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Nuidité du fragment : un livre d’artiste de Jean Gabriel Cosculluela et Sylvie Deparis

vendredi 8 avril 2016, par Roselyne Sibille







N’aie pas peur d’avoir peur de regagner le vide le plus simple.
Louis-René Des Forêts
 ?
Etre au bord de l’inattendu. Il y a quelque chose à voir dans ce pas d’oubli du monde ou dans ce peu d’oubli du monde.

*

Etre le vif, le nomade, l’irréductible d’un trait sans retour dans le vide.

*

Etre au cœur battant de cet espace, ce temps ici où nous ne voyons plus tout à fait le monde.

*

Etre dans la reconnaissance de cet espace, ce temps où nos yeux et nos mains s’abandonnent à l’inattendu et n’abandonnent pas l’inattendu.

*

Ouvrir les yeux, ouvrir les mains à ce qui est abandonné ou s’abandonne encore dans le vide ; la lumière finit par y trouver son absence, le ciel seul non seul de la lumière.

*

Etre dans la lumière le vertige de la lumière ; elle reste inouïe dans son absence même.

*

Etre dans cet espace, ce temps, des yeux et des mains, à un pas de tout, à l’empan du plus près et du plus loin.

D’autres images, d’autres mots viendraient peut-être.

*

Se regarder dans l’inattendu des yeux, des visages, se toucher dans l’inattendu des mains, du serrement de mains.

*

Ne pas éteindre la lumière dans les yeux et les mains. Au fond, ne plus tout voir, ne plus tout tracer, toucher, ne plus tout dire.

*

Dès lors, à chaque fragment, saisir la lumière dans cet espace, ce temps même du livre. Etre au bord un commencement ou un recommencement.

*

Se pencher sur quelques images, quelques mots. Tendre vers la lumière, la tenter, la toucher. Pas d’aplomb dans les yeux, les visages et les mains. Saisir et resserrer seulement l’espace et le temps où la lumière commence.

*

Les éclats, à vif, le mouvement même de la vie (1), les bords, les épiphanies où nous trouvons nos solitudes, nos absences, quelques instants.

*

Reconnaître l’inattendu à terre, ostinato, cela seul, peu, resserré, l’intissé du vide.
Quelques images, quelques mots. De nos yeux, de nos mains, regagner le vide.

*

Se trouver dans cet espace, ce temps, mémoire ou oubli d’air, dans le mouvement même de la lumière. Y retrouver les moindres images, les moindres mots. La lumière peut-être, rien que la lumière inventée.

*
 ?
Toucher la lumière, toucher à la lumière, est-ce une fin ? La retenir quelques instants entre ces pages ?

*

Faire nu d’un peu de lumière encore. Dans le vide le plus simple du monde et du retrait du monde.

*

Emporter la lumière dans l’épars d’un autre jour.
S’y font jour d’autres yeux, d’autres visages, d’autres mains, une terre qu’ici tu ne verras pas (2).

*

D’autres yeux, d’autres visages, d’autres mains viendraient pour saisir ici, d’ici, le vif, le nomade, d’autres traits de lumière dans l’inattendu.

*

Cela seul, à l’instant, ce blanc pour commencer ou recommencer, sans images et sans mots, où sont venus et viennent maintenant, avec d’autres yeux, d’autres visages, d’autres mains, images et mots dans leur dénuement.

Le livre est ici, d’ici, avec nous, noués, dénoués, nu.

*

Venant nus ici maintenant ici qui est inachevé sans images encore et sans mots, commençant ou recommençant, venir comme si de rien n’était, n’est.

*

Au commencement, nous aussi, nous étions déjà ici inévitablement, invisiblement dans le blanc et le noir, pour voir et dire l’espace et le temps. Nous pensions déjà ce qui reste de cela seul, peu, sans doute, seule racine du chant possible (3). Singbarer rest (4).

*
 ?
Legenda. Ce qui doit être lu. Ce qui doit être lu de la nudité, puis des images et des mots ce qui doit être encore nu dans l’inattendu.

*****

(1) Louis-René Des Forêts
(2) André Du Bouchet
(3) José Angel Valente
(4) Paul Celan


Nuidité du fragment
Texte inédit de Jean Gabriel Cosculluela imprimé en cinq triples pages + page titre et page colophon sur BFK Rives 250 g.
Interventions plastiques originales en technique mixte de Sylvie Deparis sur BFK Rives 250 g et intissé, insertion de calque polyester avec impressions de photos numériques de Sylvie Deparis.
Couverture intissé peint
Couverture intérieure Rives Linear 350 g
Format : 25 x 25 cm
18 exemplaires,
SD Editions, 2016

(Page établie avec la complicité de Roselyne Sibille)


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