Contribution de Béatrice Machet
Je suis membre d’Écrits/Studio depuis l’été 2016, c’est-à-dire à partir du jour où Pauline Catherinot et moi-même avons parlé à Patrick Dubost de relancer ce « mouvement », lui qui était à l’origine, avec d’autres poètes de la région lyonnaise (dont Isabelle Pinçon), d’une première expérience menée des années 1988 à 2000 à la villa Gillet.
Pour présenter ce collectif (une bonne cinquantaine de poètes ont déjà fait au moins une fois une session), le plus direct et le plus simple serait de dire ceci : il s’agit d’un groupe de poètes qui lors de sessions de travail (pendant lesquelles ils-elles se réunissent de 6 à 9 pendant plusieurs jours dans un même lieu, ce qui implique de vivre ensemble et dans les conditions d’une résidence), les dits poètes
- imaginent des textes pour l’oralité ;
- utilisent leur propre voix et s’impliquent physiquement dans la performance finale sur scène ;
- s’impliquent et s’initient aux techniques du son c’est-à-dire réalisent eux-mêmes enregistrements, bruitages, montages, etc.
En ce qui me concerne, cette entreprise vient compléter et parfaire ma démarche qui m’a vue quitter l’univers de la danse pour continuer de danser en écriture. Le geste et la voix me semblent essentiels pour vivre ma poésie au maximum, et donc pour la transmettre, la partager en lectures et performances, accompagnée ou non par des artistes venus d’autres disciplines. Les pièces sonores que j’ai réalisées et qui portent le label Écrits/Studio (au nombre de 21 à ce jour), ont quasiment toutes en commun d’explorer plus à fond ce que déjà je pratique dans mes livres et publications, à savoir mon goût pour les langues (je les mélange, les juxtapose, joue avec elles et leurs diverses énergies, diverses sonorités). Mes pièces rendent souvent hommage, direct ou oblique, aux nations Indiennes d’Amérique du nord et ce n’est pas une surprise pour qui sait mon implication, mon imprégnation et mon travail de traduction parallèle à mon propre travail poétique. Dans mes pièces sonores je crée souvent une ambiance intimiste qui ne m’empêche pas de m’emparer de faits de société. J’ai souvent un regard critique, je donne des coups de griffe aux systèmes qui nous enferment, nous musellent (patriarcat, capitalisme, racisme, sexisme, fascisme, révisionnisme etc.), je dis mes révoltes plus ouvertement que dans mes recueils sans pour autant crier des slogans idéologiques bien entendu, cela reste de la poésie. Certaines de ces pièces sonores ont été diffusées sur les ondes de diverses radios libres, ont été performées dans certains festivals ou dans des théâtres, auditoriums, galeries, etc.
Pour réaliser les pièces sonores j’utilise un enregistreur (ZOOM H2n). Je me suis constituée, depuis 2016, une banque de sons. Lors de mes voyages, promenades, sorties, j’emporte avec moi mon petit zoom qui tient dans une grande poche, et j’enregistre les bruits : chants d’oiseaux, rivières, mers et lacs, vent, musiques, chants et danses, portes qui grincent, bois qui craque, pluie, etc. Au moment de la réalisation des pièces j’ai alors à ma disposition un large choix de bruits, sans compter les voix des participants aux sessions que je sollicite régulièrement à dire des bribes de mes textes et ainsi collaborer à ma pièce. Le but avoué de ces sessions est d’encourager l’entraide, la collaboration, la création collective, ce qui est rare dans un milieu où les gens ont l’habitude de travailler en solitude, voire en isolement. Et c’est ce qui fait toute la richesse de ces sessions et de ces expériences : les avis techniques, le partage, la stimulation, l’émulation, l’écoute et le regard critique des uns sur les pièces des autres en toute bienveillance, … il y a toujours plus dans plusieurs têtes que dans une seule !
(Pour l’anecdote, il est amusant de constater combien les pièces sonores réalisées par les participants d’une même session, tout en explorant et révélant des univers différents et singuliers, ont souvent des points communs : thèmes, ambiances.)
Le montage (sur ordinateur), s’effectue grâce au programme Reaper, assez facile à maîtriser même si je suis bien consciente que je n’utilise pas la moitié des ressources que ce programme offre. Mon but n’est pas de battre des records technologiques mais de créer une ambiance sonore qui enveloppe l’auditeur, le happe, qu’il soit plongé dans un univers sensible pendant qu’il-elle entend mes mots, mon poème, et qu’alors les sens, la signification, les émotions tous ensemble prennent un relief tel que la pièce fera, pour lui-elle, événement.
À l’issu des sessions de création, des restitutions sont organisées pour donner en public les pièces sonores réalisées pendant les sessions. Ne sont alors sur scène que les poètes présents à la session. Des soirées Écrits/Studio sont elles aussi organisées, qui ne concernent pas exclusivement les pièces sonores récentes mais permettent de donner à entendre un plus large éventail de pièces, les poètes et les pièces étant alors sélectionnées par qui organise la soirée : théâtres, médiathèques, festivals...
(Pour plus d’infos : voir l’ancien site ecritsstudio.free.fr, le nouveau est à refaire…)
Les pièces diffusées (les plus courtes) :
- Fin de la parole, 3mn 51 (réalisée lors d’une session à Monteux, Vaucluse, en 2017)

