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Jean-François Mathé

samedi 19 juillet 2014, par Cécile Guivarch

Jean-François Mathé est né en 1950 dans l’Indre. Professeur de lettres modernes en lycée, il a pris sa retraite en 2010. Il vit dans un village du Poitou. Il a partagé son temps entre un métier qui l’a passionné, la poésie, le dessin humoristique et la chanson. Membre du comité de la revue Friches et du jury du prix Troubadours/Trobadors. Il a reçu en 2013 le Grand Prix International de Poésie Guillevic-Ville de Saint-Malo pour l’ensemble de son œuvre.


Extrait de Corde raide fil de l’eau

dans la maison des morts
on mesure chaque chambre
et son volume de silence
on calcule la hauteur
entre la cave étreinte par la terre
et le grenier orphelin recueilli par le ciel

puis on ne trouve pas
de clé plus lourde que la tristesse
pour fermer la porte à jamais


Extrait de Sous des dehors

brins de tabac du fond des poches retrouvés
comme au fond des désirs ce qui a toujours
résisté à l’envol et ce n’est pas que cela
pèse mais il y a toujours dans les fibres
de minuscules réticences à l’allégresse
tu n’y songes vraiment que quand reviennent
les nuages à l’ombre glissée bas comme une
faux qui ne moissonne que l’éclat des blés
le ciel est une immense fumée rabattue
sur les horizons alors tu rentres seul
avec l’impression de ramener le corps d’un autre
de le dévêtir et de lui accorder pour caresse
ta propre fatigue


Extrait de Le Temps par moments

à la fin du jour
parfois c’est une écharde
mais le plus souvent tout un arbre
qu’il faut retirer du corps
avec l’étonnement de n’en pas souffrir

et le soir lui aussi doucement
retire de la lumière tous les chemins
de terre et d’eau comme s’il était
inutile que désormais quelque chose
mène quelque part

monde et souffrance en moins
nous marchons dans la paix de la nuit
en prenant soin de ne laisser
nos traces qu’en nous-mêmes


Extrait de Le ciel passant

le ciel passant
et nous avec mais
par des portes basses qu’il ne connaît pas
quand le rejoindrons-nous
les toits ôtés
les greniers libérant leurs récoltes de vent
quand aurons-nous à la bouche
la soif immense de son bleu d’été
à nos yeux la cécité claire
une mort légère qu’on n’enterre pas
dispersée par des vols d’oiseaux
à peine infléchis


Extrait de Agrandissement des détails

Longtemps ta voix, même chantante,
posa des ombres qu’on retrouvait
au fond des chansons
comme au fond des verres
la lie du vin.

Et nous savions à t’écouter
qu’un jour il y aurait plus
d’ombre que de voix
et une chanson muette.

Tu as pris la clé de l’envers des champs,
j’ai fermé la porte
où le cœur s’appuie
pour battre vers toi.

Dehors ce n’est
qu’une saison après une autre,
mais les oiseaux s’habillent en noir
pour la traverser.


Extrait de Chemin qui me suit

J’ai regardé voyager des arbres
qui ne s’arrêtaient pas aux saisons,
comme autrefois le cœur impatient.

Moi, désormais, je fais un pas après l’autre
loin derrière les arbres
qui ont laissé le vent seul et immense.

Le cœur est devenu patient
au point d’apprivoiser
l’oiseau minuscule qui sautille
de l’un à l’autre de ses battements.

Loin et pas loin je vais toujours
j’ouvre les matins d’un monde
qui emporte ses horizons
et me laisse les miens.


Extrait de La vie atteinte

Ils avaient partagé la nuit
et n’en gardaient au matin
que ce qui tient dans une tasse à café.

La douceur de ce qu’ils s’étaient dit
planait encore entre eux, mais c’était un nuage
qui préparait la pluie de la journée.

Ils se demandaient s’ils resteraient plus longtemps
sur la feuille de cet instant de paix
qu’une goutte d’eau sur une feuille d’arbre.
Non, certainement. Et
quand on se sépare, on marche
dans ce qu’il reste du bonheur
comme dans une flaque.

Sur Internet :

- Une page Wikipédia
- Une vidéo (réalisation Les yeux d’IZO)
- Poèmes dans :

Bibliographie aux éditions Rougerie :

- La vie atteinte, 2014
- Chemin qui me suit précédé de Poèmes choisis 1987-2007, 2011
- Agrandissement des détails, 2007
- Le ciel passant, 2002 (épuisé), Prix Kowalski de la Ville de Lyon 2002
- Le Temps par moments, 1999 (épuisé), Prix du Livre en Poitou-Charentes 1999
- Sous des dehors, 1995
- Saisons surgies, 1993
- Corde raide fil de l’eau, 1991
- Passages sous silence, 1988
- Contractions supplémentaires du cœur, 1987, Prix Artaud 1988
- Navigation plus difficile, 1984
- Mais encore, 1982
- Ou bien c’est une absence, 1978
- Instants dévastés, 1976 (épuisé)
- L’Inhabitant, 1971 (épuisé)

Autres éditions :

- Dossier Jean-François Mathé, une si violente douceur, revue Décharge n°158, 2013
- La rose au cœur, 2011, éditions le Cadran ligné
- Poèmes poids plume avec des illustrations de François Baude, 1998, coll. « Le farfadet bleu », éditions Cadex
- Passages sous silence, 1996, bilingue français/allemand, traduction de Rolf A. Burkart, graphismes de Minos Meininger, éditions Maldoror, Berlin


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3 Messages

  • Jean-François Mathé Le 4 avril 2015 à 15:35, par Marie-Claire Bianco

    Merci à Jean-François Mathé pour sa poésie, où la nature intimement liée à l’homme, dans un calme apparent, effleure l’essentiel.

    Répondre à ce message

    • Jean-François Mathé Le 14 avril 2015 à 15:05, par Jean-François Mathé

      Merci de me remercier pour ma poésie. Qu’elle vous ait atteinte et que vous le fassiez savoir d’une manière sensible et pénétrante me touche beaucoup. Amicales pensées, J.-F. Mathé

      Répondre à ce message

  • Jean-François Mathé Le 7 février 2016 à 17:01, par joanne morency

    Bonjour. Nous sommes 2 poètes québécois, Michel Pleau et moi, à partager nos découvertes faites sur les sites de poésie comme celui-ci. C’est donc par des extraits, ici et là, que nous avons pu apprécier la poésie de Jean-François Mathé. Une voix intérieure belle et profonde. Rien de tape à l’œil, juste du vrai, de l’authentique, des images d’une grande poésie. Incroyable que nous ne trouvions pas ses livres au Québec, ni en librairie ni en bibliothèque. Il nous faut les commander de la France.

    Répondre à ce message

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