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Jacques Cauda

mercredi 30 avril 2014, par Cécile Guivarch

Je est un peintre

de Jacques Cauda par Patrice Maltaverne paru son blog Chronique ta malle

Une fois n’est pas coutume. Pour une fois, c’est un peintre qui écrit de la poésie. Je veux dire par là qu’il ne s’agit pas d’un poète qui utilise des images visuelles. Pour moi, il y a une différence de taille dans le résultat obtenu.

Ce recueil dégage une joie de vivre qui n’est pas feinte, assagie. C’est qu’à travers les choses décrites, perce avant tout la lumière.

Il y a dans ces poèmes l’œuvre d’un magicien, au sens trivial du terme. Le lecteur sent que ce qui est décrit ne préexiste pas au pinceau du peintre. Les visuels sortent des mots comme la peinture d’un pinceau.

Mes préférences vont assez nettement aux deux premières parties de recueil intitulées « Je » (l’invention d’un monde ci-dessus décrit) et « Je est » (récit voyeur à la plage).

Dans la dernière partie, « Je est un peintre », vous avez tout de même la possibilité de vous amuser en comptant le nombre de fois que le verbe peindre est employé dans la suite des cinq poèmes rimés. C’est bien sûr volontaire de la part de l’auteur et cela semble faire partie d’un jeu auquel Jacques Cauda nous incite à participer.

Un poème pour la route :

Je peins des fleurs
aux dires
de ma bouche
Je peins des bêtes
en témoignage
Je peins des femmes
en tireur armé
En tout cela
je peins
jusqu’au saccage
le modèle
tombé
dans le noir
de mes mains
En tout cela
je me réjouis


Jacques Cauda, né à Saint-Mandé en 1955, est un réalisateur, écrivain et peintre.
Parallèlement à des études de philosophie, il poursuit une formation de réalisateur. À partir de 1978, il réalise pour les télévisions française, algérienne et canadienne une trentaine de documentaires.
En 1998, il interrompt sa carrière de documentariste pour commencer à peindre. Il crée un nouveau courant pictural : le mouvement surfiguratif, dont il exposera les grandes lignes dans un manifeste « Toute la lumière sur la figure ». « Surfigurer », écrit-il, « c’est prendre pour objet des sensations dont la source n’est plus le réel mais sa représentation rétinienne. Le monde est devenu une image et le peindre, c’est réécrire cette image ».
Marc Ellsmore a écrit à son propos : « L’enjeu de la peinture de Jacques Cauda est de redonner une figure au monde ! »
Il poursuit également une activité d’écrivain. Dans Vox Imago, roman à plusieurs voix, il met en œuvre sa théorie de l’écriture polymorphe. Le style doit être au service du sens, la forme être l’effet du fond. Il s’attache également à écrire de la poésie, le plus souvent en regard de sa peinture. Mais son grand livre, Comilédie, reste inédit (à paraître aux éditions Vermifuge en 2015). Il est à rapprocher des écrits des fous littéraires selon la classification établie par André Blavier. Structuré comme un solo d’Albert Ayler, Comilédie est écrit à la manière d’un nouage du langage sur lui-même tournant dans une structure en spirale. C’est un OVNI.


La surfiguration est un mouvement pictural qui voit le jour à Paris au début du XXI° siècle. Il est conduit par le peintre Jacques Cauda et ses épigones, Jean Lemire, Jean-Pierre Renard et Paul Klémal.
Outre le peintre vaudois Jean Viollier (1896-1985) dont la peinture a été qualifiée de surfigurative, c’est Edmund Husserl qui le premier a forgé le concept de surfiguration (Übermalung). Husserl définit la surfigure comme une des « figures de l’illusion et de l’illusoire. » « Le passé intentionné, écrit-il dans »De la synthèse passive« , peut être surfiguré et l’image produite, se formant intuitivement, se recouvre avec ce qui est intentionné. » Autrement dit, il s’agira en pratique, de recouvrement, et plus spécifiquement, de recouvrir une image. Arnulf Rainer, l’artiste autrichien, s’y emploiera, en recouvrant de peinture, de façon partielle, des photographies, le plus souvent des autoportraits. Mais c’est en France, avec le peintre Jacques Cauda, que la surfiguration, en regard des théories de Husserl et de la pratique de Rainer, deviendra un nouveau courant pictural. Jacques Cauda, dans son livre manifeste « Toute la lumière sur la figure » affirme qu’il est devenu impossible à la peinture de s’appuyer sur le réel. Et que son seul et unique objet, qui est une donnée intangible du monde d’aujourd’hui, ne saurait être autrement, ni autre chose, qu’une image. C’est pourquoi, il choisit de prendre appui sur un déjà-vu, réglant ainsi, de façon provisoire, la dualité posée de toute éternité dans la peinture, entre l’imitation et l’invention, entre le reproduit et le représenté. « Peindre le déjà-vu, s’interroge-t-il, ne revient-il pas à le maintenir dessus le monde des images par le signe efficace de sa propre destruction ? »
La première exposition à proprement parler surfigurative a lieu à Paris en octobre 2000. Le peintre Erro et le performeur Kader Attia y assistent comme témoins privilégiés. Jacques Cauda y montre des nus photographiés non pas recouverts de peinture mais revus par la peinture, au sens husserlien du terme, c’est-à-dire comme formés intuitivement, dans une sorte de ressouvenir de ce qui a été. Et c’est pourquoi l’exposition s’intitule : « Toutes les femmes aiment reposer nues ! ». Revoir, se ressouvenir, reposer. Reposer les questions qui hantent aujourd’hui les peintres figuratifs qui, pour la plupart, utilisent la photographie ou comme support ou comme modèle.

Site :
http://jacquescauda.ultra-book.com
interview :
http://www.artactif.com/fr/surfiguratif.php
blog :
http://jacquescauda.canalblog.com/


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