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Samuel Buckman

samedi 19 juillet 2014, par Cécile Guivarch

Samuel Buckman est un artiste qui inspire le monde et offre son souffle en retour, un souffle qui aide à respirer mieux. Il se laisse traverser par les objets, les rebuts, les petits riens, l’animal, le végétal, les livres ou les êtres humains. Ainsi naissent ses œuvres, protéiformes, dans la fraîcheur du quotidien. Pendant deux ans, il a d’ailleurs creusé cette question du travail de l’artiste au quotidien, en publiant un dessin par jour. Ce projet, Un jour est un dessin est un cri, est visible sur unjourestundessin.tumblr.com.

Ses dessins ne désignent pas, ils sont traces de ce qui surgit. Un cri sur la page, une brûlure, un effacement, un sourire, une chute, une ombre... Ce sont des sédiments, des fragments qui disent le monde, avec du peu mais du puissant. Parfois ce sont des mots. Les siens, des mots qui ouvrent, comme ses dessins. Les mots des autres aussi – ceux de G. Deleuze, J.B. Pedini, R. Juarroz ou P. Longchamp par exemple.


____________Deleuze


____________Juarroz

Les liens intimes qui l’unissent à la poésie sont tout autant sensibles dans ses œuvres sans texte : dans ses objets trouvés qui reprennent vie, dans ses vidéos contemplatives, à travers sa performance Minotaure 75 avec la chorégraphe Viviana Moin, ou encore dans son œuvre née du vent :


____________Bruissement du vent

Samuel Buckman est là, ses œuvres le prolongent. « Faire » est son être-au-monde. Dans le libre, le simple et le juste, comme un enfant qui joue. C’est vivre en ouvrant les bras, donnant-recevant. Un bonheur humble en partage. Aussi, quand la rencontre se fait avec un autre artiste, une poète par exemple, nulle place à la paraphrase ou à l’illustration. Ils font œuvre commune, réinventant chaque fois une nouvelle façon d’être ensemble.

C’est le cas notamment avec Albane Gellé. Ils se sont rencontrés lors de l’exposition Tenir, debout qui eut lieu au musée des beaux-arts de Valenciennes en 2010-2011. De cette invitation à écrire naîtront deux livres d’Albane Gellé, Si je suis de ce monde (Cheyne éditeur) et Pointe des pieds sur le balcon (La Porte). Certains poèmes sont dédiés à Samuel Buckman dans ces deux livres de poèmes. En voici un, extrait de Si je suis de ce monde, aux liens évidents avec son travail, présenté ci-dessous :

____________Tenir enfant un héron mort
____________porté dimanche intermina-
____________ble et pour des siècles mais
____________aujourd’hui le déposer des-
____________sus de nous perché là-haut
____________ressuscité vivant debout.

De cette rencontre est née l’envie de travailler ensemble. Le projet À l’aveugle en est la première illustration. Chacun envoyait par mail un texte/un dessin le même jour à midi, à l’aveugle, sans concertation. Curieusement, ils se font écho. Une belle façon d’interroger le hasard et les liens secrets qui unissent les êtres. Généreux, ils en donnent le goût en ligne sur alaveugle.tumblr.com, avant de pouvoir mieux découvrir leur travail chez Atelier Vincent Rougier.

____________#10

____________je délimite
____________mes domaines, cabanes secrètes, branches en fagots.
____________sur les cartes, on ne voit pas
____________toutes les lumières, nos collisions,
____________ce qui se touche : mains
____________pelotes, et nos
____________SAUTS A LA PERCHE

Ils seront tous deux en résidence en novembre 2014 à la Villa La Brugère à Arromanches ; dans l’attente de cette résidence, un projet de correspondance les lie. Samuel Buckman envoie une carte postale sur laquelle il a pratiqué une intervention minimale, Albane Gellé répond par une lettre-poème. Chaque lettre est adressée à l’animal présent sur la carte postale. Les textes comme les cartes postales sont habités d’une grâce particulière. Une grâce animale, bondissante. Les voir/lire, c’est apercevoir une biche au détour d’un chemin – sourire aux lèvres immédiat, on sait que l’on est frôlé par le beau et le rare, par une force qui nous dépasse, sans jamais peser. Ce projet s’intitule Cher animal et on peut le voir grandir en ligne sur cheranimal.tumblr.com.

____________Cher cerf,

____________Ce n’est pas toi qu’on voit le soir te risquer à découvert.
____________Es-tu encore dans la chanson à continuer d’ouvrir la porte
____________à ce pauvre lapin.
____________Alors que l’inquiétude.
____________Est-ce qu’elle te quitte.
____________Tu trembles et tu t’enfuis, infiniment.
____________Les hommes et les chiens à ta poursuite, dans des terres
____________pourtant sans tigre.
____________Je me concentre de toutes mes forces pour que tu trouves des cachettes.

____________15 avril 2014

Samuel Buckman a invité une autre poète à travailler avec lui, Perrine le Querrec, à l’occasion de son exposition De loin, à la galerie dite de L’aquarium en septembre 2014 à Valenciennes. Cette invitation fait suite à la lecture de son livre De la guerre (éditions Derrière la salle de bain). La poète va librement sur le site où l’artiste publie ses dessins élémentaires : dessinselementaires.tumblr.com. Elle écrit près de ses dessins, un texte par mois, des textes d’une grande force de voir et de dire. Les textes de Perrine Le Querrec et les dessins élémentaires de Samuel Buckman seront réunis à l’occasion de l’exposition Loin #2, à la médiathèque de Valenciennes, du 10 octobre au 15 novembre 2014.

Janvier 2014

Elémentaires
Ces dessins-là, rudiments, sédiments.
Le même format, le même papier, la recherche ne réside par ici.
Du même format, du même papier, exprimer des différences.
Troué, griffé, marqué, brûlé, crayonné, creusé, la marque avance, envahit.
Etats de conscience, relevé topographique de l’âme apprentie.

Dans quel ordre, pour quel ordre ? Élémentaire, la base. La base du sens, la base du geste, le balbutiement. Les mots par la trappe du bas de page, les mots à l’assaut par le haut. Sorte d’invasion. Sorte de visions. Page de relevé, le cadre étroit, la main de bout en bout, parfois la main à peine, l’effleurement, la disparition.
A chaque fois, une émotion. Dessins cardiaques, battement de cœur, arythmie, à quoi tient ce fil, à quoi tient « créer » ? Ad minima, un élément, l’apparition du sens, le questionnement induit. Et puis pas un dessin, mais des dizaines. Dans ce minimum l’agitation enfle, déborde par saccade.

Les mots tracés pourraient imposer. Un sens. Un silence. Un discours. Les mots, non, ils égarent perturbent. Hagards, pétrifiés, la raison échappée.
Lexique brûlant.

Pour mieux découvrir le travail de Samuel Buckman et connaître son actualité :
samuel-buckman.tumblr.com
On peut le retrouver aussi dans le cahier plastique du n°24 de la revue N4728, devenue depuis N47.

Mélanie Leblanc


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