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Louise Dupré

samedi 14 décembre 2013, par Cécile Guivarch

Extrait de Noir déjà


Toujours la langue
de tant de morts
étonnée
entre les dents
le vide qui s’affaisse
comme un drapé
on ne sait plus
faire vibrer les temples
au tremblement du requiem
fiévreux et bas
et nord à peine pôle
le ciel se mesure
à la minceur du jour



Extrait de Tout près


Je ne suis de nulle part quand le ciel rétrécit, d’aucune forêt, d’aucune ville, comme une femme assise dans sa petitesse de femme et qui cherche son visage à travers une fenêtre camouflée. Là, dans le souvenir de ma mort, de l’instant exact où la respiration m’a quittée, je me berce sans faire de bruit, surprise de me retrouver intacte dans la volonté du monde, d’offrir mon nom à la morsure du soleil. Car il fait jour encore même si le jour a cessé et je veille devant les bouquets des cimetières. Je me veille, tranquille, parmi tant d’autres âmes qui n’ont pas su résister.



Extrait de Une écharde sous ton ongle


elle n’a rien de romantique
la mort

quand elle sort des grands drames
pour venir

jusqu’à nous
comme une idée qui sait
faire son chemin

à travers l’eau
des larmes, un chat noir
un miroir aux sept malheurs

un destin de jeunes premiers

ne sursaute pas
si je nous crois

maintenant trop vieux
pour la scène

simplement accepte
de rester

vivant



Extrait de Plus haut que les flammes


il y a cet enfant
que tu n’attendais pas

arrivé avec ses bronches
trop étroites
pour retenir la lumière

cet enfant né de la douleur
comme d’une histoire
sans merci

et tu le regardes caresser
un troupeau de nuages
dans un livre en coton

en pensant
aux minuscules vêtements
des enfants d’Auschwitz

à Auschwitz on exterminait
des enfants

qui aimaient caresser
des troupeaux de nuages

leurs petits manteaux, leurs robes
et ce biberon cassé
dans une vitrine

cette pauvre mémoire
à défaut de cercueils

et les visiteurs
en rang serré
sous l’éclairage artificiel

tandis que tu attendais

le corps ployé
comme si le monde tout à coup
s’appuyait sur tes épaules

avec ses biberons cassés

car les enfants d’Auschwitz
étaient des enfants
avec des bouches pour la soif




Née en 1949, Louise Dupré habite à Montréal, au Québec. Poète, romancière, dramaturge et essayiste, elle a publié une vingtaine de titres, qui lui ont mérité de nombreux prix et distinctions. Elle collabore régulièrement avec des artistes d’autres disciplines (artistes visuels, musiciens, chorégraphes, metteurs en scène et vidéastes). Ses textes ont été traduits en plusieurs langues. Elle est professeure associée au Département d’études littéraires de l’Université du Québec à Montréal et membre de l’Académie des lettres du Québec.

Louise Dupré sur France Culture
Sur le site de Radio Spirale et sur celui de L’actualité.com, en faisant une recherche sur son nom


Bibliographie

1. Poésie :

  • La peau familière, Montréal, Éditions du remue-ménage, 1983.
  • , Montréal, Éditions de La Nouvelle Barre du Jour, 1984.
  • Chambres, Montréal, Éditions du remue-ménage, 1986. Réédité en format poche en 1997.
  • « Quand on a une langue, on peut aller à Rome » (en collaboration avec Normand de Bellefeuille), Montréal, Éditions de La Nouvelle Barre du Jour, 1986.
  • Bonheur, Montréal, Éditions du remue-ménage, 1988.
  • Noir déjà, Montréal, Éditions du Noroît, 1993.
  • Tout près, Montréal, Le Noroît, 1998. Réédité en 2000.
  • Les mots secrets, Montréal, La Courte Échelle, 2002.
  • Une écharde sous ton ongle, Montréal, Le Noroît, 2004.
  • Plus haut que les flammes, Montréal, Le Noroît, 2010.

2. Romans et nouvelles :

  • La memoria (roman), Montréal, Éditions XYZ, 1996. Réédité en format poche en 1997. Publié à Bruxelles, à la Renaissance du livre, 2002.
  • La Voie lactée (roman), Montréal, XYZ, 2001. Réédité en format poche dans Bibliothèque québécoise, 2010.
  • L’été funambule (nouvelles), Montréal, XYZ, 2008.

3. Théâtre :

  • Si Cendrillon pouvait mourir ! (en collaboration), Montréal, Éditions du remue-ménage, 1980.
  • Tout comme elle, suivi d’une conversation avec Brigitte Haentjens, Montréal, Québec Amérique, coll. « Mains libres », 2006.

5. Essais :

  • La théorie, un dimanche (en collaboration avec Louky Bersianik, Nicole Brossard, Louise Cotnoir, Gail Scott et France Théoret), Montréal, Éditions du remue-ménage, l988.
  • Stratégies du vertige, Trois poètes : Nicole Brossard, Madeleine Gagnon, France Théoret, Montréal, Éditions du remue-ménage, 1989.
  • Sexuation, espace, écriture : La littérature québécoise en transformation, sous la direction de Louise Dupré, Jaap Lintvelt et Janet M. Paterson, Québec, Nota bene, 2002.

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