique de la terreur que l’Horreur Politique génère, ni même un simple principe esthétique. Les fleurs, comme l’écriture, sont en-soi, sans justification. Des êtres vivants » (69).
C’est là notre pays, le vrai, notre lieu, ce qui nous donnera racine et rameau et fleurs et fruits. Une terre. Ce qui ne sera jamais une consolation, car qui peut effacer la besogne de l’Horreur Politique ? Mais une providence, un don, la joie d’être au monde. « Une raison de vivre » disait Stig Dagerman. Voilà donc ce que sont mes fleu-fleurs, des raisons de vivre.
(83)
Adventices sonne comme quelque chose ou être qui va advenir – « un surgissement heureux, une résistance à la normalisation des espaces » (24) – une trouée – une percée de la lumière – même si cela n’efface en rien la noirceur des temps. Adventices, on aimerait avancer avec elles, les inciter à pousser encore et encore – là où on ne les attendait pas, là on n’espérait pas, là où rien ne semblait pouvoir vivre – à repousser tout environnement qui leur est hostile (24), même les mots qui sont mal vus, mal connotés : « des mauvaises herbes ». Mais il n’y a pas de mauvaises herbes, il y a la Vie. Quelle joie lorsque l’on découvre ces plantes marginales, non voulues, non désirées, fragiles mais tenaces, croître dans les fissures du bitume ou dans toutes terres abandonnées. Que disent les adventices si ce n’est la persistance de la vie – la résistance ? Et aussitôt de penser que ce livre et cette écriture prennent également la forme ou la conduite de ces plantes : « Je voudrais que ce livre soit comme la plante qui pousse dans la fissure du bitume » (6). Voilà ce souhait réalisé. La littérature et l’écriture ne réparent pas, ne consolent pas, ne sauvent pas mais la beauté de leur geste tient dans cette capacité de résister, de tracer, de fendre... de faire surgir.
Puissent les adventices continuer à bourgeonner, à éclore – sans jamais s’arrêter.
Puissions-nous maintenir la présence – l’attention. Ce regard plein d’ « éclats », de « brinbrins », de « fleu-fleurs »...
Tout le temps en ce moment, l’évocation des années 30 et la montée du nazisme, car beaucoup de signes convergent. Et là, il serait bien possible que le temps humain fasse retour. Fleurissons quand même.
(40)
Camille Loivier, Je la suis devenue, éditions Lanskine, 2025, 136 p., 18€
Je la suis devenue est un livre de poésie qui nous saisit, nous hante, nous habite.
On voudrait pouvoir soutenir, soulever, toutes ces voix de femmes passées sous silence, ces femmes écorchées, enfermées, violentées, oblitérées, rendues anonymes, mortes, revenantes... (troisième partie : « Murs des revenantes ») –
C’est un livre à mettre tout contre nos cœurs – à l’unisson – sans clivage.
Un livre, nourri de lectures, qui fait trace et met sous notre cœur, sous nos mains, nos yeux, nos oreilles, nos narines, nos bouches, cette violence insoutenable faite aux femmes.
Un livre qui dénonce et qui nous confronte, corps à corps.
Un livre parcours – de combattantes – de femmes toujours en devenir –
Un livre traversé d’un souffle vital, qui redonne de la voix/e, de la visibilité, de la lumière aux femmes. A ce qui est tu depuis longtemps. Comme ce geste fort – les prénoms que Camille Loivier rend aux « femmes-clichés » : Eugénie, Augustine et Célina (cinquième partie, « Dermographisme / murgraphisme »).
Je la suis devenue est un recueil, dense et intense, aussi bien en sensations, émotions... qu’en matière vivante et poétique. L’écriture de Camille Loivier est profondément ancrée, enracinée ; ce qui n’empêche pas bien sûr son soulèvement. Au contraire. Elle s’inscrit dans le réel. On est face à – il s’agit d’un rapport physique – corps et âme – aux violences historiques et à l’œuvre. Ce qui fait poème, ce sont ces formes de vie, éclairées, dénoncées, revisitées..., que sont les photographies d’affiches féministes prises par la poétesse, les collages féministes, intacts ou déchirés, des citations (voir les références citées à la fin du livre), des interrogations ou des réflexions sur la mémoire des femmes, « trois contes » (« Trois peaux ou le non-consentement », « Barbe bleue » et « Cendrillon »)... ou les « morceaux de poèmes pour la vie brisée » de Camille Claudel, « pour ses plâtres et sa vie détruite » (neuvième partie, partie finale) : « briser ses plâtres / plutôt que de le voir / y apposer / RODIN » (119). La poétesse soulève toutes les pratiques de domination, d’oppression infligées aux femmes à travers l’actualité – les siècles. Le mur, la page, le poème deviennent eux-mêmes un espace intime, commun et libre de mémoire, de présences, de solidarités et de résistance (sixième partie : « réparer les murs » : on fait bloc, « une muraille de femmes », on cherche « une ligne de fuite » (78-79)). Un espace où la parole est de mise – une tentative urgente de (se) retrouver, de dénoncer... mais ce sont aussi les silences, les blancs, la syntaxe bousculée... que l’on voit, lit et entend douloureusement – avec peine. Ces « corps de lettres de femmes » à l’alphabet meurtri...
Je la suis devenue
Titre qui donne le « la » (si je puis dire ainsi) – le ton – l’accent – la punctum du livre (pour reprendre le mot dans La chambre claire de Roland Barthes). Ce qui perce, ce qui blesse. Et ce qui est en devenir, en cours de métamorphoses. Le « la » profondément féminin.
Le premier épigraphe nous éclaire. La voix de Marceline, dans Le Mariage de Figaro, de Beaumarchais : « J’étais née, moi, pour être sage, et je la suis devenue, sitôt qu’on m’a permis d’user de ma raison. ». « Sages », les petites filles, les fi-filles, sages (je ne peux pas m’empêcher ici de relier, et de faire d’autres ponts encore, avec le livre Adventices, tout autre, bien sûr, de Jane Sautière : les « brinbrins », les « fleu-fleurs » – voir la note qui le concerne), la femme bien sage, celle bien comme il faut, celle qui sait plutôt se tenir ou qui sait se taire, se répandre, se noyer – dans un silence total -– qui nous laisse sans voie/x, muet.te.s, interdit.e.s, refusé.e.s…, et qu’on n’aurait donc pas à réprimander. Celle qui sait obéir, se tenir aux ordres ou aux diktats, à ce qu’on leur donne sans avoir à « ouvrir la bouche ». Sinon – Taxées de – Et si – Taxées de nouveau.
Dans ce cas je veux sortir effrontément
avoir des gestes démesurés
dans ce cas j’entre dans la catégorie
des instables, tourbillonnantes, désordonnées
il doit y avoir un entre, une antre
(18)
Mais Camille Loivier déplace, ouvre et transforme le sens de « Je la suis devenue ». Un « la » qui appelle, interpelle et auquel il nous faut répondre. Ce « la » en devenir, en métamorphoses dont on évoquait l’existence.
On songe aussi aux mots, aux phrases qu’on n’oublie pas, de Simone de Beauvoir dans Le Deuxième Sexe, 1949 : « On ne naît pas femme : on le devient », « Le monde a toujours appartenu aux mâles ; aucune des raisons qu’on en a données n’a jamais paru suffisante », « La femme libre est seulement en train de naître ».
Sages donc. Femmes toutes lumineuses, qui respirent, vivent, éclairent sans avoir à se terrer. Qui ont le droit. Vivre. Une vie à soi, aux autres, au monde –
Sages. Faire accoucher (on pense à Socrate « sage femme », au deuxième épigraphe du livre), peut-être, – dans la douleur – ces mots ou maux – de femmes. Donner naissance – lumière – vie – à ce qui est tu, révélé ; réunir aussi ces voix et avancer –
Sages. Enfanter d’un prince « monstre » comme cette reine dans le conte « les trois peaux » (85), et faire éclater sous nos yeux (comme des crépitements, des étincelles, des éclairs – cet orage qui gronde fort), ces vies violentées ou éteintes ; faire éclater le non-consentement... ; faire éclater ces peaux qui étouffent... ; faire éclater la vérité au grand jour. De l’Histoire à nos jours.
La poétesse elle-même est ce « la » devenue autre qu’elle-même, une voix parmi d’autres, une voix que se relie à ces voix de femmes qu’elle sait entendre : « sortir pour lire les collages devient une nécessité » (27). C’est alors une transformation intérieure du sujet, une identité mouvante – au contact de – ce qu’est devenir femme et qui se fait ici, au cours de la déambulation de Camille Loivier.
Trouver sa voix/e – ses voix/es de femmes dans ce labyrinthe
A chaque coin de rues et ruelles parisiennes, dans ce dédale du quartier de Paris Nord (première partie : « Itinéraires », deuxième partie : « La rivière »...), se dévoilent, se révèlent, surgissent donc des voix féminines qui ont trouvé refuge (?), où (se) manifester, où dénoncer, où s’exprimer – La liberté ou la vérité se trouve sur les murs. Là où on ne peut plus faire comme si on ne voyait pas, les yeux bandés ou – crevés. On les voit, ces femmes, leurs corps et leurs âmes, par ces mots choisis, qui percutent, qui transpercent – de vérité. Ces mots qui disent leurs vies. Ces mots qui les rendent à la vie – visibilité.
« Entre septembre 2020 et novembre 2020, lors du « demi-confinement » » (7), Camille Loivier, devient alors « flâneuse », « vagabonde », elle arpente, s’étonne, collecte, recueille ces traces écrites, photographie ces collages, en notant précisément le jour, l’horaire, les lieux (les noms des rues et leurs commentaires), la météo et toute la vie – tout le vivant (le minéral, le végétal et l’animal dont les oiseaux) qui se meut autour et nous émeut. La ville est « pleine d’émois » écrit-elle (7). Elle les mêle à des citations et à des vers. De cette alchimie naissent des poèmes.
« J’ai ainsi voulu leur répondre afin d’exprimer ma gratitude, les remercier par mes mots, mes murs et mes silences » (7).
Le sexisme est partout
nous aussi
(11)
*
Qui ne dit mot
ne consent pas
(22)
*
Mort au
patriarcat
(25)
*
ELLE E
Q TF
IL LA TUE
(27)
*
On ne naît pas
femme mais
on en meurt
(32)
Suivre le flux, le fil… poétique : Le mur – La peau – La page – Le poème
Je la suis devenue est un recueil de métamorphoses ou de changements de peaux ou de chairs – retrouvées – reliées. Véritable palimpseste de voix sororales. De peaux qui éclatent, quand l’ordre se retrouve – retourné, renversé, signe d’un refus, clair et net, qui fait éclater la vérité : « déshabille toi ! » ordonne le prince « monstre », « toi d’abord ! » répond la jeune fille (septième partie, Trois contes, chiffre mère, chiffre clé, les trois réunis, d’une densité et d’une intensité mémorables et l’excellent conte des trois peaux). Un non qui oppose ou des mots qui opèrent un retournement, comme les mots de la poétesse, Camille Loivier, liés à ceux de toutes les femmes, dans ce livre ; ces mots qui incisent, fendent la chair du livre pour garder trace mémoire… et qui permettent de révéler mais aussi de réunir ce qui a été brisé. La présence et les mots des femmes partout, sur les murs, les peaux (on songe aussi aux manifestantes, aux posts # Metoo et tant d’autres, artistes, notamment, qui écrivent sur leurs peaux comme Orlan...), les pages, lettre à lettre…
On traverse ce recueil (on monte dans la barque de Camille Loivier et de toutes, emporté.e.s, par le courant, les flots, on aimerait que cette « rivière » (titre de la deuxième partie) scintille, que ce parcours nous rende à la liberté...) – sans détour – aucune échappatoire, on est face, on fait face, on se cogne, on s’y frotte... – avec un même fil, rouge, ancré et central, celui du mur et de la peau (le corps).
Fil ténu que l’on tient fermement, que l’on ne lâche pas, ébahis, le souffle court – coupé, la pelote de laine à la main, déroulée et devenue – de plus en plus conséquente, au fur et à mesure, des pas réalisés par Camille Loivier et de la lecture de ce livre réunissant (c’est là son pouvoir de relier, de recoudre… ce qui est séparé).
Fil qui réunit, recompose, renoue, ces éclats de vies dispersés, ces bouts de verre coupants, tranchants, à terre, ces débris, parfois, de mots collés par des « mains féminines », à même le sol, parce que déchirés par les intempéries ou par d’autres, hommes. Recomposer, retrouver, cet alphabet meurtri, ces « corps de lettres de femmes » (57), réduits, en peau de chagrin. Étrange mosaïque (quatrième partie : « Murs déchirés »).
Fil livre qui réunit, relie, ces voix, leur redonner un lieu refuge, des pages blanches que Camille Loivier fend, incise, de leurs mots, de ses mots, qui font qu’une.s. Il s’agit, peut-être, de recoudre ce qui a été décousu, violemment. Réparer ? Redessiner, recoller, peut-être, des « morceaux de poèmes » de « la vie brisée de Claudel » et de tous ces « Mes moiaussi& » (huitième partie).
Ces éclats de vie, ce sont peut-être ceux du soleil, à la surface de l’eau et que l’on recueille dans la paume des mains, réunies. Ils nous font mal et ils nous éblouissent, par leurs lumières déposées. Que l’on voudrait, libres –