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Andrée Lacelle

mercredi 30 avril 2014, par Sabine Huynh

Née à Hawkesbury (Ontario, Canada), Andrée Lacelle vit à Ottawa. Elle a publié une dizaine de titres qui lui ont valu prix et distinctions. En 1996, elle est écrivaine en résidence au département des Lettres françaises de l’Université d’Ottawa. En 2006, avec Tanella Boni, Amadou Lamine Sall, elle participe à une tournée québécoise en hommage à Léopold Sédar Senghor. Collaboratrice littéraire, elle commente les parutions en littérature franco–ontarienne à l’émission Panorama-TFO (2006-2010) et signe des recensions dans la revue pancanadienne des arts Liaison. En 2011, elle inaugure une chronique, Au coeur des mots, sur les ondes de l’Alliance des radios francophones du Canada - Réseau francophone d’Amérique. Ses recueils sont souvent accompagnés d’œuvres d’artistes dont Marie Jeanne Musiol (Québec), Réjine Halimi (Paris), Cyrill Bonnes (Paris) et Clémence van Lunen (Paris). Ses poèmes sont traduits en anglais et en tchèque.

(Crédit photo : Nancy Vickers)


Extrait de pas d’ici, pas d’ailleurs

____________La femme rapaillée

Où est chez elle ?

Sur le qui-vive
Elle déroule l’écorce de bouleau
N’est de douceur que sa peau intérieure

L’univers rêve
Elle l’écoute

Fracas
Le cri de l’iceberg
De sa tente fend le toit
La lumière tremble
Chez elle polaire

Un pas dehors
Un pas dedans
D’elle-même chasseuse
Elle marche de tous bords
Veille l’axe de l’agora



Extrait de La Voyageuse

Aux confins du poème
se multiplient les sentes
à l’aune de l’apparence
se faufile un raccourci

mais en ce matin____sa vigueur
s’éloigne la défaillance
se lève un jour d’été discret
profonde de vert une forêt

— -

Au départ de la voyageuse
son regard sonde la ténèbre
des vies à naître se croisent
dans le silence qui les précède

l’horizon instable s’irise
elle décrypte les ondes de l’amour



Extrait de Tant de vie s’égare

Elle fixe les yeux de la mémoire
lente la peur disparaît
et devant l’immense étendue de neige
un calme libre pénètre l’écriture émue
aux quatre coins du jour
de grands baisers saluent

lente____la clarté
lente____elle se perd

___

De nos yeux étonnés
tant de vie s’égare
tant de vie cherche nos mains
la bouche où le temps a bougé

de nulle part déferle le chant clair des os
nos pas nos mains furetant dans l’enclos



Extrait de La Vie rouge

Sous l’emprise nomade du cœur
encore
le dialogue
de feu et de brume
en deçà de l’asile marin
l’âme et le corps
sans témoin

la légende à venir de nos pas sur le sable

nos allées venues semences de feu
nos corps sans fuite
enfantent
un éclat d’île

avant le pays____il y a nous



Extrait de Survenance

L’amant n’aimait de l’amante
Que ses mains imprenables

Tout a été entamé
La folle frange du temps
Sans concordance
Colore la vie
Consume nos yeux qui se croisent
Dans le champ lumière de nos cœurs chaos

À la fenêtre un enfant
Son sourire couleur fin de ciel
Sur la table un bougeoir de faïence

Valse sur la neige
Un pays de sonances



Extrait de La lumière et l’heure

Quand j’écris, quand je parle, où s’inscrit la limite ?
Inutile de chercher à séparer l’inséparable.

Entre vie et mort, de manière absolument tragique, j’exagère allègrement,
et cela me donne des ailes. Pour mieux tomber.

Comment naître de cette mort, cette inconnue qui détient le sens de ma vie ?
À chaque seconde, dans mon cœur, elle rebondit.

Je suis une parleuse et je déparle.
Simplement, je rythme ma chute.

— -

Jour d’océan
Sur l’iris du temps
J’avance
Dans les parfums de l’enfance

Dans la perte fixe de mes racines
Dans l’invisible
De précipice en poussière
Je me cale sur le silence
Des mes contraires
Je respire le nu de mes cendres

Au futur simple
L’Ouvert



Extrait de Demain l’enfance

Elle dit
La chaleur de la paix
On ne sait ce que c’est

Pourtant le salut de l’enfant
En vers libres
Sans se consumer brûle
Jusqu’au poème
Dans le pire du monde

À l’entrée de la vie à sa sortie
Le néon vérité clignote
Car ici le temps est le temps
La croyance perce le cœur
Naît et meurt
Et naît de son battement

Et l’enfant de feu seul
Touche nos cœurs
Ces pays habitables


À mains nues
À deux doigts de
Forcer la porte
En mal du pays
Une queue de comète franchit
L’artère menant aux prairies
D’enfants

Survient un abri
Toutes portes ouvertes
Car j’aurai ouvert et j’ouvrirai

L’amour m’habite et me quitte

L’amour est impair



BIBLIOGRAPHIE

  • Demain, l’enfance, frontispice de Clémence Van Lunen, Ottawa, Vermillon, 2011.
  • Tant de vie s’égare, nouvelle édition, Ottawa, Vermillon, 2007.
  • La Lumière et l’heure, Poèmes et carnets, avec sept tableaux de Réjine Halimi (Paris), Ottawa, Vermillon, 2004.
  • Survenance, dialogue, frontispice de Marie-Jeanne Musiol, Ottawa, Vermillon, 2001, dialogue créé le 10 décembre 1999, sur les ondes de la Société Radio-Canada, interprété par Marie Tifo et Pierre Lebeau.
  • La Vie Rouge, avec sept huiles sur papier de Cyrill Bonnes (Paris), Ottawa, Vermillon, 1998.
  • La Voyageuse, avec une suite photographique de Marie-Jeanne Musiol, Sudbury, éditions Prise de parole, 1995.
  • Tant de vie s’égare, Ottawa, Vermillon, Première édition, 1994.
  • Coïncidence secrète, avec quatre dessins de Denise Bloomfield, Ottawa, Vermillon, 1985.
  • Au soleil du souffle, Sudbury, éditions Prise de parole, 1979.
  • pas d’ici, pas d’ailleurs, anthologie mondiale de poésie féminine en langue française, co-auteures/éditrices : Sabine Huynh, Angèle Paoli et Aurélie Tourniaire (Voix d’encre, 2012).

Autres textes

  • Blanche fenêtre, poème, dans De l’enfermement à l’envol, dir. Sylvie Frigon, Sudbury-Montréal, coédition Prise de parole et Remue-ménage, 2014.
  • Le poème ou l’impossible dérobade, préface, dans I Write these Words / J’écris ces mots de Lélia Young, Université York, Toronto, Innana Publication, 2013.
  • Le flou de nous, poème, dans Nous la multitude, dir. Françoise Coulmin, Paris, Éditions Le temps des cerises, 2011.
  • Femme des origines, Printemps des poètes 2010, Exposition Couleur Femme, Maison de la poésie St-Quentin-en-Yvelines.
  • Ce tam-tam est une femme, postface, dans Sahéliennes de Angèle Bassolé, Ottawa, Éditions de l’Interligne, 2006.
  • Le poème accoste, préface, dans J’écris à rebours de Michel A. Thérien, Ottawa, Éditions David, 2005.




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