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Jean-Luc Wauthier

samedi 2 juillet 2016, par Cécile Guivarch

Né en 1950 à Charleroi, décédé à Sart-en-Fagne en 2015. Romaniste, enseignant dans l’enseignement supérieur pédagogique à Nivelles, poète, romancier, nouvelliste, essayiste, Jean-Luc Wauthier a consacré quarante ans de sa vie au monde des lettres et de la poésie : élu administrateur de l’A.E.B. (Association des Ecrivains Belges) dès 1978, puis de Francophonie Vivante, ensuite du « Journal des poètes », dont il fut le rédacteur en chef jusqu’à sa mort.
Admirateur des poètes (Ayguesparse, Guillevic et Schmitz en tête), des peintres (Gustave Camus, Jean Ransy, Daniel Peletti…), le poète a nourri son parcours des atouts de l’histoire (jusqu’à en écrire un merveilleux roman, « Les tablettes d’Oxford », M.E.O., 2014) et de sa vie au contact de l’écriture, de la famille et de sa Fagne namuroise, dernier refuge, lorsque l’heure de la retraite professionnelle sonna et qu’il décida, lui le si peu mondain, de s’éloigner encore un peu plus des centres stratégiques de la culture et des institutions.
On avait rêvé pour lui de l’Académie. Il n’eut pas le temps d’en franchir le seuil en tant que membre, alors qu’elle l’avait honoré à deux reprises par des prix importants (Nicole-Houssa et Emile-Polak).
D’autres récompenses vinrent éblouir son trajet d’écriture, entre autres le Prix Lucian Blaga 1998, décerné par le Centre Culturel roumain.
Toute l’œuvre de Wauthier respire l’enfance, la perte du père, l’étroite déchirure du cœur épris de rêves et si raisonnable pour en happer l’incommensurable vanité.
Les images, au scalpel de l’absence, du froid, de la neige, d’une soif irrépressible de vivre et de voir, traversent l’imaginaire du lecteur et l’incitent à relire ses propres parages.
Le poète était trop modeste et les intimistes en ce genre sont trop vite oubliés, parce que rien chez eux n’est assez solennel, clinquant pour éveiller les premières pages, rien que la modestie d’une voix d’une transparence absolue pour se dire, pour évoquer toutes les blessures de l’ombre.

Ses derniers vers :
« La mort, qui ricane, te barre la route.
Condamné à l’absence, tu rebrousses chemin
à la recherche d’une main amie
pour t’appuyer sur l’épaule du jour
 ».

Sur les aiguilles du temps , Le Taillis Pré, 2014, p.108

Treize ouvrages de poésie, de 1976 (Morteville) à 2014 (Sur les aiguilles du temps), quelques livres de prose, une poignée de monographies d’art.


Cette maison où tu es né
tu croyais la connaître ;
peu à peu à ton insu,
elle s’est emplie
de fantômes très sûrs
appuyés aux parois
des chambres.

Le Nom du père, fragment du poème 6, Tétras Lyre, coll. Accordéon, 1994


Le temps,
étrange étranger
Le temps
qui sèche l’encre
sur le papier
qui empoussière
l’encrier
Le temps
qui grisonne
aux tempes
qui grille sur le grésil
de l’ombre
Le temps d’attendre
tandis que s’usent les doigts
aux cordes du ciel

La soif et l’oubli, L’Age d’Homme, 1999


Quel souvenir a goût de honte,
lui avait-on demandé
Il n’avait pas répondu
et, sur le point de traverser,
avait méprisé ce regard trouble
jeté sur l’onde
Mais pour nous qui restions ici,
tout restait à découvrir
là-bas, très loin, de l’autre côté
de l’ombre.

Fruits de l’ombre, poèmes 1976-2003, L’Arbre à paroles, coll. Anthologies, 2003


Doux, ce soir,
très doux
alors que s’apaise pour un temps
la tempête du cœur
et que s’éloigne, le dos tourné,
une très jeune fille
au visage baissé
doux comme la mort
doux comme le sang
plus doux que tout désir
ce soir où toute soif
s’apaise
____ Douce, très douce
la peur du survivant

L’envers du ciel , éditions d’écarts, 2007


De grands manteaux de silence
sèchent au vent
Des passants appuyés aux étoiles
s’attardent au cœur de leurs ombres
Les loups
perdent le goût du sang.

Manteau de silence, éditions d’écarts, 2010, fragment du poème II


Que dire de nos deux pays
qui se tiennent par la main
et font le tour du cœur
tandis que s’enfoncent dans la neige
les pas des chasseurs égarés
qui, fébriles, veulent rentrer chez eux
avant la nuit ?

Sur les aiguilles du temps, Le Taillis Pré, 2014

Page établie avec la complicité de Philippe Leuckx
(auteur de plusieurs articles consacrés à Wauthier, parus, entre autres, dans Francophonie Vivante, Texture, Phoenix…)

Photo © Isabelle Françaix


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