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Michel Bourçon

mercredi 14 janvier 2015, par Cécile Guivarch

Michel Bourçon est né en 1963 à Nevers où il vit et travaille.


Extraits de Pratique de l’effacement

de quel regard
sommes-nous le paysage

quand nos yeux nous éloignent
du lieu de la vacance

quand au soir
il reste comme une douleur
sans corps
quand seul
vient au monde
ce qui demeure imprononcé.

*

quand une main se pose
sur notre épaule
nous ne sommes déjà plus là

la main touche
quelque chose tenant de l’absence
quelque chose d’un cadavre

les yeux glissent sur nous
glissent sur quoi finalement
ouverts sur un ciel en somme.

*

la plupart du temps
il faut se contenter
d’être là
décalé dans l’instant

les mots tombent par terre
échouent sur le blanc
de la page

l’herbe ploie
la pluie fait le poème.


Extrait de et ainsi les arbres

que pouvons-nous encore demander à l’horizon qui nous regarde et connaît déjà toutes nos questions ? dans sa contemplation, il y a tout ce que nous ignorons et davantage. nous cherchons du nouveau à lui soumettre, en fixant cet instant avec ses variations de lumières, jusqu’à l’instant suivant où viendra, qui sait, une révélation. nous sentons passer entre nous un courant, comme vient en tête, un visage aimé qui nous sourit, veille en nous, prononçant des mots si bas que nous ne pouvons les comprendre, mais qui nous appellent.


Extraits de Les rues pluvieuses n’iront pas au ciel

au bout de nous-mêmes
le temps suspendu
découvre un espace vierge
que n’atteignent pas les mots

la fatigue y dévoile
de vrais visages
vivant au fond de nous

dans ce corps
que nous habitons
et que nous donne
le regard des autres.

*

il n’y a pas assez d’espace
en nous
les mots le remplissent

quand une volée de mots
se niche et croasse
dans le crâne

nous restons là
dans l’attente du ciel des choses
en grouillant sur le monde
quand nous pourrions être sa promesse.

*

après l’averse
les feuillages en s’égouttant
offrent des douceurs à la terre
comme à leur unique enfant

rien ne pèse
tout continue calmement
le sang est une mer étale

en tête
une petite musique de feuilles
fait fermer les yeux
ouvrir une porte
sur le pays des images
où respire l’apaisement
s’éclaircissent les couleurs
sous un ciel récuré par la pluie.


Extraits de quelque chose comme la paix le calme

comme fait le vent avec les nuages
le soir pousse dans le vide
ce qui n’a pas eu lieu
et dans le noir
une silhouette tranchée
par les phares des voitures
celle d’un homme sortant de son travail
pour redevenir lui-même
retrouver son lot
une demeure
des murs entre lesquels flotte l’attente
une odeur de soupe peut-être
où papillonne le sourire d’une compagne
qui s’abandonnera un peu plus tard
tout comme lui dans le sommeil
avec la tendresse pour seul langage.

*

le soleil couchant
délaye les pensées
comme ses couleurs
dans le ciel de novembre

les êtres et les choses
semblent en suspens
ignorent leur proximité

les mots donnent le vertige
alors la tête s’abandonne
dans l’attente et l’ennui
la contemplation d’un vase
d’un cendrier posés là
sur une table
quand le monde entier
vibre sous la main.

*

les yeux lourds au matin
nous suivons les oiseaux rescapés
et nos pas ébauchent
combien d’itinéraires.
tout en parlant les hommes
libèrent d’autres mots
de leurs gestes empesés
au bar du coin
où le temps fait son tiercé
jusqu’au soir
quand le ciel s’endort dans les arbres.


Extrait de De la route

Durant des kilomètres
la route rabâche
le même paysage

un rêve revient sans cesse
s’éloigne
loin devant

Chaque intersection
n’offre pas de prise

les images les pensées
qui se superposent
s’éloignent
par la lunette arrière.


Extrait de Ce qui vient

souvent
il n’y a pas de mot
sur ce qui monte en soi jusqu’à la bouche

jusqu’à quelle source

on reste
dans les bruits de la rue
ses odeurs après la pluie

on va lessivé
faire un tour
puis on rentre
pour s’apercevoir
que l’on est sorti

Bibliographie

  • Transparence (Le Jeu des Tombes, 1989),
  • Fleur obscène de la pluie (Polder, 1990),
  • Un soir, un train (La Bartavelle, 1991),
  • Les Heures immobiles (Echo Optique, 1993),
  • Je ne sais pas la pluie (L’Arbre à paroles, 1993),
  • Dernière touche à l’oubli (Polder, 1993),
  • Carnets de petits riens (Les Carnets du Dessert de Lune, 1995),
  • Quai des mariniers (L’Epi de seigle, 1996),
  • Permanence des chiens (JCB, 1997),
  • De nous (Le Pré carré, 1998),
  • Six études de l’automne (Franche Lippée, 1998),
  • Vivre est tout près (Les Carnets du Dessert de Lune, 1999),
  • Pour si peu (Gros textes, 1999),
  • Un massacre (Rafael de Surtis, 1999),
  • Composition avec Femmes et oiseaux (L’Impertinente, 1999),
  • Pour répondre au vide (Franche-Lippée, 2000),
  • De la route, (éd. Donner à voir, 2000),
  • Poèmes de Peu (L’Arbre à paroles, 2002),
  • Comme une Terre, (Gros Textes, 2002),
  • C’est la mer (Le Pré Carré, 2002),
  • Quelque chose comme la Paix, le Calme, (Les Carnets du Dessert de Lune, 2002),
  • Peu dans le bleu (Les Arêtes, 2005),
  • Les Feuilles tombent même au printemps, (Les Arêtes, 2005),
  • Pratique de l’effacement (L’Idée bleue, 2007),
  • Sans faire d’histoire (Les Arêtes, 2011),
  • D’un retour d’éclaircie (Les Arêtes, 2011),
  • Et ainsi les arbres (Potentille, 2013),
  • Les rues pluvieuses n’iront pas au ciel (Les Carnets du Dessert de Lune, 2014)
  • Jean Rustin, La vie échouée (La tête à l’envers, 2014)

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