Présentation de Florence Saint-Roch
« Cultivez vos angles morts », telle est l’injonction inscrite au frontispice du site dédié aux éditions Angle mort. Cette maison d’édition, indépendante d’un point de vue statutaire et économique, l’est aussi en terme d’indépendance d’esprit. « Nous souhaitons inventer notre manière de faire, fièrement et librement », décrètent ses fondateurs, les « deux amis » Henri Alain et Célestin de Meeûs, dans les propos qui définissent leur démarche commune.
Et en effet, on ne peut, au vu du catalogue qui va s’étoffant depuis la création de la maison en 2018, que se réjouir de la façon dont ces jeunes gens servent leur amour de la littérature, et de la façon dont s’articulent, dans leurs réalisations, goût du travail bien fait et affirmation de leur liberté.
Une liberté qu’ils mettent en œuvre de concert dans Rétablir les fleuves : ce recueil, qui scelle la naissance d’Angle mort, s’inscrit aux fondements de leur démarche et sonne comme une note d’intention :
Bien-sûr nous aiguiserons
nos langues sur les rochers
et condenserons dans un poème
le mimétisme de l’érosion
Dans ce recueil, lors d’un voyage entrepris ensemble (de ces voyages où l’on apprend à mieux connaître l’autre et où se définissent les contours d’une solide amitié), s’exerce, appareil photo et stylo bic en main, une grande « volonté de décloisonner regards et disciplines ». Projet poétique et projet éditorial se rejoignent et se recouvrent, et le programme défini par ces quatre vers pourrait bien être aussi une profession de foi. Car en effet, si l’on considère les auteurs de la maison, l’acuité et la condensation font loi - et je parle de la pensée, du regard porté sur le monde comme de l’usage de la langue. De tout cela qui possiblement fait poésie.


1 Message