Terre à ciel
Poésie d’aujourd’hui

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Éditions de l’Atlantique

samedi 20 avril 2013, par Jean-Marc Undriener

Interview de Silvaine Arabo par Cécile Guivarch

1 — Comment les Éditions de l’Atlantique sont-elles nées ?

Elle a été un prolongement d’activités antérieures au service de la poésie : un site internet, créé en 1997, présentant les textes et bio-biblios d’une centaine de poètes ; une revue, initiée en 2001, Saraswati (revue de poésie, d’art et de réflexion), etc. La suite logique de tous ces travaux débouchait très naturellement sur l’édition papier.

2 — Je me souviens avoir passé de longues heures sur votre site internet, au début des années 2000, époque où j’ai commencé à lire de la poésie. C’était une mine d’or pour moi. Est-ce que la maison d’édition vous la voyiez comme une suite à ce site, quelque chose en partage ?

J’ai répondu ci-dessus à la question. Vous faites bien de souligner la notion de partage car elle est essentielle. Ce site avait un but largement pédagogique : il voulait bien évidemment mettre en lumière des auteur(e)s de qualité mais aussi sensibiliser à la poésie en tant que telle… et il semble bien qu’en ce qui vous concerne ce soit ce qui s’est passé. Il serait intéressant de mesurer son impact exact sur des années, ceci n’est guère possible malheureusement.
A ce propos, j’aimerais signaler que ce site, créé en 1997 sur un espace gratuit et "neutre", est aujourd’hui hélas gangrené par divers encarts publicitaires qui empêchent une lecture sereine des différentes rubriques et poètes. Quel gâchis !

3 — Qu’est-ce que vous aviez envie de partager alors, quelle poésie souhaitiez-vous défendre ?

Je souhaitais défendre avant tout des écritures. A aucun moment je n’ai voulu entrer dans des querelles de chapelle qui me semblent stériles : ainsi l’éternelle querelle entre poésie lyrique et poésie impersonnelle par exemple. Je le dis souvent : la poésie est comme Protée : elle a mille visages et tant mieux ! Ce qui compte c’est la qualité de l’écriture, ce ne sont même pas les thématiques (là encore : les anti-spiritualistes contre les spiritualistes, etc.). Tout le monde a le droit d’exprimer ses idées même si c’est de plus en plus dur dans cette époque inquisitoriale où règne la pensée unique. Mais ce qui va distinguer le vrai poète, à mon sens, ce ne sont pas ses idées (tout a déjà été dit), ses sensations (id.), c’est la manière dont il va les mettre en mots (rappelez-vous la phrase de Chateaubriand : le style c’est l’homme). Et j’ai essayé de défendre une poésie de qualité, avec des auteur(e)s très divers.

4 — Je sais que vous arrêtez aujourd’hui l’édition, est-ce que vous souhaitez révéler ce qui vous a amené à cette décision ?

Cela ne me gêne pas d’en parler en tous cas : quand l’état subventionnera un peu moins le sport et un peu plus la culture (ça viendra peut-être un jour, qui sait, quand les politiques seront plus courageux et moins démagogues), alors on pourra rouvrir les petites maisons d’édition qui ferment les unes après les autres alors qu’elles donnaient une visibilité, modeste mais une visibilité, à des auteur(e)s de talent qui, on le sait, n’ont quasiment aucune chance d’être publié(e)s par de grands éditeurs.
Mais là, imaginez que pendant 5 ans j’ai travaillé bénévolement, jour et nuit, et que l’éditeur Samuel Potier, quant à lui, se faisait chaque mois en net (une fois ses lourdes charges payées) environ 300 euros ! Il ne pouvait continuer ainsi : avec une si petite somme on ne peut subvenir à ses besoins les plus élémentaires.
Quant à moi, il m’arrivait de donner un coup de pouce financier aux éditions mais je n’ai pas non plus énormément par mois… de plus je suis très fatiguée et ces éditions étaient véritablement vampiriques de notre énergie. Nous avons donc décidé, la mort dans l’âme, de fermer cette maison que nous avions construite amoureusement et pierre à pierre.

5 — Je pense que l’aventure de l’édition doit être quelque chose de formidable. Quels sont vos meilleurs souvenirs ?

Ils sont de deux sortes :
— Le bonheur de découvrir et de mettre en lumière (donc d’encourager à une poursuite de l’écriture) des poètes méconnus ou peu connus.
— La qualité du rapport humain avec un certain nombre d’auteur(e)s : des gens souvent modestes malgré leur talent, se remettant en question et comprenant que, si l’éditeur est de son plein gré à leur service, il n’est pas pour autant leur esclave, taillable et corvéable à merci ! Nous avons connu des personnes sincères, réellement sensibles, dont la poésie était vraiment signifiante, incarnait une véritable ascèse et pas juste une "facilité" qu’on exploite pour se faire valoir dans la société.

6 — Peut-être que ce n’est pas toujours très simple non plus. Quel est votre pire souvenir ?

Le contact avec les poètes dont l’ego est si surdimensionné et qui pensent que leur écriture est tellement oh… que tout le monde doit les admirer et les servir avec des chaînes. Ce sont les mêmes à qui tout est dû et dont l’arrogance, voire la goujaterie, vous laissent pantois ! On se pince parfois... Tout cela est bien loin de la poésie.
D’autres n’ont pas cherché à établir avec nous une quelconque relation humaine : nous étions pour eux juste des "utilités". C’est dommage. On retrouve chez les poètes toute la société, ni plus ni moins. Il faut "faire avec" et essayer de voir en toute chose ce qu’il peut y avoir de positif… sinon on ne ferait jamais rien. C’est pour la poésie que nous avons tant travaillé et nous ne le regrettons pas.

7 — Une dernière question : vous arrêtez l’édition, vous avez de nouveaux projets ?

Oui : ma revue Saraswati va, quant à elle, poursuivre sa route (le numéro 12 va paraître en principe courant avril) et je vais enfin retrouver mon rapport perso à l’écriture et à la peinture. Un peu de repos et de distanciation ne fera pas de mal.

Avertissement au lecteur

Voici un panel d’auteur(e)s ayant publié aux Éditions de l’Atlantique. Bien entendu il n’y a rien là d’exhaustif : une anthologie complète des poètes ayant publié chez cet éditeur paraîtra en effet bientôt chez Michel Cosem, aux Éditions Encres Vives et sur deux numéros (sans doute en mai et juin 2013). Les textes qui suivent ont été publiés sur ce site en mars 2013 avec l’aimable autorisation des Éditions de l’Atlantique.

[lilas]Terres de mémoire - Andrea Moorhead[/lilas]

poèmes de guerre
#1

à Samia Boulad
tu ne pourrais pas boire le verre écrasé
moulu comme un café trop dur trop noir trop amer
les molécules résisteraient ta langue ta gorge ton ventre
mêlée avec l’eau cendrée des pluies incendiaires
tu ne pourrais pas boire cette tisane de verre de cendre de mort retrouvée

© Éditions de l’Atlantique et Andrea Moorhead



[lilas]Belles seraient les fleurs - Fragmentaires Olivier Bastide[/lilas]

Je suis ce passant qui prend l’écume au visage ; je voudrais pour témoin la rose amertume qui ceint l’amandier. L’envie d’éternité prie les fleurs et le vent. C’est en haut de côte. Belle fugue, car j’ai toujours au cœur les douces révérences. D’autres disparaîtront. J’aurai peu d’émotion, peu de vie. Moi-même enseveli. Mais, ce jour, rien ne tue. Auprès de la colline, est ce rose amandier…

**
Il s’agit de t’apprivoiser. Tu seras celle des nuits, celle des jours. Les bruits et les ruisseaux couleront à l’identique. Parfois, je prendrai vent par mes soleils, et tu me comprendras. Toi-aussi, tu sauveras tes pas par quelques échappées. Cette beauté est mon pays.

© Éditions de l’Atlantique et Olivier Bastide



[lilas]Et la parole s’est faite nuit - Jean-Louis Bernard[/lilas]

(...)
viendra un temps plus habitable
fixé sur le cadran d’exil
hors de ces parages forclos
où s’éternisent les ornières
on y parlera du fragile
des conspirations dictées
juste à l’instant du devenir
par quelques lames de silence

viendra ce temps mais il est tard
pour questionner nos territoires
et nos minutes et le fugace
et nos fissures impensées
graveurs de portulans perdus
enfants d’une aventure morte
saurons-nous écrire le vent
entre feuillage et résurgence

© Éditions de l’Atlantique et Jean-Louis Bernard



[lilas]Regards croisés - Monique Saint-Julia[/lilas]

L’hiver, le nu, l’oubli.
La pluie coulant à seaux
mène de petits canaux sonores
le long de la terrasse.
Le ciel retient la promeneuse par la manche.
Parfois dans le bois
comme dans un jeu de quilles
de vieux arbres tombent sur les fougères,
apeurant les corbeaux qui abandonnent
leurs cris à travers l’air,
nous laissant une morosité dans le cœur.

© Éditions de l’Atlantique et Monique Saint-Julia



[lilas]Résolution - Souffle, Mes navires - Guy Chaty[/lilas]

La goutte d’eau tremble et frémit
__________au bout du roseau
__________jailli rouge et tendu
__________surfaces odorantes
La feuille apprêtée n’est pas tout à fait prête
__________à recevoir cette tension extrême
Elle se plaint et s’entrouvre
__________nénuphar conciliant
__________puis haletant
laisse passer l’herbe familière
__________et ses trains de lumière

© Éditions de l’Atlantique et Guy Chaty



[lilas]Le sud du soleil - Michel Cosem[/lilas]

Nul ne dira suffisamment, définitivement, le dialogue ardu des vagues et des rochers. L’eau se jette blanche sur les aiguilles noires qu’elle habille et déshabille. Les embruns ne sont pas naufragés. Ils écrivent le dialogue des deux mondes les nuits de brouillard ou de grand vent. Ils font aussi le trait d’union entre l’énigme et la légende ne laissant aucun endroit secret. Matin et soir c’est la même respiration.
(Falaises d’Urugne, Pyrénées-Atlantiques)

***

Grande traversée de terre en ce matin de couleurs vives et de vues émouvantes sur la montagne blanche. Tout en haut sur les crêtes quelques maisons claires parlent une langue fraternelle. Quelques arbres fantômes poussent au milieu des labours et servent de perchoir aux gros corbeaux qui attendent je ne sais quoi. Parfois au milieu des sillons subsistent quelques ruines de maisons de terre désormais perdues pareilles à des ombres endormies. Les ailes du moulin sont arrêtées et le petit souffle ne parvient pas à les éveiller.
(Nailloux, Haute-Garonne)

© Editions de l’Atlantique et Michel Cosem



[lilas]Créer l’ouvert - Valérie Canat de Chizy[/lilas]

Écrire n’est rien
Sinon l’approche
D’un secret
Depuis toujours
Secret comme
Un enfant nouveau-né
Dans son linge blanc.

*

Tu habites
La demeure
Du linge
Les branches
Dessinent
Leur ombre
Le bleu
D éteint
Sur le blanc.

© Editions de l’Atlantique et Valérie Canat de Chizy



[lilas]Le portail gris-bleu - Jean-Pierre Farines[/lilas]

Le jardin aux dahlias Mille
petits soleils Continuité en rouge
dans le soir qui descend
Laisser les fleurs cassées Laisser
les yeux en pleurs aux larmes du couchant
Mais ne pas oublier celle si douce
qui les aimait Qui voulait peindre
ce jardin sur fond de ciel suspendu
Là-bas sous la tonnelle
posé sur le vieux banc de fer
le carton à dessins
reste toujours ouvert

© Editions de l’Atlantique et Jean-Pierre Farines



[lilas]Mon contre toi - Romain Fustier[/lilas]

ta bouche est un étang où vont boire les chevreuils. un étang à l’écart des routes que parcourent le commun des mortels. lieu absent des cartes. où l’eau a la couleur écaillée des perches échappées dans tes yeux. du ciel où se mirent les hérons. ta bouche accueille les chevreuils qui brament dans la nuit. qui vont boire sur les berges de tes lèvres. à l’écart des cartes que tiennent les randonneurs. des registres cadastraux que parcourent les chasseurs. dans un lieu sauvage où les perches nagent dans tes yeux. l’eau a la couleur des hérons. ta bouche est un étang où vont boire les chevreuils. un lieu sauvage que je marque d’une croix sur mon cadastre mental.

© Editions de l’Atlantique et Romain Fustier



[lilas]Mai (section III), in Jardin du Causse - Cathy Garcia[/lilas]

Jardin du causse, l’air est doux, fine pluie entre gouttes de soleil. Chants d’oiseaux, parfum de paradis. Flammes vives, coquelicots, calendulas, jaune effiloché du laiteron des champs, le mauve plus discret du géranium robert, de la vesce dont la signature s’achève en langue de papillon.

Petit bijou bleu roi, la fleur de mouron sertie dans son calice à pointes effilées, ses étamines roses dorées de fin pollen. Tapis d’aspérules à collerette étoilée, leurs menues fleurs en croix pâlichonnes.

© Editions de l’Atlantique et Cathy Garcia



[lilas]Trois jours et trois nuits dans ma capitelle - Jacquy Gil[/lilas]

Peut-être faut-il être là où le vent dépose la semence, où le ruisseau s’insinue, l’abreuve.
Oh, cet espace toujours verdissant que quelques ombres à peine clôturent ! Le ciel y est présent plus qu’ailleurs et la terre l’engrange.
Regain : ses senteurs, ses stridulations. Tout ici se décide, se proclame : le temps qui mûrit, le labeur qu’il apprête.
Petit carré de mémoire originelle... Le pré, l’Univers lui confie ses atomes. Et l’on y vient couper l’herbe haute sans que la faux jamais n’y puisse faucher l’épaisseur du mystère.

© Editions de l’Atlantique et Jacquy Gil



[lilas]Un seul coup d’aile dans le bleu - Matthieu Gosztola[/lilas]

Nous sommes dans le beau du temps pour en explorer tous les contours qui ne sont que les déclinaisons sensibles d’une certaine lumière à laquelle nous sommes sensibles comme à l’amour.

À ta mort, le poème a eu un mouvement de recul.

Les arbres servent de jonction entre le ciel et nous. Les oiseaux touchent cette jonction avec leur chant.

Le froid est la façon qu’a le souvenir d’être nu.

Il y a dans la nuit la plus trouble un jour qui arrive à petits pas.

© Editions de l’Atlantique et Matthieu Gosztola



[lilas]Pour quand nous ne serons plus, in Figuration de l’amante - Michel Host[/lilas]

Ton visage
Dans le jet des glaces
Ton visage
Que raflent les pluies
Qu’en aurai-je retenu ?
En désespoir de cause
J’oppose ton visage
À mon visage
Désagrégé

© Editions de l’Atlantique et Michel Host



[lilas]Éphémères d’un passant - Patrick Joquel[/lilas]

Déjà septembre... Et le silence particulier de sa pleine lune. Plus de cigales. Ni d’hirondelles. Rien. Uniquement du silence. Avec durant le jour une taciturne lumière. Un soleil bien tendre. Tout ce qu’il faut pour entrer dans la paix. Pour respirer de lentes marches. Ou bien. Nager. Longuement. Dans la houle fraîche. Je me repose de l’été. De ses extravagances. De ses halètements. De ses urgences. Je m’abandonne. Tranquille. Sans bruit. Je voudrais juste un peu plus de ce rien. Pour m’y étaler à l’aise. Jouir avec. Totalement. Oui. Juste un peu plus. Toujours un peu plus. Je voudrais. Encore. Je ne m’habitue pas à la perte. Jamais. Je résiste. À l’usure. J’essaie vraiment de résister. Septembre me prête sa patience. C’est déjà ça

***

Dernier jour d’automne. À vivre absolument. Dans le bleu. Dans les saveurs contrastées de l’air froid et du soleil de midi. Tout silencieux. Avec la mer. Belle endormie. Au loin. Couette métallique. Avec l’envie de marcher d’aube en crépuscule. Sans aucun arrêt. Ou juste celui du lézard. Curieux. Dernier jour d’automne. Saveur extrême. Demain entrera l’hiver dans ma poche. Ma main le serrera-t-il ? Je ne sais pas. Je crois tenir quand je suis juste traversé. Quand respirer l’instant demeure la seule merveille

© Editions de l’Atlantique et Patrick Joquel



[lilas]Ces missiles d’allégresse - Anna Jouy[/lilas]

par frayeur la nuit sera longue indécente et furieuse
comme le plat d’une claque sur la mer
avec des vagues à déjeter et le tambour
le tambour toujours de mon sein qui frappe le rappel de la peau
friable comme du diamant perdu
ma gorge est tendue comme un arc au bout d’un dernier cri
tous ces cheveux qui font brides entre des chariots de feu
je t’ai perdu comme une trace dans une eau de fortune
perdu comme un doigt dessinant l’océan
et le noir qui se noie sans cesse dans le noir

© Editions de l’Atlantique et Anna Jouy



[lilas]Impressions du soir, in Portails de Charentes - Gilles Lades[/lilas]

le couchant sépare
les trémières d’un portail
d’un hameau à contre-jour

les bois résistent
de toute leur ombre

par route étale et nuit proche
l’on se tourne vers la flèche d’une église
que le soleil isole et quitte lentement

© Editions de l’Atlantique et Gilles Lades



[lilas]À la fenêtre sans rideaux - Marcel Migozzi[/lilas]

C’est un enfant assis à la fenêtre
Sans rideaux___qui dessine au couchant feu
Un nuage___un toit sous les dernières
Volontés d’une fumée___un chemin
Inachevé___un arbre nu d’automne
En plusieurs bras levés sans ciel___des herbes
Hérissées au bord d’un étang ridé
Noir de vieux temps___personne___et c’est la nuit
Alors l’enfant dessine un soleil fou
De rayons___sur sa maison matinale

© Editions de l’Atlantique et Marcel Migozzi



[lilas]Sous la dictée de l’eau - Christian Monginot[/lilas]

24. Fou / Le retour (le tournant)

Le chemin va et vient, toujours d’un peu plus loin,
Bordé des mêmes herbes, mêmes odeurs,
À peine un peu plus nostalgique, alourdi de pensées ;

Avec le solstice d’hiver revient la jeune lumière,
Encombrée de fatigues nouvelles,
Auréolant la marche jusqu’au prochain soupir…

© Editions de l’Atlantique et Christian Monginot



[lilas]L’obole d’une île en automne, séquence 13 - Entouré d’eau de tous côtés - Robert Nédélec[/lilas]

(...) Il a fait jour hier, il fera jour demain, il fait jour maintenant bien que nul ne voie plus loin que le bout de l’ombre qui va… Fin octobre, début novembre. Le ciel est bas comme autrefois au-dessus des landes. Qu’on l’ait quittée ce matin, n’y soit jamais allé ou l’ait toujours ignorée, on marche maintenant vers l’île. La terre tremble tellement on tremble soi-même à présent, le sang roule bleu dans la vague, et s’éclabousse de bleu la salve, au bleu du porche de l’iris. On recherche l’air et le vent s’essouffle. Les pages du livre aussi. On croirait ici que mille oiseaux blancs survolent la rive…

© Editions de l’Atlantique et Robert Nédélec



[lilas]Douceur des reliefs - Claude Haza[/lilas]

Quelle que soit l’ouverture actuelle
à travers le jour ou à travers la nuit,
il y a un passage possible pour trouver,
même disparu dans le courant des jours,
le sens des choses, leur but incontournable.
Démarqués parmi les combats perdus
comme soldes des vieux calvaires,
ceux du présent matin
regorgent de verdeur nouvelle,
d’attraits solennels.
Qu’il faut domestiquer dans son parcours.

© Editions de l’Atlantique et Claude Haza



[lilas]Le chemin qui serpentait sous les nuages - Daniel Leduc[/lilas]

L’enfant regarde la mer,
ce lointain
ballotté par la houle -
qu’y a-t-il là-bas
de l’autre côté ?
Il marche sur des galets
pose le yeux sur les pierres -
qu’y a-t-il ici
au-dessous ?
Le soleil l’étire
comme un chat qui s’éveille -
qu’y a-t-il
tout là-haut ?
Son visage se reflète
dans une eau profonde -
qu’y a-t-il là,
au fond ?

© Editions de l’Atlantique et Daniel Leduc



[lilas]Rejoints par la lumière suivi de Les Marches - Josette Ségura[/lilas]

Brise matinale sur le verger,
les ombres larges et paisibles,
pas l’immobilité de l’hiver,
celle des grands poèmes traversés de feu,
plateaux et ciel à perte de vue.

**

Dans l’espace de notre effacement
tout apparaît enfin,
c’est comme un torrent qui passe entre nos mains,
nous lâchons la peur,
c’est comme un sommet d’où nous revoyons tout,
il y a un ciel très doux,
l’herbe sur les pentes
bouge lentement.

© Editions de l’Atlantique et Josette Ségura



[lilas]L’épreuve des limites, section Pont Coupé - Béatrice Marchal[/lilas]

Il aurait fallu s’endurcir
dès la cour d’école
à chaque occasion
rendre les coups

Il est trop tard
La part qu’aucun Styx n’a protégée
réclame un déferlement
ininterrompu de bonté

Il n’existe pas de remèdes

Mais d’autres possibles

Chaque fibre assouplie
chaque cellule attendrie
jusqu’au cœur travaillée
dessine l’élan d’une nouvelle voie lactée

© Editions de l’Atlantique et Béatrice Marchal



[lilas]Rescale - Elisabeth Rossé[/lilas]

Lunes chauves
Et vainement rieuses
Sculptées dans la pénombre
A rebours des marées

Au fond de la nuit pleine
Les ombres ont goût de larmes
Quand le sel souverain
Investit leur errance

Jusqu’au format du jour

© Editions de l’Atlantique et Elisabeth Rossé



[lilas]GM suivi de Griffures minérales - Danielle Terrien[/lilas]

Vous à l’étable
mastiquiez les images colorées :
belles colombes au jardin
attendant la becquée des arbres.
Abeilles des corolles
myosotis
lilas.

*

Casser le lien
briser la pierre
où boivent les statues.
Retrouver le nœud
des trois portes
avant l’éclat
le premier.

© Editions de l’Atlantique et Danielle Terrien



Fiche proposée par Cécile Guivarch avec la collaboration de Silvaine Arabo
Photo : Silvaine Arabo


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