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Carolina Massola, traduite de l’espagnol (Argentine) par Yves Roullière

mercredi 30 décembre 2015, par Cécile Guivarch

Extraits de La mansedumbre del pez / La douceur du poisson

Inventar lo invisible a la boca
como el tallo que no vive la próxima primavera,
el destello enceguece pupilas en ruinas.

Cuando suden magnolias las ramas de ayer
y relamas el polen,

escarabajo antiguo,
brillante sobre lo blanco que te es ajeno,
el salto a tierra firme espera,
no olvides reproducir la flor.
Inventer l’invisible à la bouche
comme la tige qui n’a qu’un printemps dans la vie,
l’éclair aveugle des pupilles en ruine.

Quand les branches d’hier transpireront des magnolias
et que tu pourlècheras le pollen,
Toi,
scarabée antique,
éclatant sur la blancheur qui t’est étrangère,
le saut sur terre ferme se fait attendre,
n’oublie pas de reproduire la fleur.
Procurar
el brillo de la piedra,
la boca agraciada al cántaro seco.
Procurar
el rostro del pantano,
sediento por beber cientos de centellas
en el fondo, sin suspiros,
esperas, el agudo intento por la clausura.
Debajo,
la sonrisa percudida.

Decías palabras eternas.
Abajo,
extirparon al ave sus vuelos.
Abajo,
encallaron los cuerpos.
Rechercher
l’éclat de la pierre,
la bouche agréable à la cruche sèche.
Rechercher
le visage du marécage,
désireux de boire des éclairs par centaines
au fond, sans soupirs,
tu attends une subtile tentative de clôture.
En dessous,
le sourire maculé.

Tu disais des paroles éternelles.
En bas,
à l’oiseau ils ont éradiqué ses vols.
En bas,
les corps ont échoué.
Claro que alimentaré las luciérnagas abandonadas,
merodearé cada titubeo de sus alas,
recolectando tardíos rumores nocturnos,
me sorprenderé ante el florecimiento de sus patas,
sostendré el espacio que cabe en mi mirada,
habitados por cuerpos encendidos en plenitud de buscarse
tras el rastro guardado, las candelas alumbrando sus vientres.
Me encenderé inhalando cada rocío inesperado,
glorioso, devastado,
luminiscencias suspendidas,
estremeciendo cielos,
dinamitado en albores.
Alimentaré silenciosamente su morada.
Bien sûr, je nourrirai les lucioles abandonnées,
j’épierai chaque bredouillis de leurs ailes,
récoltant de tardives rumeurs nocturnes,
je m’étonnerai de la floraison de leurs pattes,
je soutiendrai l’espace qui tient dans mon regard,
habité par des corps enflammés dans leur quête d’eux-mêmes
derrière la trace gardée, les chandelles éclairant leurs ventres.
Je m’enflammerai en inhalant chaque rosée inespérée,
glorieuse, dévastée,
luminescences suspendues,
ébranlant des ciels,
dynamitée en aurores.
Je nourrirai silencieusement leur demeure.
Llueve.
Y las voces se humedecen como hongos de la noche.
Imperiosas gotas perfectamente diseñadas obtienen
su forma.
Tan majestuosas en su número infinito, uniéndose
donde quieren hacerlo.
Sin temores. Siendo la misma cosa.
Il pleut.
Et les voix s’humidifient comme des champignons de la nuit.
D’impérieuses gouttes parfaitement dessinées obtiennent leur forme.
Si majestueuses dans leur nombre infini, s’unissant là où elles le veulent.
Sans craintes. Étant même chose.
En flor
Se transforma
la semilla que fue
como cada antepasado

pura simetría germinal
En fleur
la graine
se transforme qui fut
comme chaque ancêtre

pure symétrie germinale

Carolina Massola

Née en 1975, poète et traductrice du français, Carolina Massola vit à Buenos Aires, sa ville natale. Après un séjour d’un an en France pour perfectionner sa maîtrise de la langue française, elle fait des études de Lettres à l’Université Nationale de Buenos Aires. Elle a publié des poèmes dans diverses revues argentines, notamment Prisma (Fondation Internationale Jorge Luis Borges), ainsi qu’en Espagne à El Alambique (Guadalaraja). En 2009 paraît Estado de gracia, son premier recueil, aux Ediciones del Copista (partiellement en anglais). En 2014, elle publie son deuxième recueil, La mansedumbre del pez, aux éditions Zindo & Gafuri. Elle a par ailleurs traduit René Char, Georges Schehadé, Edmond Jabès, ainsi que Jacques Dupin sur lequel elle écrit un essai publié dans la revue Recours au poème.

Yves Roullière, né à Nantes en 1963, est poète, éditeur et essayiste. Ses poèmes et essais ont surtout été publiés dans la NRF, Légendes, Nunc, Arpa et Recours au poème (son premier recueil, La vie longue à venir, a paru en 2015 chez Recours au Poème éditeurs). Hispaniste, il a traduit et commenté Lope de Vega, Miguel de Unamuno, Gabriel Miró, José Bergamín, Ricardo Paseyro, Miguel Espinosa, Ángel Bonomini, Horacio Castillo (Alaska), Leandro Calle (Une lumière venue du fleuve et autres poèmes, y Carolina Massola.


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