Entretien avec Michel Fiévet,
par Isabelle Lévesque
© Michel Fiévet
Isabelle Lévesque : Quel est ton parcours de lecteur de poésie ?
Michel Fiévet : Adolescent, je ne lisais pas mais j’aimais beaucoup écouter Ferrat chanter Aragon, Brel, Brassens, Ferré, Barbara…. puis avec les années « lycée », j’ai commencé à lire de la poésie grâce à mon professeur de français dont j’ai oublié malheureusement le nom : Baudelaire, Rimbaud, Aragon, Eluard, Desnos, tout y passait puis la curiosité m’a poussé vers des poètes plus contemporains : Andrée Chedid, Max Alhau, Pablo Neruda, Yves Bonnefoy…
Lors de mon cheminement poétique, la rencontre avec Jean Le Mauve, éditeur (Editions L’Arbre), typographe, fut déterminante. Notre amitié s’est construite autour de la poésie. J’allais souvent le mercredi chez lui pour l’aider. Il cousait pendant que j’assemblais les pages. Nous discutions pendant des heures. Il me répétait inlassablement qu’avant d’écrire il faut lire. C’est ce que j’ai fait : lu avec gourmandise des centaines et des centaines de poètes. Je trouve que la poésie française contemporaine est vivante, foisonnante et diverse. Je faisais et je fais (je pense) le bonheur des éditeurs. René Rougerie m’a dit un jour en souriant : « Je vais faire fortune avec lui ». C’était une boutade bien sûr. Si l’on faisait fortune avec la poésie cela se saurait. Heureusement non ! C’est très bien ainsi.
I.L. : Comment cela t’a-t-il conduit à créer une maison d’édition ?
M.F. : Une série de circonstances. Outre ce bonheur que m’a transmis Jean Le Mauve, il y a ce plaisir aussi de faire des petits recueils de poésie avec mes élèves que nous envoyons aux poètes chaque année. Le désir s’est ensuite imposé comme une évidence. Quelle jouissance de partager la voix des poètes que l’on aime, que l’on découvre.
I.L. : Peux-tu nous expliquer ton choix du nom « L’Ail des ours » ? Cela a-t-il un rapport avec le type de poésie que tu souhaites publier et défendre ?
M.F. : Un rapport avec le type de poésie que je souhaite publier et défendre : non !
Les soirées entre amis ont du bon. Après quelques bonnes bouteilles de vin mais sans jamais trouver de nom aux futures éditions, juste avant de se quitter, Catherine W., une amie, m’offrit un pied d’ail des ours parce qu’elle sait que j’aime utiliser cette plante lorsque je cuisine.
Un simple regard et nous comprîmes que les éditions L’Ail des ours étaient nées.
L’ail des ours, cette plante des sous-bois qui aime le frais et l’ombre avec des petites fleurs blanches en forme d’étoile. Cela m’allait très bien. Amandine Marembert a écrit : « La poésie me semble naître du silence le plus profond, de l’épaisseur de la terre sombre qui porte nos pas de vivants fragiles. » J’y adhère totalement. J’étais un enfant plutôt solitaire qui jouait de longues heures dans les bois à grimper aux arbres, à chercher l’alouette dans les champs qui chantait en vol à l’occasion des parades nuptiales. Je n’en demandais pas plus.

