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Grünewald, le temps déchiré - Entretien avec Françoise Ascal par Isabelle Lévesque

vendredi 2 avril 2021, par Cécile Guivarch

© Françoise Ascal

Françoise Ascal, Grünewald, le temps déchiré
Dessins de Gérard Titus-Carmel
L’herbe qui tremble, 2021 – 98 p., 15 €

© Gérard Titus-Carmel

Isabelle Lévesque : Les éditions L’herbe qui tremble publient ce printemps ton nouveau livre, Grünewald, le temps déchiré, ouvrage en huit parties précédées d’un poème liminaire. Dans les pages de carnets récemment publiées par Al Manar, L’obstination du perce-neige, tu parles à plusieurs reprises de ton « chantier Grünewald ». Tu parlais déjà du Retable d’Issenheim dans tes carnets de 1992 (Le Carré du ciel). Depuis quand cette œuvre t’habite-t-elle ? Pourquoi cette importance dans ton écriture et ta réflexion ?

Françoise Ascal : Le retable d’Issenheim, œuvre du peintre Grünewald réalisée entre 1512 et 1516 se trouve au Musée Unterlinden de Colmar. Ce n’est pas très éloigné de mon lieu d’élection, le plateau des Mille étangs entre Vosges et Jura, berceau de ma famille paternelle, vers lequel je reviens toujours. J’ai donc découvert le retable dans ma jeunesse et ce fut un choc. Il s’agit d’une peinture violente, pleine d’excès, une dramaturgie flamboyante mettant en scène une vision globale du monde. La scène de la crucifixion est l’icône même de la douleur humaine. Elle résonne étrangement avec l’horreur contemporaine. Le christ en croix, loin des images lénifiantes habituelles, est un homme ordinaire dont la chair morte se décompose dans une palette de tons verdâtres. Cela en fait une représentation particulièrement audacieuse, voire transgressive pour l’époque. À cela s’ajoute le contexte : une famine et une épidémie de peste dévastent la région. Des hordes de malades errent dans les campagnes et sont recueillies par des religieux, les Antonins. Ce sont ces derniers qui appellent Grünewald dans leur abbaye et lui commandent une œuvre très singulière puisque l’enjeu est qu’elle soit « thérapeutique ». Soulager, voire guérir par la vision. À travers un ensemble de panneaux qui s’ouvrent au gré de la liturgie, les malades sont amenés à cheminer dans des représentations symbolisant tous les aspects de la vie. De la douceur de Marie émerveillée par son nouveau-né, des épreuves d’Antoine en proie aux tentations, de la souffrance indicible du crucifié en passant par l’extase de la résurrection, chaque scène est peinte de telle façon qu’elle excède la seule histoire religieuse. En répondant avec son génie particulier à la demande explicite des Antonins, Grünewald a su toucher la dimension intime de l’être autant que la part collective.
Depuis cette première rencontre je suis retournée à Colmar chaque année. J’ai toujours désiré écrire à partir du retable sans m’en sentir capable. Sa grandeur m’écrasait. Ce qui explique que le chantier ait été long et difficile…

Isabelle Lévesque : As-tu utilisé certaines pages de carnets pour composer Grünewald, le temps déchiré ? Quels rapports entretiennent tes carnets et tes autres « chantiers » ?

Françoise Ascal : Pour Grünewald, par exception, peu de rapport avec les carnets. J’ai travaillé directement à l’ordinateur avec livres et reproductions sous les yeux. Je me suis beaucoup documentée, j’ai lu tout ce que j’ai pu sur le sujet pour finalement comprendre qu’on savait très peu de choses sur Grünewald lui-même. Par contre, pour les autres chantiers, il y a souvent osmose avec les carnets que je tiens depuis une quarantaine d’années, ceux-ci formant une sorte de matrice dans laquelle je puise librement, découpe, prélève, reformule, etc. Mais si tous mes journaux publiés (Le Carré du ciel, La Table de veille, Un Bleu d’octobre) en sont nés, tous ont fait l’objet d’un semblable retravail. Je me place dans le champ littéraire, non dans la confession intime ! Même un « essai » comme Un rêve de verticalité, consacré à Gaston Bachelard, est issu d’un journal retravaillé. Plus anciennement, Un Automne sur la colline consacré à la Chapelle Notre-Dame du Haut de Le Corbusier avait pris la forme de lettres envoyées à un tirailleur sénégalais le temps d’un automne, ce qui le rend proche du journal.

Isabelle Lévesque : Un autre peintre très présent dans tes carnets est Camille Corot, qui semble vraiment aux antipodes de Grünewald. Son chantier a abouti avant celui du retable (La Barque de l’aube – Arléa, 2018). Qu’est-ce qui les unit en toi ? Leur vois-tu des points communs ou une complémentarité ?

Françoise Ascal : « Aux antipodes » dis-tu. Il est vrai qu’il est difficile d’imaginer mondes plus éloignés l’un de l’autre. Grünewald, c’est l’excès incarné, la démesure, l’innovation créatrice, habitée par une vision tourmentée. Corot à l’inverse c’est l’humilité, la modestie, le chant de la lumière, la tendresse du regard. « Je peins comme une hirondelle chante », aime-t-il à dire. Cependant un regard attentif découvre une œuvre plus complexe qu’il n’y paraît. En tout cas rien de mièvre. Il explore avec subtilité les moindres variations de la nature, les atmosphères en suspens. Aubes ou crépuscules sont ses moments favoris. Il tente de peindre non ce qu’il voit mais l’émotion produite en lui par ce qu’il voit.
Corot s’est imposé à moi pendant l’écriture du Grünewald comme une respiration nécessaire, un retour à une vision sereine et bienveillante susceptible de faire contrepoids à une certaine « toxicité » que j’éprouvais en séjournant longuement chez Grünewald, sans doute en raison de la puissance d’expression de la douleur.

© Jérôme Vinçon et Al Manar

Isabelle Lévesque : Dans L’obstination du perce-neige, tu évoques le « oui solaire » de Pierre Dhainaut, puis le « non de la colère » de Claude Ber. Tu sembles toi-même alterner les deux dans tes livres. Corot serait-il du côté du oui et Grünewald du non ?

Françoise Ascal : Exactement, même si le dire ainsi est forcément simplificateur ! Je suis faite de ces deux « postulations », comme dirait Baudelaire évoquant « l’horreur de la vie, l’extase de la vie ». Incapable de paix durable, incapable de oui sans condition, habitée par une capacité de colère et de révolte. Je suis très sensible aux mots de la grand-mère résistante de Claude Ber : « il y a des choses que non ». Pour autant, je ne renonce pas à une quête de lumière. Sans doute sommes-nous nombreux ainsi.

Isabelle Lévesque : Pierre-Albert Jourdan, dans Les Sandales de paille (Éditions de L’Ermitage, 1982) écrit que « prononcer le oui dans l’obscurité la plus totale revient aussi à lui insuffler un peu de lumière », comme si le oui pouvait manquer de vie et de force. Il concède aussi : « La souffrance est née avec le monde. La respecter, l’accepter pour soi est une pauvre pièce de monnaie mais c’est tout de même celle qui nous enrichit le plus. » Ce oui-là te paraît-il soutenable ?

Françoise Ascal : Pierre-Albert Jourdan est pour moi un compagnon de route depuis les années 80. Il m’a beaucoup appris et je relis souvent ses « exercices d’assouplissement ». Cette idée de respecter, d’accepter la souffrance me semble convaincante mais certainement pas d’une manière systématique. Ici je pense aux philosophes de l’antiquité distinguant ce qui dépend de soi de ce qui n’en dépend pas. Il dépend de moi de ne pas cultiver le ressentiment, de ne pas me poser en victime et d’accepter mon sort lors d’épreuves intimes comme la maladie par exemple (voir l’expérience de Pierre-Albert Jourdan atteint de cancer dans le très beau récit intitulé L’Approche). Mais le mal infligé par les hommes à d’autres hommes est d’une nature différente. Et là un NON s’impose autant que faire se peut…

Isabelle Lévesque : Dans La Table de veille (Apogée, 2004), tu écris : « Il me manque la capacité de certitude. » Te manque-t-elle toujours ?

Françoise Ascal : Elle manque définitivement mais désormais je m’en accommode. Mon grand ami Montaigne, (je l’appelle ainsi tant il m’est fraternel depuis mes 16 ans !) a couru après toute sa vie sans la rencontrer. Aujourd’hui, sous la pression de certains évènements, à la faveur aussi du vieillissement, j’ai appris à intégrer charnellement le doute, l’impermanence, la fragilité constitutive de tout ce qui est vivant, l’impossible saisie d’une vérité indestructible. Non, pas de certitudes à l’horizon, si ce n’est celle d’être l’objet d’une transformation permanente !

© Gérard Titus-Carmel

Isabelle Lévesque : Le « chantier prairie » qui a abouti avec Variations-prairie (Tipaza, 2020) pourrait sembler côté oui, mais on y trouve aussi « Un couteau luisant / entre les herbes et l’oubli ». Et dans tes carnets deux prairies semblent parfois s’appeler ou se repousser, la prairie d’enfance de Melisey et celle de Saint-Barthélemy. Comment as-tu vécu ce chantier ?

Françoise Ascal : Les Variations-prairie sont résolument du côté de la lumière. Elles s’ancrent dans une prairie réelle, celle de l’enfance vers laquelle je retourne sitôt que possible. Saint-Barthélemy est mon lieu de vie à l’extrémité est de l’Île de France et là pas de prairie mais un simple jardin avec de grands arbres qui font clairière, le contraire du vaste espace dégagé qu’est la prairie. Les Variations-prairie célèbrent la beauté possible du monde, la joie extrême que l’on peut atteindre parfois, mais cela n’exclut pas la lucidité. Le couteau luisant s’est imposé comme une figure du mal, ou de la menace toujours présente. Sans doute est-il venu me rappeler qu’il s’agit de ne pas s’endormir dans une bulle hors du monde, si merveilleuse soit-elle. Si je m’oriente de plus en plus vers la contemplation, je souhaite ne pas me désolidariser de mes « frères humains ».

© Pascal Geyre et Éditions Tipaza

Isabelle Lévesque : Dans ton Grünewald, tu expliques que le peintre broyait lui-même ses couleurs avec des pigments issus de sa terre : les Vosges. Et que le bois utilisé pour le retable était issu de cette même terre. Je pense alors à cette terre si présente dans tous tes livres, dont tu dis être faite et que souvent tu rejettes. Est-ce l’une des raisons de ton attirance pour cette peinture ?

Françoise Ascal : Je ne pense pas. Je crois que l’œuvre m’aurait bouleversée n’importe où. Elle m’aurait emportée par sa force propre. Qu’elle soit née sur une terre à laquelle je suis liée n’est qu’un surcroît que j’accueille avec plaisir mais il reste anecdotique.

Isabelle Lévesque : Tu montres que l’une des particularités du travail de ce peintre, c’est la façon dont il peint la maladie, la peau malade… C’est bien sûr une sorte de Memento mori… Tu écris pourtant qu’il voulait redonner de l’espoir en peignant la résurrection, faire « manger la lumière » aux « affamés », « un art qui guérisse ».
Peut-on trouver une lumière dans cette peinture en-dehors de l’espérance religieuse ?

Françoise Ascal : J’en suis persuadée ! Il y a dans cette œuvre une spiritualité, une mystique pourrait-on dire, qui transcende toutes les formes de religion et peut aussi bien s’adresser à un athée. La séquence concernant la résurrection, magnifique ascension dans la lumière, renvoie chacun d’entre nous à des expériences intimes, des épiphanies qui éclairent nos vies.
Si la maladie est présente, témoignage du temps avec ses pestes ravageuses, d’autres scènes offrent une ode à la vie, à la confiance et à la tendresse. La nativité avec ses anges musiciens, la rencontre entre Antoine et Paul, paisible conversation qui échappe à la noirceur environnante, montrent à l’évidence que Grünewald dispose d’une large palette de sentiments. L’empathie n’est pas le moindre. Il faut préciser que mon travail n’embrasse pas l’ensemble des panneaux du retable. J’ai opéré des choix. Je me suis surtout attachée à ce qui était à mes yeux la partie la plus forte plastiquement parlant. C’est une œuvre qui s’avance très loin dans la « matière peinture », au-delà du sujet traité. En cela elle est d’une modernité incroyable.

Isabelle Lévesque : Grünewald semblait peindre dans ses crucifixions les malheurs de son temps : épidémies, guerres de religion...Dans la dernière partie de ton livre, tu évoques les malheurs du présent qui trouvent un écho dans la peinture de Grünewald : les migrants qui se noient en masse en Méditerranée, les guerres… Cette peinture est-elle plus politique que religieuse ?

Françoise Ascal : A coup sûr c’est une peinture politique. Elle pose la question de la fonction de l’art dans une société. Elle dépasse toute préoccupation esthétisante. Elle veut transmettre une vision du monde, du pouvoir, de la mort. Mais pour autant je ne m’aventurerai pas à dire qu’elle est davantage politique que religieuse. Il est très difficile d’imaginer l’état d’esprit du peintre sur ce sujet. Dans mon poème je me pose la question. Grünewald a t-il conçu cette œuvre fervente en étant soulevé par la foi ? au contraire, a-t-il si bien saisi la déréliction du christ abandonné par son père sur la croix parce que lui-même doutait ? En ce domaine tous les artistes de l’époque sont obligés de ruser avec les diktats régnants.La non croyance en Dieu n’est pas tolérée. Le concept de laïcité n’a pas encore été inventé !…

Isabelle Lévesque : Ton texte mêle les vers et la prose. Certains passages peuvent apparaître comme informatifs, didactiques, d’autres sont narratifs, en particulier pour quelques éléments biographiques. On voit apparaître plusieurs thèmes que les familiers de tes livres reconnaissent comme les fleurs de la prairie :
« seules deux taches rouges au centre de la paume
pétales de coquelicots
échos de la douleur
rappellent le chemin obscur »
Passais-tu d’une écriture à l’autre dans un seul mouvement ou s’agit-il d’une construction ?

Françoise Ascal : C’est en effet une écriture hybride que j’assume comme telle. Seule cette forme par fragments mêlant différents niveaux de langue m’a semblé pouvoir rendre compte des multiples facettes que je souhaitais aborder. J’ai conscience de la difficulté à faire tenir ensemble ces matériaux mais j’espère qu’au bout du compte une sorte de tapisserie apparaîtra, trame et chaîne nouées ensemble. Ce n’est pas le fruit d’une construction intellectuelle en amont du projet, mais plutôt celui d’un cheminement qui fait confiance à l’intuition autant qu’à l’émotion. Bien sûr, dans un second temps, il y a une phase de « menuiserie » , pour reprendre les mots d’Antoine Emaz.

© Gérard Titus-Carmel

Isabelle Lévesque : Ton poème est accompagné des dessins de Gérard Titus-Carmel. Pourquoi ce choix ? Quel accord y trouves-tu avec la peinture de Grünewald et avec tes mots ?

Françoise Ascal : Je remercie vivement Gérard Titus-Carmel de m’avoir permis de puiser dans sa Suite Grünewald, série de 159 dessins de même format (70 x 65 cm) plus une toile de grande dimension (256,6 x 332,6 cm) réalisée de juin 1994 à juin 1996 et exposée au Collège des Bernardins à Paris en 2009 et à l’Arsenal de Soissons en 2010. Je n’aurais souhaité aucun autre peintre pour accompagner ce texte, j’aurais préféré des pages blanches ! Qui d’autre, à ma connaissance du moins, s’est immergé dans l’œuvre de Grünewald des mois durant, dans une sorte d’« ascèse » ?Le mot n’est pas trop fort. Travailler sur Grünewald n’est pas de tout repos. C’est une expérience que nous avons partagé chacun de notre côté, à des moments différents. Ce qui me touche dans cette série de dessins, c’est l’humilité du peintre qui se met à l’école de Grünewald en se dégageant de son ego. Pas d’effets spectaculaires, pas de « revisites » intempestives mais une recherche fervente des lignes de force, une quête de l’énigme de ce qui fonde la peinture. S’ajoute à cela le fait que nous avions déjà réalisé deux livres ensemble. L’amitié et la confiance sont aussi des ingrédients nécessaires à la naissance d’un livre.

Isabelle Lévesque : Pierre-Albert Jourdan notait dans Les Sandales de paille : « Supposé être de quelque secours quand on a tant besoin soi-même de secours, quelle ironie ! Mais c’est peut-être ainsi, seulement ainsi que cette notion de secours peut atteindre celui qui vous lit. » Cette remarque ne pourrait-elle pas s’appliquer à la peinture de Grünewald comme à certains de tes livres ?

Françoise Ascal : Je ne saurais dire si la peinture de Grünewald est susceptible de porter secours. Je crois que sa puissance est d’un autre ordre. Mais c’est sur cette question — celle du pouvoir de l’art — que se clôt mon texte, avec un point d’interrogation final, seul et unique signe de ponctuation dans l’ensemble des pages.
La remarque de Pierre-Albert Jourdan que tu cites me donne le goût de répondre par une autre citation qui lui fait écho et en élargit le sens. Il s’agit de quelques lignes de Georges Didi-Huberman, lues récemment dans son livre Pour commencer encore : « La douleur ne se laisse pas enfermer : elle nous suit à la trace. Raison de plus, justement, pour lui construire des poèmes, des chansons, des traits d’humour, des récits, des images, des systèmes philosophiques, des châteaux en Espagne ! Il faut soulever la douleur et non s’en effondrer (...) une tâche éthique, une nécessité psychique où rien ne sera évident ni aisé. Il n’est évident pour personne, en effet, de se faire des armes, dans la vie, avec ses propres larmes. »

2 février 2021

Bio-bibliographie

Françoise Ascal partage son temps entre la Seine et Marne et les Vosges saônoises. Elle est l’auteure d’une trentaine d’ouvrages. Elle a longtemps animé des ateliers d’art plastique en milieu hospitalier avant de se consacrer à l’écriture. Elle collabore régulièrement avec des peintres, vidéastes et musiciens. Elle a donné de nombreuses lectures musicales.
A travers différentes formes ( poèmes, récits, notes de journal, livres d’artistes) ses textes croisent l’intime et le collectif dans le souci de se confronter, selon les mots de Pavèse, au “métier de vivre”.
Le Centre National du Livre lui a accordé plusieurs bourses de création (1993, 1999, 2003, 2016).
Elle a été l’invitée de nombreux Festivals, en France (Voix de la Méditerranée, Les Tombées de la nuit , Musique et Mémoire ) et à l’étranger ( Rencontre Internationale des Ecrivains de Montréal , Festival Mondial de Poésie de Caracas).

BIBLIOGRAPHIE ( poèmes, proses, récits)

  • L’obstination du perce-neige avec des encres de Jérôme Vinçon, éditions Al Manar, 2020
  • Variations-prairie (suivi de Mille Etangs, de Lettre à Adèle et de Colomban) avec des peintures de Pascal Geyre, éditions Tipaza, 2020
  • La barque de l’aube (Camille Corot) éditions Arléa, 2018
  • Entre chair et terre avec des huiles sur papier de Jean-Claude Terrier, éditions Le Réalgar, 2017
  • Un bleu d’octobre, éditions Apogée, 2016
  • Des voix dans l’obscur, avec des dessins de Gérard Titus-Carmel, édition Æncrages & Co, 2015
  • Noir-Racine précédé de Le fil de l’oubli, avec des monotypes de Marie Alloy, éditions Al Manar, 2015
  • Levée des ombres avec des photographies de Philippe Bertin, éditions Atelier Baie, 2013
  • Lignées avec des dessins de Gérard Titus-Carmel, éditions Æncrages & Co, 2012 (prix du poème en prose Louis Guillaume en 214)
  • Un rêve de verticalité (autour de Gaston Bachelard), éditions Apogée, 2011
  • Rouge Rothko, éditions Apogée, 2009
  • Perdre trace avec huit peintures d’Alain Boullet, éditions Tipaza, 2008
  • Si seulement avec huit fusains d’Alexandre Hollan, éditions Calligrammmes, 2008
  • Issues, éditions Apogée, 2006
  • Cendres Vives suivi de Le Carré du ciel, (nouvelle édition) éditions Apogée, 2006
  • Mille étangs avec des peintures de Philippe Aubry et une lettre de Denise Desautels, éditions Travers, 2006
  • La Table de veille, éditions Apogée, 2004
  • Un automne sur la colline (autour de Le Corbusier), éditions Apogée, 2003
  • L’Arpentée, éditions Wigwam, 2003
  • Le Sentier des signes avec douze calligraphies originales de Ghani Alani, éditions Arfuyen, 1999
  • L’Issue avec une photographie de Gaël Ascal, éditions Les Petits Classiques du Grand Pirate, 1999
  • Le Fil de l’oubli, éditions Calligrammes, 1998
  • Le Carré du ciel, Atelier La Feugraie, 1998
  • Dans le sillage d’Icare avec 12 dessins de Jacques-Pierre Amée, éditions Cirrus, 1997
  • Cendres vives, éditions Paroles d’Aube (réunion en volume de Le Pré, La Part du feu, L’Ombre et l’éclat) 1995
  • Fracas d’écume, coédition Atelier La Feugraie/Le Noroît (Québec), 1992
  • L’Ombre et l’éclat, Atelier La Feugraie, 1990
  • La Part du feu, Atelier La Feugraie, 1987
  • Le Pré, Atelier La Feugraie, 1985

TRADUCTIONS :

  • Entre carne y tierra (Entre chair et terre, poèmes), traduit en espagnol par Juan Luis Delmont, édition Pen Press, New York, 2007
  • La barca dell’alba Camille Corot traduit en italien par Francese Di Gabriella Soldini éditions Pagine d’Arte, 2019

CD-AUDIO :

  • L’Arpentée, collection Dire, éditions EPM , 2016, avec les voix de Céline Liger, Claire Delaporte, Françoise Ascal. Composition musicale et arrangements de Gaël Ascal.

LIVRES D’ARTISTE :

  • L’ Encre du sablier, éditions Double Cloche, imprimé en sérigraphie, quarante exemplaires, avec onze estampes du peintre Yves Picquet, 1999
  • Le Vent seul, éditions Double Cloche, avec cinq estampes d’Yves Picquet, imprimé en sérigraphie, exemplaires, 1999
  • La Hutte aux écritures, éditions À Travers, avec le peintre Jacques Clauzel, 12 exemplaires, manuscrit, 2001
  • Noir-Racine, éditions Al Manar, avec des aquarelles de Marie Alloy, 20 exemplaires, 2009
  • Langue de sable « livre pauvre » de Daniel Leuwers, manuscrit, six exemplaires, avec des peintures de Jean-Pierre Thomas, 2009
  • Un désir d’aube, éditions Atelier de Villemorge, avec un bois gravé de Jacky Essirard, 16 exemplaires, 2009
  • Dans l’eau des songes, Une barque attend, Narcisses, avec des photographies de Jean-Pierre Thomas, manuscrit 2 exemplaires, 2015
  • Dans la folle matière du monde livre d’artiste à deux voix : Françoise Ascal / Denise Desautels, avec des gravures de Jacqueline Ricard, 25 exemplaires, éditions La Cour pavée, 2015
  • Avant la nuit, avec une photographie d’Isabelle Lévesque, 6 exemplaires, 2017
  • Encore et encore, avec une photographie d’Isabelle Lévesque, 4 exemplaires, 2017
  • Variations-prairie estampes d’Yves Picquet, 9 exemplaires, éditions Double Cloche, 2016
  • Le livre ouvert encres de Jacqueline Ricard, 25 exemplaires, éditions La Cour pavée, 2017
  • Prendre leçon sur la rivière avec Frédérique Germanaud et Marcelline Roux, gravures Jacky Essirard, 12 exemplaires, éditions Atelier de Villemorge, 2017
  • Sous la lampe, avec Sophie Chambard, 6 exemplaires, collection Le singulier imprévisible, 2018
  • Maintenant avec Jacky Essirard, 16 exemplaires, éditions Atelier de Villemorge, 2018
  • F.H. (livre pauvre Daniel Leuwers, projet « De l’Allemagne »)avec Caroline François-Rubino, 4 exemplaires, 2018, exposition Ville de Belfort.

SUR INTERNET :

Françoise Ascal sur Remue.net : Ascal Francoise - remue.net

Quelques articles :

https://terresdefemmes.blogs.com/mon_weblog/2020/08/fran%C3%A7oise-ascal-lobstination-du-perce-neige-et-variations-prairie.html
https://www.patrickcorneau.fr/2020/11/lobstination-du-perce-neige/
https://poezibao.typepad.com/poezibao/2020/07/note-de-lecture-françoise-ascal-variations-prairie-suivi-de-mille-étangs-lettre-à-adèle-et-colomban-.html
https://www.terreaciel.net/Hep-Lectures-fraiches-novembre-2020?var_mode=calcul#.X5Fw_c5xfI
https://remue.net/l-obstination-du-perce-neige
http://atelierdupassage.canalblog.com/archives/2020/07/28/38452942.html

EXTRAITS :

Françoise Ascal, Grünewald, le temps déchiré
Dessins de Gérard Titus-Carmel
L’herbe qui tremble, 2021

je vous devine enveloppé dans l’un de ces grands manteaux que vous avez peints tant de fois dont vous avez observé les drapés les retombées les plissements

dans leurs circonvolutions vous dissimulez des formes végétales organiques charnelles vous êtes le peintre du caché du secret du crypté vous déployez un filet d’analogies lamelles de champignons chevelures ruisselantes d’eau vive pouces et index en forme de verges coquillages fendus comme sexes féminins mains feuilles écorces visages veines animaux pierres failles variations d’une même entité

tous les linéaments du monde se rejoignent
Paracelse le médecin philosophe théologien l’avait déjà exprimé
pas de rupture entre corps et paysages
les lignes se poursuivent s’interpénètrent
le monde est un vaste réseau d’une seule étoffe
régi par un ordre secret que votre œil ne cesse de traquer

*

pas de rupture non plus
avec la trame sonore
que libèrent
panneau après panneau
vos couleurs

entendez-vous

cris sanglots gémissements litanies murmures
violes de gambe violes de bras polyphonies

du concert des anges
aux chants funèbres
de la mélopée des paroles accordées
au tintamarre des démons
vibre dans l’air
une partition secrète

au pied de la croix
sous la terre muette
germent de futures leçons de ténèbres

**

Françoise Ascal, L’obstination du perce-neige (Carnets 2012-2017)
Encres de Jérôme Vinçon
Éditions Al Manar, 2020

7 janvier

Belle note de lecture dans le Matricule sur les Voix.
Contrepoison à ce cathéter qui décidemment fonctionne mal et complique les séances. Il faudra peut-être le déplacer.

Corot. Ses ciels, ses arbres m’ouvrent l’espace manquant.

Sommes allés déjeuner chez Joan et Titus. Nous avons marché dans les bois autour de la maison. J. signale la moindre touffe de jonquilles par un bâton, comme le fait B. à Melisey, pour que le tracteur ne l’écrase pas. Marcher sur le tapis de perce-neige la fait souffrir. Lorsque j’étais enfant, j’avais le même problème avec les pâquerettes.

17 janvier

L’hiver à la fenêtre. Un pain d’épices dans le four. Une « vraie vie »est possible, malgré l’âge et les soucis de santé. Chaque journée ordinaire est une journée unique.

Chantier Grünewald. Tout reprendre. Dégraisser. Me rapprocher du poème et fuir l’essai.

2 février

Reçu les Bleu d’octobre.

7 février

Rangement de la bibliothèque après nos travaux. Manipuler trier classer un demi-siècle de vie.

Déjà quelques narcisses au jardin. J’ai cru entendre un crapaud. Le printemps réussira-t-il à me tire vers le haut, me sortir du croupissement ? La beauté ne sauvera pas le monde, mais peut-être me sauvera-t-elle.

**

Françoise Ascal, Variations-prairie (suivi de Mille Etangs, de Lettre à Adèle et de Colomban)
Peintures de Pascal Geyre
Éditions Tipaza, 2020

Je ne suis pas celle que je parais. Je ne suis pas cette femme du vingt et unième siècle qui trébuche dans un monde qu’elle ne reconnaît pas. Un monde qui éradique les rêves comme elle broie dans ses jungles les plus démunis.

Tous les livres lus, toutes les cantates écoutées ont pénétré ma chair. Mots et sons m’ont cuite au feu très doux d’une prairie. J’ignore le nom de cette matière nouvelle, mais je sais que les digitales y fleurissent en liberté.

*

On peut se languir d’une prairie comme de la mer
manquer de sève d’iode ou d’embruns
avoir le souffle court
à l’étroit sous les côtes
appeler les graminées à l’aide
embarquer sur leurs ondulations
désirer le vent convoquer les buses les geais les hoche-queues

on peut entrer dans les eaux vertes
percevoir l’infini grésillement des insectes
le roulis de la rivière le ciel d’un bleu laiteux

dans la lumière se défaire des loques du jour
aborder la splendeur du simple

couteau luisant
entre les herbes et l’oubli


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