Ce petit livre-leporellos est une invitation à découvrir la poésie de Li Qingzhao (1084-1155). Universellement reconnue comme la plus grande poète chinoise de tous les temps, elle a mis à profit la nouvelle forme prosodique du ci, poème chanté à vers irréguliers apparue sous la dynastie Song, pour exprimer d’une façon personnelle, résolument allusive et métaphorique, les expériences intimes d’une vie mouvementée.Ces quatre poèmes où apparaît le thème du lotus, de haute valeur symbolique dans le monde asiatique, sont accompagnés de dessins de Marie-José Doutres, plasticienne contemporaine.
LI Qingzhao (1084-1155)Élevée à Bianjing (aujourd’hui Kaifeng), la capitale des Song du Nord, dans une famille cultivée de lettrés hauts fonctionnaires, elle est elle-même poète, musicienne, peintre, calligraphe, experte en épigraphie sur bronze et pierre, érudite en histoire et en classiques, critique littéraire, commentatrice politique...
Sa vie est intimement mêlée aux événements de son époque : mariage heureux avec Zhao Mingcheng, un jeune étudiant qui deviendra magistrat durant l’ère prospère de l’empereur Huizung, où l’art des Song atteint son apogée ; tensions familiales dues aux clivages politiques et aux luttes de pouvoir à la cour, qui amènent la relégation de Li Qingzhao et de son mari à Qingzhou ; multiples séparations du couple au gré des attributions de postes ; exode dramatique lors de l’invasion des tribus mandchoues Jürchen, qui mettent à sac la capitale, anéantissant du même coup sa prestigieuse collection d’épigraphies anciennes, de livres rares et d’objets d’art ; mort de son mari à 49 ans, atteint du typhus alors qu’il rejoignait un nouveau poste ; vieillesse à Lin’an, la nouvelle capitale des Song du Sud, puis en divers lieux du Zhejiang, dans la solitude, la nostalgie et l’amertume.
Des sept volumes de poèmes réguliers (shi) et six volumes de poèmes chantés à vers irréguliers (ci) publiés du vivant de Li Qingzhao, il ne reste que très peu de choses : une quinzaine de shi et moins d’une soixantaine de ci.
Marie-José Doutres, plasticienne et carnettiste, vit à Sommières dans le Gard. Diplômée de l’École Supérieure des Beaux-Arts, elle a enseigné à l’École d’Architecture de Montpellier. Son travail artistique s’articule autour de carnets de terrain, carnets naturalistes, et carnets de patrimoine, qui questionnent la matière documentaire dans l’art et mettent en lumière des activités modestes et souvent publiques, telles que les petits espaces, les berges, ou les territoires libres. Elle arpente depuis 2002 sa région, en privilégiant une démarche écologique, mêlant dessin et gravure. Son approche artistique s’inscrit dans une volonté de rendre compte des activités humaines et de leur environnement, avec une forte dimension sociale et solidaire.
ExtraitSouvent je revois
le pavillon de la rivière au coucher du soleil.
Pris par l’ivresse,
nous ne savions plus comment rentrer.
Recouvrant nos esprits,
sur le tard nous avions repris la barque,
mais par mégarde elle s’enfonça profond
dans des lotus en fleurs.
Et nous de ramer,
de ramer !
Faisant s’envoler toute une grève de mouettes
et de hérons surpris.
LI Qingzhao
Derniers effluves de lotus rouges
Poèmes traduits du chinois par Joanna Maguire-Charlat et Danièle Faugeras
Dessins de Marie-José Doutres
PO&PSY princeps 2025

