Le terme « virga » désigne en météorologie toute forme de précipitation n’atteignant pas le sol. J’aime ces pluies suspendues, vastes comme des émotions profondes enchâssées dans ma poitrine, images du désir et de la soif, mais aussi de sublimation. Elles évoquent l’ineffable, l’impartageable peut-être, l’encre de ce qui nous habite et ne semble pouvoir aller jusqu’au papier. Cette flèche, douce tension du désir de dire, est partie toute droite quand j’ai croisé le mot « virga » dans un roman américain. Un mot peut faire cela. Et la virginité qu’il suggère est vite démentie par le masculin « virgo » qui évoque un rameau flexible, mais aussi le sexe masculin. Nous sommes cette flèche du désir. Les volcans sont des montagnes qui veulent atteindre le ciel, les « virgas » voudraient étancher la terre des hommes, et tandis que nos soifs se soulignent, chaque jour nous aimons, écrivons et marchons entre deux pôles et dans un monde immense où le silence a sa place.
J.-M. B.

