J’ai rencontré Patrick Dubost en janvier 2023, à l’occasion d’une Résidence d’Écriture à la Factorie / Maison de Poésie de Normandie. Un lieu magique où naissent des coups de cœur et les liens se tissent… Quelques mois plus tard, il m’a invitée à ma première session Écrits/Studio. J’avais aussi hâte que j’appréhendais : si j’avais jusque-là touché spontanément à la prise et au montage d’images, je m’étais essentiellement frottée à l’univers du son par des collaborations avec des musiciens ou techniciens. Quelle belle découverte d’y avoir trouvé là ce dont la création se nourrit avec appétit : de nouvelles rencontres, des discussions qui ouvrent des fenêtres, des temps de travail joyeux, de la bienveillance et de la solidarité.
Chaque session est unique, parce que d’autres lieux, parce que d’autres artistes, parce que d’autres contextes, et je garde de chacune d’elles un souvenir tendre et vibrant. Dans nos processus d’écriture et de création, bien souvent solitaires, ce sont des temps précieux. Qui aident à aller voir au-delà de soi, des limites que l’on pose, et de faire un pied de nez aux questions de manque de légitimité. Et quelle joie, après ces moments de vie partagés, de découvrir le travail de chacun·e, de constater cette unité qui se fait sans avoir réellement été pensée ! Une mention spéciale pour la session de cet été 2025, dans le Haut-Beaujolais, entre Trades et Claveisolles, où, pour la première fois, il y a eu trois restitutions dans la foulée de la semaine de travail, donnant cette sensation de vivre de l’intérieur les performances des autres.
Depuis, j’en suis à ma troisième session et n’ai aucune autre réponse à apporter qu’un énorme « OUI » quand la proposition d’une nouvelle aventure pointe le bout de son nez. À l’issue de chaque semaine, il y a évidemment les pièces créées, mais je rentre également avec un paquet d’idées en attente d’être expérimentées, parfois venues un peu trop tard dans ce processus de création particulier, et quelques réflexes qui rendent la concrétisation d’une idée plus réalisable qu’avant de s’être frotté à ce nouvel exercice. Et puis, on ne ressort pas tout à fait intacts d’une plongée dans ces bains sonores : c’est aussi avec une oreille plus attentive aux bruits qui nous accompagnent sur le chemin que l’on revient au monde.
Pièces diffusées : avril 2024, Val-de-Reuil, La Factorie.
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juillet 2025, Trades-Claveisolles.
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Patrick Sapin
Je suis musicien et plasticien. Ces deux activités artistiques m’ont permis depuis de nombreuses années de travailler avec des artistes pratiquant d’autres disciplines, ce que j’affectionne particulièrement. Mon travail artistique a été essentiellement mené dans le cadre du spectacle vivant : concerts, cirque, spectacles de théâtre musical jeune public, performances ...etc. Et aussi pour des expositions et réalisations scénographiques. Tout cet environnement m’a amené à manipuler les outils de la prise de son et du montage sonore et vidéo.
Au début des années 2000, j’ai rencontré Patrick Dubost avec lequel, j’ai pu collaborer au sein du collectif de musiciens basé à Vénissieux (69) « La Tribu Hérisson ».
C’est sur un malentendu que j’ai intégré le collectif Ecrits/Studio. A l’automne 2016, Patrick Dubost me parle de son idée de faire revivre ce collectif et me demande de participer à une session en décembre 2016. Croyant que ma participation serait uniquement musicale, j’accepte. Quelques semaines avant la session, je rencontre à nouveau Patrick qui me demande si j’ai des textes prêts à être mis en son… surprise ! J’avais écrit quelques textes pour le théâtre musical et avait bien quelques bribes de débuts de textes au fond d’un tiroir, mais il fallait sérieusement que je révise ma (mes) copie(s).
Cette première session et celles (une douzaine ?) qui ont suivi m’ont permis de découvrir ce monde de la poésie dans toute sa diversité. Je ne reviendrai pas sur le fonctionnement des sessions qui a déjà bien été exposé dans les contributions précédentes. Cependant , je voudrais dire ou redire que chaque session provoque des rencontres et des échanges artistiques et humains et que globalement un esprit d’entraide règne pour la partie technique. Nous demandons aussi souvent au artistes présents de prêter leur voix. J’ai pu ainsi à plusieurs reprises enregistrer et utiliser les voix d’Estelle Dumortier, Patrick Dubost, Isabelle Barthelémy, Katia Bouchoueva ainsi que la voix chantée de Laura Tejeda ou la clarinette de l’ami Laurent Vichard. Je souhaite aussi ici remercier Patrick Dubost pour sa façon libre et généreuse de rassembler tout ce petit monde.
Depuis de nombreuses années, je me suis constitué une banque son importante grâce à un enregistreur de type Zoom que je trimbale dans tous mes déplacements et voyages. J’affectionne particulièrement les ambiances urbaines ( métro, trains, musiciens de rue, ambiances de bistros, campaniles…) et aussi les ambiances dans la nature (oiseaux, bruits d’eau …). Étant musicien poly-instrumentiste, j’utilise aussi beaucoup de musique pour mes montages sonores. Dans une même réalisation, je peux utiliser des sons enregistrés pendant la session et des sons enregistrés dans différents pays et à des intervalles de temps importants.
Je suis assez tatillon pour la prise de son. J’utilise un Zoom H6 et quand c’est possible un couple de Neumann mk184 et pour la voix un Electrovoice EV-RE20. J’attache aussi beaucoup d’importance au rythme et à la composition de mes réalisations sonores.
La plupart du temps, les poètes écrivent leurs textes puis les mettent en son. Ce procédé est assez classique et je l’utilise bien sûr. Cependant il m’est arrivé à plusieurs reprises de partir d’un son ou de composer une « carte postale sonore » et d’écrire ensuite le texte.
Je réalise la plupart du temps deux versions. Une version « radiophonique » avec le texte et une version « playback » qui me permet de donner le texte en direct lors des restitutions. Il m’arrive aussi parfois d’utiliser des vidéos ou des images comme pour la réalisation, certes un peu hors cadre puisqu’elle dure 25 minutes, de « Paysages Lunaires », lecture mise en musique du livre éponyme (Color Gang éditions – 2024) https://patricksapin.org/paysages-lunaires/
Pour terminer, je dirais que pour moi, dans l’expérience « Ecrits/Studio », la dimension humaine est aussi importante, voir plus importante que la dimension artistique. Alors merci à tous les artistes que j’ai pu croiser et qui m’ont enrichi intellectuellement et humainement.
1_Marcel (2’47)
Mars 2025
Session organisée par Judith Lesur à Saint Sauveur Montaigu (07) dans le cadre du Printemps des Poètes.
Pour cette réalisation, je suis parti d’un enregistrement d’une improvisation en trio datant de 1995 avec Vincent Gulielmi à la Trompette, Bruno Zonka à la basse et moi même à la batterie. J’ai utilisé des bribes de sons que j’ai entièrement remontées pour recomposer cette plage sonore.
2_Le Cloporte (2’11)
Mars 2025
Session organisée par Judith Lesur à Saint Sauveur Montaigu (07) dans le cadre du Printemps des Poètes.
Les sons de trombone, de percussions ainsi que la voix ont été enregistrés sur place.
3_Les curieux (2’32)
Juillet 2025
Session organisée par Isabelle Pinçon à Chenon (16)
Ma voix a été enregistrée pendant cette session. La voix féminine d’Estelle Dumortier avait été enregistrée lors d’un session précédente organisée par Patrick Dubost en 2023. J’avais alors tenté une version que je n’ai pas gardée. La voix chantée de Laura Tejeda a été enregistrée en 2020 également chez Patrick Dubost. J’ai joué et enregistré le piano (Yamaha CFX) au Théâtre Allégro à Miribel en 2017
Fred Griot
Écrits/Studio, Studio/Écrits, des va-et-vient, écrire, écouter, capter, parler…
Les sessions Écrits/Studio ce sont tout d’abord les gens, les liens. L’invitation, les choix des gens, des personnes, des personnalités pour se rassembler ainsi, une semaine, dans un lieu, bosser, discuter, chercher, bien vivre, ensemble.
Pour le son : se retrouver écoutant. Enregistrer, tout écouter comme pouvant être matière à composer. Explorer par l’oreille.
Et dessus, avec, dessous, tout avec : le texte, la poésie, la parole, la voix…
Les lieux…
Et ici, mon journal, qui a gardé trace, tout comme l’écrit, tout comme l’enregistrement audio gardent trace, en parlera le mieux :
02.03.2025
Haute-Ardèche. Vallon des Blaches.
Session Écrits/Studio en Haute-Ardèche (organisée par Judith Lesur, 1er au 8 mars 2025)
J’enregistre la pièce nommée « Remonter les rivières ».
Depuis la Haute-Ardèche dans un hameau-gîte de fou complètement perdu au milieu des granits, des genêts, des ronces, des lichens, des châtaigniers vieux aux formes folles, des rivières qui cascadent partout… en résidence d’écriture et de son.
C’est beau, on y est bien.
Le ciel est dingue, le soleil là. Un temps presque d’été.
On peut y être en écoute.
Rando le matin. Je marche, remonte les rivières, dans les bartasses, me battant à travers les ronces, de cascade en cascade. Je marche, et j’enregistre.
Je me promène à l’oreille.
Je ne dis pas grand-chose, j’écoute, je laisse venir, j’accueille... alors que je lis depuis la dernière terrasse au soleil, de gros blocs de granit immuables la suspendant au-dessus du val du ruisseau et des pentes de très très vieux arbres noués comme des silhouettes d’ombre chinoise.
Oui marcher dans les « bartasses à sangliers » toujours comme on dit dans le sud, les bourdigas comme on dit ici, c’est-à-dire hors sentier, le long des ruisseaux, à batailler dans les ronces et les épineux.
Déjeuner au soleil, en groupe, sur la terrasse suspendue.
Bureau l’aprèm bricolé avec 3 bouts de tronc sec, sur une épaule de lande au soleil, à écouter mes enregistrements de cascades, eaux, mes pas dans les feuilles sèches et les brindilles qui craquent. Et à enregistrer un peu de voix.
Puis une seconde balade au dernier soleil, dans les pentes raides de genêts, de bruyères, de ronces, les ronces toujours, et d’arbres (chênes, nombre de châtaigniers vénérables – c’est le pays ici –, de très grands pins, quelques hêtres). J’arpente, j’observe, je découvre les petits coins, un peu comme un chien mais sur un territoire plus vaste.
Repas en groupe
Soirée discussion, lecture, écriture, je vais probablement sommeiller tôt.
C’était une très belle journée.
Remonter les rivières
03.03.2025
Haute Ardèche. Vallon des Blaches.
J’aime marcher sans sentier, ces temps-ci.
Je marche, et je viens de monter en haut d’une crête de pins, il y a de très nombreux danseurs de silhouettes de châtaigniers brûlés par la foudre ou atteints par la maladie de l’encre, et je vais rejoindre mon bureau.
Ai enregistré la voix aujourd’hui, dans la chambre, transformée en studio.
Envie de tenter de construire autour une « cathédrale » de chants de cascades. J’ai accumulé des sons bruts pour ça.
J’ai battu les pentes de genêts et de ronces vives, je m’y suis griffé, j’ai marché raide, pour quêter les sources, guetter les cascades, suivre les torrents, me suis baigné dans l’eau glacé des rus. Je les ai tous écoutés, tous entendus, tous enregistrés.
J’en ai fait une pièce liquide et sonore, ruissellements, gouttes et voix sur le texte « ça va sans dire » finalement nommé « remonter les rivières », plus tard. Un chuchotis, un chuchoté de rivière et de parole douce, dite comme dans un murmure, presque un chuchotement, avec les bruits de la nature, du grand dehors tout autour.
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23.04.24
Val-de-Reuil. Résidence à La Factorie.
Session Écrits/Studio à la Maison de la poésie en Normandie (la Factorie), 222 au 26 avril 2024, restitution en novembre)
J’enregistre les pièces nommées « cela fait trois jours que le silence » et « Où être ».
Sur une île, sur la Seine, à la maison de la poésie, que je connais déjà et où on est tout bien, une semaine, pour enregistrer des pièces sonores.
Le vent dans les peupliers, les sauts de truites, les murmures de la rivière dans les rochers des rives encerclant l’île, la cloche de l’église au loin, magnifique, puis enregistrée du dedans en chantant, la voix du curé…
De tout cela faire corps, faire matière, faire pièce…