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Patrick Argenté

mercredi 30 avril 2014, par Cécile Guivarch

Patrick Argenté est né à Dinan (Côtes d’Armor). Après des études de lettres à Rennes, il poursuit une carrière dans l’enseignement, le travail social et la formation pour adulte. Il est en retraite et consacre une bonne partie de son temps à une écriture qui l’a toujours accompagné.


Extrait de Tout ton cinéma

PREMIER JANVIER
Vous me croyez sur la plus haute feuille
parmi les arbres
dans le bleuté et les lointains
vos armes sont d’un usage quotidien
vous tentez de serrer le feu
dans vos bras
vous croyez que l’on resserre
dans l’écorce
je suis et ne suis pas
parmi vous.


Extrait de Côté fenêtre

Vient un temps où la parole manque
dans ces trains cahotés
où paysages et destinées se croisent
se tolèrent
où le regard de Jeanne perd de son
acuité où la jeune-fille devient
myope
où l’on a recousu les chemins parcourus noté
les gares bu
un café avec Jeanne
muets son visage et sa bouche arrondie derrière
les buées
avec elle on convient
finalement d’avoir tout
inventé.


Extrait de Laisses de mer

PLAGES
Sur les plages les morts s’en iront
errant de porte en port
secouant leurs clefs
leurs sabots comme chevaux
morts aussi dans l’année
et leur crinière de feu
ils s’en iront vers le soleil qui
les montre du doigt avec
l’ombre des arbres penchés.


Extrait de Œil effaré plume et les dents

C’était entre les mains et l’horloge arrêta
le grenu de son pas le moulin
de ses dents

le soleil a posé son doigt sur
la poussière et l’on voit
passer ainsi
la lumière

chaque chose est immobile
la beauté est entière

je ne voudrais rien déranger
ni le journal ni le verre
les faits divers sont arrêtés
les oiseaux cessent de tomber

on est ainsi devant le jour
comme une jeune fille on n’ose pas
encore
se déshabiller


Extrait de Ernestine ou Julie

Elle avait langue étrangère
elle avait langue de métal
et le doux déraillement
des chemins de fer

elle était sage et sur le seuil
blanche de peau assise
sur ses chevilles et lasse
déjà de tout

elle ne croyait rien
de mes discours et de mes
flammes et pensait doucement
que j’étais fou

que j’étais fou mais sans
chagrin l’Angleterre est pays
voisin où donc avais-je
mis mes mitaines ?


Extrait de Voisinage du vent

C’est une enfant perdue une sorte de mimosa
dont l’avenir petit s’égrène sous les doigts
une enfant sans choses à dire
et dont le vent s’engouffre et dont les doigts se gèlent

La maison c’est de la chevelure
l’avenir c’est du carton
où trouveras-tu nourriture
et devenir et raison

Petite enfant aux yeux gelés
aux doigts petits sous la vêture
à l’anorak troué
n’as-tu pas vérité à dire

L’oeuf gros serré
du désir
dur

Et la bonne aventure


Extrait de Les jours lâchent leurs porcelaines

Les talus sont dans la bruine
jamais le drap ne sèche ni
la chaussette
le chien cherche sa trace
son chemin
on entend le cri jeté
des ferrailles

Tout le malheur tout
le bonheur
est rentré.


Bibliographie

  • Voisinage du vent (La Part Commune 2005)
  • Les jours lâchent leurs porcelaines (La Part Commune 2006)
  • Œil effaré plume et les dents (Manoirante 2009)
  • Ernestine ou Julie (Manoirante 2010)
  • Laisses de mer (avec des photographies de Nadia Lhote) (Jacques André Éditeur 2011)
  • Côté fenêtre (Jacques André Éditeur 2012)
  • Tout ton cinéma (Jacques André Éditeur 2014)

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