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L’atelier de l’agneau / La revue L’Intranquille / Entretien avec Françoise Favretto

lundi 13 janvier 2020, par Cécile Guivarch

Je connais les éditions de l’Atelier de l’agneau depuis des années et la revue L’intranquille en est à son 17ème numéro, vos activités sont visibles dans le panorama de la poésie contemporaine. Si bien que je ne peux passer à côté de la question : comment toute cette aventure a-t-elle commencée ? Comment avez-vous eu envie de la développer, de fonder une maison d’édition qui publie des recueils, des livres en prose ou récit et en parallèle une revue de poésie ?

L’Atelier de l’agneau est une des plus anciennes maisons d’édition de poésie née dans les années 70 à Liège (Wallonie).

J’ai commencé à y participer comme stagiaire. Nous étions un collectif d’une douzaine pour réaliser une anthologie France-Belgique-Québec qui a réuni les poètes francophones de ces trois pays avec de nombreuses illustrations d’artistes. Son titre ANTHOLOGIE 80. C’était avec les éditions du Castor Astral, maison d’édition de poésie notoire. Ce fut suivi d’une collection d’une quinzaine de livres, « plaisirs solitaires » à laquelle j’ai collaboré.

L’essentiel tourne surtout autour d’une revue dite « underground » nommée 25 ou M25 qui a publié les premiers textes d’IVAR CH’VAVAR par exemple, JEAN-LUC COATALEM (Nominé pour le Goncourt, a obtenu le prix Jean Giono) et bien d’autres... Quelques 500 poètes sont passés par cette revue qui, bien qu’étant en Belgique, publiait de nombreux français. Elle a duré 15 ans. J’y écrivais les critiques et je « tapais » les textes, on n’avait pas encore d’ordinateur. L’impression était très pro, avec une machine offset. Le poète JACQUES IZOARD reste la cheville ouvrière de toute cette aventure. Il m’a fait connaître les poètes contemporains. Mes goûts allaient déjà vers Francis Ponge ; j’ai affiné mes connaissances, découvrant Eugène Savitzkaya, Joyce Mansour, Willliam Cliff, Marianne Van Hirtum et bien d’autres.
J’ai repris le fonds de la maison d’édition et continué en France à la fin des années 90, en Gironde où se trouve le siège social. Diverses revues jusqu’à L’Intranquille en 2011. Et environ 200 livres… de plus que le fonds.

Et ces titres, d’où viennent-ils ? L’intranquille, une référence à Pessoa ? Et pour l’Atelier de l’agneau ?

Oui Pessoa et puis aussi le début des grands soulèvements (révoltes méditerranéennes)… On ne pouvait guère déjà se sentir bien tranquilles. On voit de quoi il en retourne actuellement.
L’agneau, c’est une rue à Liège. Les éditions ont eu leur première adresse là, dans un atelier occupé précédemment par un artiste.

J’apprécie beaucoup les auteurs publiés à l’Atelier de l’agneau, ces voix qui se démarquent, qui font bouger la langue, par exemple et juste pour en citer trois : Edith Azam, Sylvie Nève, Ivar Ch’Vavar. Comment se passent les rencontres avec ces auteurs, ces textes ? Et pourquoi les publier ceux-là plutôt que d’autres ?

Justement, oui des auteurs singuliers comme on peut le dire des artistes. Ils semblent n’avoir recopié personne. Bien sûr ils ont des influences mais leur voix est unique et ce sont des poètes. Je publie peu de proses. Depuis les trois auteurs que vous citez, bien d’autres sont apparus, la collection 25 par exemple publie les premiers livres, c’est un grand plaisir à chaque fois de faire connaître un inconnu dont on pense qu’il a quelque chose à dire et surtout a trouvé le ton, la forme pour l’écrire. Les premiers : LAURENT ALBARRACIN, MATTHIEU GOSZTOLA, CHRISTOPHE MANON. Je cite les trois derniers auteurs publiés (ils sont déjà nominés ou nommés pour des prix ) : KHALID EL MORABETHI, ALDO QURESHI, GABRIEL HENRY.

Comment les manuscrits sont-ils choisis ? Avez-vous un comité de lecture ? Comment fonctionne-t-il ?

Je demande 10 pages au départ puis davantage s’ils me parlent et me titillent. Le Comité, ce sont quelques auteurs des éditions, eux-mêmes « grands lecteurs », sollicités quand je doute, ou n’ai pas assez de temps.

Etre éditeur, être revuiste, est-ce pour vous la même chose ? Qu’est-ce qui prolonge l’un et l’autre ? Qu’est-ce qui vous anime le plus dans chacun de ces domaines d’édition ?

Ce n’est pas le même travail.
Publier une revue est une création personnelle, j’agence des textes et des œuvres, je tente de faire se rencontrer les créateurs entre les pages mais aussi dans les lieux de présentations et de lectures. Parfois ils travaillent alors ensemble sur un livre.
UN livre est un travail à plusieurs, c’est plus long à réaliser et à promotionner, sur un an environ. Un compagnonnage ; voilà pourquoi je ne peux publier beaucoup de livres par an, une dizaine.

Par ailleurs, je m’occupe aussi de traductions, là c’est un travail très long, d’achats de droits, de retravail de traduction, de recherches de fonds – ce sont les livres les plus coûteux car je pars du constat selon lequel je n’ai intérêt à traduire que des auteurs déjà connus dans leur pays, ainsi POWYS, THOREAU, MAYROCKER, DICKENS par exemple.

Pouvez-vous nous parler de la revue L’intranquille  ? De quelles rubriques est-elle constituée ? Comment se construit-elle de numéro en numéro ?

Un lien avec l’actualité s’est opéré par des rubriques thématiques comme « dégage », « le triple A » (s’adressant aux artistes) « genre(s) d’après », « pauvreté ». En ce moment, nous publions « villes fantômes » sur deux numéros.

La découverte de nouveaux auteurs est primordiale, comme pour beaucoup de revues… Je les invite à lire en public, exercice qui apporte un plus au texte assez souvent (mais parfois cela n’est pas nécessaire). Il m’arrive aussi de créer une « scène ouverte » : au lieu de publier quelqu’un je l’invite à lire en public. Je pense à la dernière expérience de décembre dernier, très surprenante, avec un poète qui n’a jamais publié, Lambert Castallani, et dont la lecture/performance fut puissante.
La revue publie des traductions dans chaque numéro. Ou un dossier sur un ou plusieurs poètes ou une anthologie d’un pays (récemment les moldaves traduits par Jan Myskin et les poètes de Singapour traduits par Pierre Vinclair). Dans le n°18 de mars, Herta Müller, auteure célèbre de ‘La convocation’ : pour la première fois des poèmes/collages seront publiés et traduits en français - par Anne Kubler.
Je réserve une bonne place aux critiques puisque je n’ai jamais cessé d’en écrire pour ma part. D’autres se joignent à moi comme Jean-Pierre Bobillot qui y tient une chronique régulière. La revue est semestrielle.

D’autres rubriques comme les métiers autour du livre, la présentation d’un artiste « en marge » ou « brut », et un entretien « changer d’art, changer d’air » pour qui mène plusieurs arts à la fois comme Liliane Giraudon dans le n°17.
Essais et études complètent le tout dans la rubrique « Histoire Littéraire » cela peut toucher aux siècles précédents.

Si vous deviez recommander des auteurs à publier à la revue Terre à ciel et qui n’y figurent pas encore, quels seraient-ils ? (auteurs confirmés ou pas)

Toutes et tous car le choix a été fait parmi de nombreux manuscrits et c’est déjà un éventail remarquable.

Peut-être avez-vous des projets à venir et que vous souhaitez
évoquer ?

Publier d’autres livres des auteurs qui ont commencé chez nous.
Côté traductions :
Un inédit de DICKENS pour les 150 ans de sa disparition.
L’auteure de Laponie RISTEN SOKKI
Et continuer à publier FRIEDERICKE MAYROCKER, auteure expérimentale viennoise, entre prose et poésie, que Lucie TAIEB fait connaître et traduit magnifiquement car elle est elle-même poète. Un sixième livre : « Voyage dans la nuit ».
Un dossier MICHEL VACHEY dans L’intranquille. Cet auteur de Lorient, disparu en 1988, également artiste, initiateur du détournement de livres. Il travaillait, entre autres, à partir de livres déjà publiés. Comme je réalise moi-même des petits livres d’artistes, ou des « couverture uniques », ces expériences m’intéressent particulièrement. Je possède des inédits.

https://www.atelierdelagneau.com

Propos recueillis par Cécile Guivarch


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