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Les éditions du Facteur Galop

dimanche 13 juin 2010, par Cécile Guivarch

 
Entretien avec Thomas Pourchayre par Clara Regy

 
D’où t’est venue cette idée

L’idée de créer une maison d’édition me tarabustait depuis des lustres, et je
repoussais l’idée de faire… pour des bêtises. Au moment du confinement, l’envie de faire s’est imposée. L’envie de le faire, là, là où j’étais. L’envie de pas trop élaborer, pas tout seul, aussi. Le projet s’est élaboré ensemble, à quatre, à partir de ce qui n’était qu’une proposition de geste, et un nom : les éditions du Facteur Galop. Chacun dans l’équipe a, je crois, un lien très personnel au projet.

Est-ce une coopération et si oui : qui fait quoi : choix construction écriture illustration ???

C’est pleinement un collectif éditorial. Nous étions quatre, nous sommes toujours quatre, même s’il y a eu des entrées et des sorties. Il n’y a presque pas de spécialisation dans l’équipe, sauf pour le graphisme : un ami nous a aidé pour la maquette initiale et c’est toujours lui qui nous trouve le motif très minimaliste, immédiatement reconnaissable, qui donne l’identité visuelle de chaque livre ; et la mise en page est désormais assurée par Isabelle qui maitrise parfaitement ! Tout le monde touche à tout, à commencer par le choix des textes.

Y a t-il vraiment une ligne éditoriale (ou des coups de cœur ?)

Nous acceptons tous les sujets et toutes les formes. Une fois qu’on a dit cela, on choisit les textes qui nous plaisent par leur qualité, et par la façon dont ils relient leur envie de dire à notre geste de « semer ».
« Semer », ce n’est pas totalement déterministe. La graine est toujours une graine de quelque chose, mais chaque graine ne sait pas où elle va tomber, si elle va tomber sur un terrain fertile, ni quand elle pourra pousser, ni si elle pourra vraiment le faire. C’est humble, une graine, mais c’est déjà tout, tout dans cette idée de pousser.
Et puis il faut parler de nos livres en eux-mêmes. Leur taille est toujours la même, il y a donc une contrainte de ce point de vue. Ensuite, autre contrainte floue, reliée à l’idée de semer : comme une graine est conçue pour augmenter ses chances de pouvoir pousser, nos livres doivent donner envie d’être ramassés, être pris en main, sans quoi le geste est évidemment un peu vain… donc nous accordons beaucoup d’importance à leur présentation.
De même que nous souhaitons qu’on aie envie de cueillir nos livres, nous souhaitons publier des textes qui savent prendre en main leur lecteur. La notion est un peu glissante : il ne s’agit pas pour nous de faire de la littérature facile ou caressante, non. Pour provoquer, il faut que le texte soit comme une tique : qu’il reste accroché au promeneur. Allez, la comparaison s’arrête là (rires).
Pour finir de décrire nos livres, en prolongement de ce geste : nous proposons à chaque auteur de mener une interview, courte, d’une personne qui représente pour lui le lien à la littérature… et qui est publiée à la fin du livre.

Combien d’ouvrages par an

Nous étions un peu trop ambitieux au départ. Disons que si les choses tournent bien nous pouvons proposer une série par année, année et demi. La prochaine, la quatrième, pourrait sortir début 2027. Nous avons encore un peu de temps pour prendre du retard !
A savoir que nous publions uniquement par série, et les livres d’une même série sont proposés ensemble (un lot de x livres à semer de chacun des livres de la série). Les deux premières séries comportaient trois livres différents (proposés en lots de neuf livres, soit trois livres de chaque) et sur la troisième nous sommes passés à quatre livres différents (proposés en lots de 8 livres, soit deux livres de chaque).

Un rêve ?

Que le geste dure est la première des surprises, mais elle ne devrait pas en être une : semer, c’est un geste éternel, après tout.
Côté textes, nous allons continuer d’être sélectifs et d’être ouverts à tout et à toutes les formes. J’avoue que je serais très heureux si on pouvait publier un essai, une bd…

un souvenir de la création du premier recueil

Chaque étape a vraiment été importante. Quand on s’est rendu compte qu’avant même d’avoir annoncé les premiers livres, et d’avoir présenté ce à quoi ils pourraient ressembler, nous avions déjà plus de deux cents soutiens simplement séduits par le geste, ça a été formidable. Parce qu’au fond, ça voulait dire quelque chose de très fort, de la part de nos « facteurs et facteurices » : de la conviction, une envie de transmettre, de faire de choses simples et sans forcément attendre de retour : simplement l’idée de le faire. Semer l’idée de faire, ce n’est pas rien, vraiment.
Puis, le choix de chacun de nos premiers textes, les premiers dialogues avec les auteurs, les amener à affiner leurs textes en regard de notre maquette à format unique, jusqu’à l’apparition des premières propositions graphiques, avec des couleurs qui pètent, une forme qui incarne pleinement ce à quoi on a longuement réfléchi, des textes qui vont pouvoir vivre : soudainement, par les objets, passer de l’idée du geste au geste lui-même.

Les livres ?

Nous en avons publié dix, à l’heure actuelle. La poésie y a occupé une belle part dès le début, mais notre but est d’investir toutes les formes, y compris celles qui n’existent pas « a priori ». Dans notre première série, il y a eu Mélusine au Gasoil de Florent Toniello, un texte entre chant médiéval et ode contemporaine à la douce et sévère ironie ; Les petites lumières bleues de Corinne Guerci, un petit livre de dialogues imaginaires, très sensible et touchant ; et enfin Les comportements du doux d’Amélie Bertholet-Yengo, un livre fûté, mi-fiction mi-essai, plaçant le sujet de la douceur entre l’intimité et le regard politique, présent et historique. Dans la deuxième série, nous avons choisi Slum, de Manuel Reynaud-Guideau, un double récit, l’un historique sur le Women slum Journalism et l’autre fictif, transposition au présent d’une démarche proche. Nous avons publié aussi Novembre, très beau texte sur, disons, la perte de repères dans l’espace et le temps, et –Mnésie, un récit poétique, très en creux, délicat, sur un parcours d’exil et le regard porté en arrière.

Pour notre dernière série enfin, les choses se sont compliquées : nous avions quatre textes que nous voulions publier, et cela nous a amené à modifier un peu notre proposition (2x4 livres désormais) : Mathilde Hinault nous a proposé Bouillon de colère, un texte de courage, un texte du souffle qui redevient normal après la traversée de violences intrafamiliales. Philippe Annocque nous a emporté avec son Face à rien, récit absurde et très raisonné, qui questionne autant l’auteur que chacun d’entre nous dans notre paysage quotidien. Anne Roy nous emmène dans une poésie de sensations, de relation à la terre et à ce qui l’anime avec son Hors-je, très épuré, une sorte d’acupuncture textuelle ! Et puis, il y a Amélie Durand, qui a été jusqu’à nous faire publier un scénario de cartoon, Bip Bip et Vil Coyote, récit humoristique et poétique d’une course poursuite : deux êtres qui poursuivent l’amour, et celui-ci qui se défile !


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