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Editions de la Margeride

mercredi 30 septembre 2015, par Roselyne Sibille

Les éditions de la Margeride publient sous la forme de livres d’artiste des textes poétiques d’auteurs contemporains.

La création de ces livres est très proche du travail plastique de Robert Lobet, par le dessin, la gravure et la peinture. Les voyages de l’artiste alimentent ses recherches sur le paysage, le signe et l’écriture.

Le travail réalisé au cours de ses déplacements et à la rencontre de sites archéologiques l’ont amené notamment à créer des livres-objets qui ont vu le jour à l’ombre de la nouvelle bibliothèque d’Alexandrie, ainsi que des livres qui intègrent de la terre cuite, en référence aux tablettes des premiers âges de l’écriture.

Robert Lobet compose avec l’encre et le papier, entre passé et présent, un objet élaboré pour le texte, qui devient présence unique, surprenante, forte.

La rencontre avec les auteurs propose la découverte de l’univers de l’artiste et la mise en valeur de leurs textes par les moyens de l’imprimerie traditionnelle, du dessin, de la gravure.

Chaque projet s’élabore au sein de l’atelier de Robert Lobet : maquette, composition et images vont s’imposer à partir du texte qui donne le rythme et suscite de nouvelles expériences graphiques.

La « Collection passerelle » est destinée à faire découvrir à un large public des ouvrages enrichis d’œuvres originales, numérotées et signées par l’auteur et l’artiste (voir la page que Terre à ciel a consacré à Prière minérale, de Sabine Péglion).

Certains titres réalisés à quelques exemplaires, s’adressent à un public de bibliophiles et de professionnels.

Ces œuvres sont le lieu d’une rencontre, celle des images et celle des mots, rassemblés dans une même aventure, celle des signes qui nous éclairent.

Robert Lobet (08/2015)


Extrait de Ombras de luna/Ombres de lune d’Aurélia Lassaque

La négresse rêvait
D’oranges rouges et rondes,
Miroir végétal
De sa poitrine ruisselante de lait nouveau ;
Il lui naquit un enfant
À la chevelure rousse et aux yeux verts
Qu’elle gardait en secret
Dans une corbeille de faux fruits.

La negressa somiava
D’iranges roges e redondes,
Miralh vegetal
De sas popas regolejantas de lach nòu ;
Li nasquèt un dròlle
Del pel rosset e dels uèlhs verds
Que servava en secret
Dins una banasta de fruchas falsas.

Extrait de Gaudi, un rêve de Felip Costaglioli

Gaudi rédige une note
sur un ticket de tramway

pour vous mes amis les lézards
et vous fugaces fougères
j’ai tissé ma vie

[azur]_______[/azur]J’ai consacré
un furieux autel à tout ce qui rampe
à tout ce qui porte écaille
et éructe avec beauté.

Oh fragiles humains
apprendrons nous un jour à glisser
sourire et aussi réapparaître
comme les hippocampes et les algues patientes ?

Extrait de Au fond de la couleur de Jacques Ancet

Tu crois entrer dans le sommeil : c’est le sommeil qui entre en toi. Tu vois te voir ce qui te voit.

Tu crois tomber dans la nuit : c’est elle qui tombe en toi. Ta bouche parle et c’est une autre bouche.

Le jour, la nuit, tu inverses les mots, tu les confonds. Quand parler c’est se taire, il est trop tard.

Au fond, il n’y a pas de fond. L’envers vaut l’endroit. Ensuite, le puits s’ouvre au-dedans et c’est le jour.

Tu chasses l’obscur, tu refais les couleurs. Tu remets les noms dans tes yeux. Tu rentres dans l’image.

Le présent est un battement de paupières. Il fait et défait le monde. Il t’offre et te retire les choses.

Tu dis : vivre c’est ne pas savoir, c’est se perdre, se trouver, se reperdre. C’est, quand tu entres, être déjà sorti.

Tu t’obstines, malgré tout. Un peu de soleil te traverse le regard. Tu entends quelque chose. Tu vas savoir.

Extrait de Lueur par le silence de Marc-Henri Arfeux

De quelle horloge déshabillée
Le bleu du jour se souvient-il ?
On dirait qu’un visage se retourne à ce rien,
Brouillard disparaissant,
Comme un appel au long du fleuve.

On dirait si l’on veut
Qu’on serait tel ou tel,
Ou ceci, ou cela,

Ce rosier dévorant,
Le rideau immobile,
Un arbre sous la lune.

Peut-être un personnage ?

Mais en ce jeu perdu,
Seulement le sable d’un reflet,
Ou l’approche à l’envers,

D’une possible figure...


Mini-entretien avec Roselyne Sibille

Comment est née votre maison d’édition ?
Du désir de publier des textes de poésie en résonnance avec mon travail graphique

Quelles sont ses particularités ?
Tous les livres sont des créations réalisées sur des papiers d’art, comportant des œuvres originales et des textes assez courts en général. Les livres ne sont pas reliés, sauf quand ils sont repris par des relieurs professionnels.

Le livre d’artiste est pour moi un territoire de création graphique, d’innovation, et j’utilise le plus souvent des techniques traditionnelles

Quelle idée de l’écriture défendez-vous ?
J’apprécie une écriture en lien avec le réel, empreinte de sensibilité et d’humanisme. Je publie des auteurs contemporains et vivants, français ou étrangers.

Avez-vous plusieurs collections ?
La collection Passerelle offre des tirages de 50 exemplaires en moyenne. Ces livres d’artiste proposés à des prix entre 20 et 40 euros, offrent le plaisir des textes et celui des images. Le travail réalisé sur le livre lui donne une présence forte qui incite à approfondir la découverte artistique et littéraire.

Les tirages de tête sont le lieu de réalisations plus complexes et ambitieuses par les formats, le nombre de gravures ou dessins. Leur nombre est aussi plus limité, moins d’une dizaine en général.

Quel est votre meilleur souvenir d’édition ?
Chaque projet est une petite aventure faite de bonheurs et de difficultés, certains sont plus marquants que d’autres comme Sable avec Marléna Braester et Salah Al Hamdani car nous y avons investi un désir de dialogue et de paix.

Et le pire ?
Un ou deux projets qui n’ont jamais vu le jour et c’est aussi bien ainsi.

Des projets, des publications à venir ?
Le programme d’édition est toujours bien rempli, avec le désir d’innover et de s’ouvrir à de nouveaux auteurs.

Les salons sont l’occasion de présenter les nouveautés en particulier le Salon Page(s) à Paris fin novembre.


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