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Béatrice Bonhomme

lundi 15 avril 2013, par Jean-Marc Undriener

Présentation

Béatrice Bonhomme, poète, professeur à l’Université de Nice, a créé en 2003 un axe sur la poésie, Poièma, au sein du Centre Transdisciplinaire d’Epistémologie de la Littérature et des Arts vivants. Elle a fondé avec Hervé Bosio, en 1994, la Revue Nu(e) qui a consacré à ce jour 53 dossiers à l’oeuvre des poètes contemporains et elle dirige La Société des lecteurs de Pierre Jean Jouve. Elle a publié de nombreux articles et ouvrages critiques sur la poésie moderne et contemporaine. Citons ses derniers ouvrages : Mémoire et chemins vers le monde (une étude qui s’inscrit comme un hommage à de nombreux poètes contemporains) (Melis, 2009), Pierre Jean Jouve ou la quête intérieure (Aden, 2009) et ses derniers livres de poèmes : Mutilation d’arbre (Collodion, 2008), Passant de la lumière (L’Arrière-Pays, 2008), Précarité de la Lumière (La Rivière échappée, la Canopée, 2009). La pièce La fin de l’éternité a été créée à Grenade en 2009. Un recueil de poèmes, Variations du visage et de la rose, paraîtra en octobre 2013 aux Editions de l’Arrière-Pays.

Un ouvrage collectif sur l’œuvre poétique de Béatrice Bonhomme, Le mot, la mort, l’amour vient de paraître dans la collection « Modern French Identities », sous le numéro 100, aux éditions Peter Lang en 2013. Il comprend 422 pages et la couverture est illustrée par Serge Popoff. Après un avant-propos puis une introduction d’Ilda Tomas et Peter Collier, il s’ouvre dans la Partie I par des inédits de Béatrice Bonhomme, certains sont manuscrits, d’autres sont entourés de poèmes de quelques amis ou proches. La partie II : « Enfance du poète, genèse du poème », comprend des articles sur le thème de l’enfance et sur la présence du père (Jean-Marie Barnaud, Isabelle Raviolo) ainsi qu’un entretien avec Dorothée Catoen, rythmé par la présence graphique des arbres (Serge Popoff). La partie III : « La lumière étoilée : rapports entre arts et artistes » permet des analyses sur la présence photographique ou picturale qui traverse toute l’œuvre, ainsi que les liens intertextuels avec d’autres écritures ou d’autres genres comme le théâtre (Geneviève Guetemme, Clémence O’Connor, Jean-Paul Louis-Lambert, Rafael Ruiz Alvarez). La partie IV : « Le vide essentiel : l’autre côté de la vie » propose des variations autour de la perte, du deuil et du regard mélancolique (Claude Ber, Benoît Conort, Françoise Delorme, Régis Lefort, Evelyne Lloze, Myriam Watthee-Delmotte). La partie V : « Le corps glorieux : les splendeurs du sentir » se tourne davantage vers le lien cosmique, la porosité au monde, avec le monde végétal, le corps et la lumière, la présence des oiseaux, la simplicité des pierres et des feuilles (Marie-Claire Bancquart , Alexandre Eyriès, François Garros, Tristan Hordé, Marie Joqueviel-Bourjea, Mercedes Montoro Araque, Micéala Symington). La Partie VI clôt le livre sur le désir des mots et le lien à la langue (Gabrielle Althen, Michaël Bishop, Eric Dazzan, Philippe Grosos, Filomena Iooss, Pierre-Yves Soucy, Ilda Tomas).

Variations du Visage et de la rose
Tu te souviens, quand nous l’avons retrouvé, posé sur la neige, alors qu’il serrait contre lui cette seule rose. Elle avait gardé du sang sur ses pétales et le cœur battait dans la rose. Mais, lui, son cœur avait cessé de battre, il avait confié son cœur à la rose. Le sang de la rose battait encore quand on a ouvert sa main et que l’on a déposé la rose sur la neige.
Dans la maison, le vase était resté fleuri, alors qu’il s’était désormais éloigné pour prendre la couleur de la neige. Alors qu’il devenait du marbre, les roses déposées dans le vase continuaient à vivre.
Il a emporté une rose avec lui et il l’a gardée dans sa main. Quand nous sommes arrivés le cœur de la rose brûlait encore.
Mais quand je viens vers toi, c’est une grande lumière lavée, le visage d’un enfant lavé par la lumière et ce ciel qui n’est que le vide d’une pluie.
C’est tout ce qui a eu lieu ou n’a pas eu lieu, l’impossibilité à saisir, le cœur fatigué d’implorer la lumière, une perplexité.
Mais lui, du moins, a saisi la rose sur le chemin du cœur et la rose est devenue la tapisserie de son visage.
Une tapisserie de soie et de laine, des rosaces au centre de la lumière, un lien qui se fait, un tout petit mur perdu orange avec les lignes mortes de la vigne.



Précarité de la lumière

1 —
ne plus penser qu’à la lumière
ne laisser qu’un battement
un rythme rayonnant
sur le bord du monde

2 —
ne plus s’exposer qu’au rayonnement
de la lumière
et demeurer au creux du monde
dans un rayon de flamme vive
où va s’embraser la couleur



In Absentia

tu es dans la blessure
de ce printemps
dans ces chambres que nous
n’aurons pas
dans cet amour qui
fait si mal, là où
se pose la minceur
de ton corps nu
sur des draps blancs



Passant de la lumière

Fiançailles de la mort

C’est par simple devoir de faille qu’il coupe et taille dans le temps.

Dans le temps arrêté et dans le cœur du temps, les lys blancs des bouquets.

Et c’est par testament qu’il devient éclats de kaléidoscope, bouquet de pavot et de nuit où s’endort le cœur des songes.

Dans l’encorbellement des visages, un visage se transforme en l’autre et passe d’un visage à l’autre la lumière de son pastel.

Et c’est par équilibre de sel qu’il dort dans la fibrillation des nuages, un ciel dans un autre ciel et la lumière de son regard.

La tonnelle, celle des griffes roses où poussent les bougainvilliers, éclate dans les cheveux d’une petite fille à magnolias.

A Pompéi, tu t’assois sur la pierre des années. Les enfants jouent à la marelle. Le ciel est bleu d’éternité. Je sais que tu vas mourir.

Et puis il y a quelques pierres. C’est encore le temps de l’enfance. On s’amuse à y croire encore. Et dans la pierre du désir, tu chantes à voix basse, chantante, la chanson de l’autre rive, celle des poèmes oubliés, celle des chats qui sont partis sans jamais se retourner, celle du soleil sous la pluie, celle d’une berceuse de la vie.

La maison abandonnée

Un passage comme si de rien n’était Et voilà que je me remets à pénétrer les mots de la vie Un soleil sur la nappe rouge La pompe au milieu de la cour Ne ramenant plus d’eau Mais la source est toujours présente Avec l’eau claire que l’on aperçoit A travers la fente des pierres

***

La terre rouge, une déchirure de nuit, les grands grumeaux de terre éclatant dans les vignes. La sueur rousse écartelée. Un prieuré sévère en pierres de sable s’écoulant dans les chênes, les vignes comme une rose non encore ouverte au prisme de verdure. Le vert et le rouge échangent des provocations d’amour. Le silence éclate au cœur.



Passant de la lumière

Passage du passereau

Le passereau est un passer-moineau, un petit oiseau de l’ordre de ceux qui passent et traversent, fuselés, la vie précaire.

Le passereau est éphémère, il est passe-fleur, passiflore, passionné comme l’anémone qui vibre en plein vent d’étincelles.

Ses poumons sont d’oiseau éphémère, les bronchioles se ramifient dans le tissu pulmonaire, le traversent et se prolongent par des sacs aériens qui sont tissus d’or et de songes dans le souffle des nuages.

Le passereau passe le souffle dans le syrinx de son chant comme message d’un ciel si proche et comme essor de passage.

Volatilia, matière volatile évaporée dans la fibre du monde, il vole dans l’obscurité de la nuit comme dans la clarté du jour.

Il taille dans les ailes et les airs jusqu’à trouver la forme juste d’un anniversaire de feuilles.

Il est le souffle de la nuit qui se heurte contre la paroi des fleurs.

Il tourne tout autour de la table des morts et, en veillée funéraire, s’incruste dans le vitrail.

Son œil de verre rouge irise la couleur.

Sur la neige ne demeure que l’étroite empreinte de sa fine patte de passereau posée sur le mouron des tombes.

Il passe oiseau éphémère comme la précarité de l’amour.

Pour moi, le passereau est bleu, mais je ne sais pas trop sa couleur. Il est bleu comme l’oiseau d’enfance et souffre douleur d’amour.

Pour moi, le passereau est rouge, mais je ne sais pas sa couleur, ensanglanté des stigmates de pluie, il traverse les larmes.

Pour moi le passereau est gris, car je sais trop bien sa couleur. Il passe en glissade légère les ailes étendues, discret, il passe dans la vie précaire.

Et dans les plantes aromatiques, la myrrhe d’un étrange berceau, il passe et renaît, passereau, oiseau de cendre et de lumière.



Pactes des mots

Femme de quelques poussières

Elle est un autre ou l’autre ou tous les autres. Quand s’ouvre le matin, elle part s’exprimer dans un jasmin de fleurs où la nuit n’a plus cours.

Elle dévale le long des espaliers, les yeux écarquillés sur l’aube qui se lève.

Elle est poreuse à l’autre, au monde et devient l’arbre qui explose au soleil de ses blessures.

Elle est un tout petit être avec quelques cils d’une délicatesse extrême posés sur un visage de pêche.

Elle est une fillette qui court comme une folle cachée derrière ses cheveux de gitane.

Elle est cette énigme que tous les hommes interrogent, posée, par la grâce de sa beauté, comme une idole dans un carrefour de mythes.

Elle est cette femme vieillie dans les sarments de vigne, aussi foncée que la terre.

Elle est cette terre où s’éparpille un peu de sa poussière.

Elle n’est qu’un passage, la réunion de quelques cellules devenue splendeur au printemps, cette question devant l’univers, cette interrogation au monde dans l’émouvance parfaite d’un arc de paupière.

Et puis posée au détour d’un chemin, elle est une stèle oubliée sur un corps nu.



Bibliographie

  • L’Age d’en haut, Éditions Traces, 1991
  • In Absentia, Éditions An Amzer, 1993
  • Le Pas de la clé, les Éditions de La Vague à l’âme, 1994
  • Jeune homme marié, nu, Éditions Nu(e), 1996
  • Sauvages, Éditions des Moires, 1997
  • Le Dessaisissement des Fleurs, Rafaël de Surtis Éditions, 1997
  • Les Gestes de la neige, Éditions l’Amourier, 1998
  • Poumon d’oiseau éphémère, Éditions des Moires, 1998
  • L’Embellie, (9 exemplaires avec Henri Maccheroni), 1998 avec des photos d’Henri Maccheroni
  • Sabre au clair, Éditions Tipaza, 1998
  • La Grève Blanche, éditions Collodion, 1999
  • Femme de tulle et de pierre posée sur du papier (22 exemplaires avec Serge Popoff), 1999
  • Une pierre dans le front, éditions Nu(e), 1999
  • Les Chevaux de l’enfance, Éditions Nu(e), 2000
  • Fragments d’un désert, Éditions Nu(e), 2001
  • Le Nu bleu, Éditions l’Amourier, 2001
  • Le Premier bleu. Éclatement bleu des frontispices de lumière, Éditions Nu(e), 2002.
  • Mémoire et métamorphose dans l’œuvre de Serge Popoff, Éditions Nu(e), 2002
  • Bleu équilibre, sans filet, Éditions Nu(e), 2002
  • Journal d’enfances ; Dernière adolescence ; Marges ; La Fin de l’éternité, Éditions Poèm(e), 2002.
  • La Claire, Éditions de l’eau, 2004
  • L’Âge d’en haut ; Jeune homme marié, nu ; Poumon d’oiseau éphémère ; Photographies ; Cimetière étoilé de la mer, Melis Éditions, 2004
  • Nouvelles d’Aurora, Éditions Poèm(e), 2005.
  • Sur la trace légère de quelques oiseaux, A et T éditions, 2006
  • La Maison abandonnée, Melis Éditions, 2006
  • L’Incendie précaire, Éditions Nu(e), octobre 2007
  • Dans les silences du Passeur, édition Le livre pauvre, collection Pli, 2007
  • Mutilation d’arbre, éd. Collodion, 2008.
  • Passant de la lumière, éd. L’arrière Pays, 2008.
  • Précarité de la lumière, pour la collection Le passeur dirigée par François Rannou, 2009
  • Le mot, la mort, l’amour, Collier, Peter, Tomas, Ilda (eds), Peter Lang, 2013
  • Variations du visage et de la rose, Éditions de l’Arrière-Pays, parution prévue en octobre 2013

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