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Omar Youssef Souleimane traduit de l’arabe (Syrie) par Salah Al Hamdani et Isabelle Lagny

jeudi 13 octobre 2016, par Cécile Guivarch

Omar Youssef Souleimane est né en 1987 à Quoteifé, sur les plateaux du Kalamoune à une quarantaine de kilomètres au nord de Damas. Après avoir obtenu un baccalauréat scientifique en 2005, il étudie la littérature arabe à l’université de Homs jusqu’à 2010.
Entre 2006 et 2010, il a été correspondant de la presse syrienne et a collaboré avec de nombreux journaux arabes. Il est l’auteur de livres de poésie : Chansons de saison en 2006, je ferme les yeux et j’y vais, prix koweitien Saad Al Sabbah en 2010.
Ayant participé aux manifestations pacifiques dès mars 2011 à Damas puis à Homs, il a été recherché par les services de renseignements de son pays. Afin d’éviter la prison, il est entré dans la clandestinité et est finalement parvenu à quitter son pays. La France, où il vit depuis 2012, lui a accordé l’asile politique.
Invité à de nombreuses soirées poétiques depuis 2013 : Double chant, avec Axodom, Institut des cultures d’islam, Paris, avril 2014. Deux voix exilées, de Baghdad et Damas, Comédie Nation, avec le poète irakien Salah Al Hamdani, mars 2015. La poésie au service de la paix, cathédrale de Strasbourg, avril 2015. Invité à participer à des festivals et des soirées en novembre 2015 et décembre 2015 ainsi qu’en mars et mai 2016.
Rencontres poétiques avec des lycéens : Saint Quentin en Yvelynes, novembre 2014 et à Royan, octobre 2015.
Depuis son exil, il a publié deux autres recueils de poésies : IL ne faut pas qu’ils meurent, en arabe (syrien), 2013, éditions Al Ghaoune - Liban ; La mort ne séduit pas les ivrognes, 2014, bilingue français / arabe ( syrien ), traduction Lionel Donnadieu, éditions L’oreille du loup – Paris. Loin de Damas, bilingue français / arabe (syrien), traduction Salah AlHamdani et Isabelle Lagny, éditions Le temps des cerises en 2016.
Oublie Damas, recueil de nouvelles, édité en arabe ( syrie ) au Liban par Bayt AL-Mouatene, 2015. La traduction en français de cet ouvrage est en cours. et sera publiée en 2017.

Sur une terre étrangère

Arrivés chez les veilleurs du néant
nous avons dit adieu à la guerre, adieu aux portes de la ville
et nous y avons laissé en consigne
nos valises chargées de ruines
Voici des oripeaux colorés par l’aurore et par des larmes de joie
Nous avons traversé avec eux des ponts désolés
les coquilles de nos mots ballotées dans les poches

Les phares nous font signe depuis la rive des blessures
et dans nos artères, on célèbre des montagnes

Compagnons de poussière et de lumière
à nous cette ville !
À nous les rues
que seule pourra combler
l’empreinte de notre souffle sur la neige !

Nous avons repoussé les murs du temps
avons échangé nos fusils contre du blé
l’or du désert
contre la rosée de l’errance

Et quand nous reviendrons
dans le repaire de notre premier amour
nous dédierons nos patronymes
à l’ivresse des origines
et ouvrirons nos poitrines à la mer

Ici, sur cette terre étrangère
rien d’autre que la nudité de l’existence
rien d’autre que ses moulins à vent

في الأرضِ الغريبة

ودَّعْنَا الحربَ عندَ أبوابِ المدينة
وأودَعْنَا حقائبَ الخرابِ لدى حَرَسِ اللاشيء
ها ثيابنا مضرَّجةٌ بالفجرِ
ودمعِ الفرحْ
لقدِ اجتزنَا جسورَ الوحشة
وما زالتْ أصدافُ الكلماتِ في جيوبِنَا
الفناراتُ تلوِّحُ لنا من شواطئِ الجراحْ
وفي شرايينِنَا أعيادُ الجبالْ

يا أصدقاءَ الوحْلِ والضوءْ
لنا وحدَنا هذه المدينة
لنا شوارع لا يملأها سوى أثرِ أنفاسِنَا على الثلجْ
أزَحْنَا جدرانَ الزمنِ وَعَبَرْنَا
بادلنا البنادقَ بقمحِ الشرقِ
وذهبَ الصحراءِ بنَدى التيه

كما لو أنَّنا نعودُ إلى بيتِ الحبِّ الأوَّلِ
نسكبُ خمرَ البداياتِ في أسمائنا
ونفتَحُ صدورَنَا للبحر
هنا في الأرضِ الغريبة
لا شيء سوى عراءِ وجودنا
والطواحينْ
ــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــ
عمر يوسف سليمان

Nous avons tous raison

Cette nuit plus froide que le corps d’un soldat mort
est plus chaude que nos derniers adieux
Des ruisseaux de larmes se sont figés sur la chemise des fiancés

Ce n’est qu’une nuit, elle s’éloignera
Les tranchées se remplissent de souffles, d’empreintes
de la chaleur des corps
de lits de camps dans le matin pour un sein qui a gardé le goût du pays

Les hasards de la vie et la petite musique du destin
travestissent notre incendie

A qui allons-nous abandonner tout cela ?
Que nos fusils aillent au feu
Enivrons-nous
Seul le vin pourra nous unir dans l’athéisme

Demain nous aurons tout le temps pour danser avec la victime
et nous réglerons nos comptes avec les dieux

Oui, nous avons tous raison
Mais ce soir, seulement

كُلُّنَا على حق

هذهِ الليلةُ باردةٌ أكثرَ من جثةِ جنديٍّ
وساخنةٌ كآخرِ لحظةِ وداعٍ
جَمَّدَتْ أسرابَ الدموعِ على قمصانِ العشيقاتْ

هيَ ليلةٌ وستمضيْ
الخنادقُ ملأى بأنفاسٍ حَمَلَتْ دفْءَ الأسرَّةِ
في صباحِ نهدٍ بطعمِ البلادْ

لجاجةُ الحياةِ
وموسيقا القدَرِ تُكَحِّلُ نيراننا
لمَنْ سنترُكُ كُلَّ هذا؟

لَتَكُنْ بنادِقِنَا حَطَباً
ولنثمَلْ
وحدهُ الخمرُ يوحِّدُنا حولَ إلحادِنَا
لدينا غدٌ كاملٌ لنراقصَ الضحيةِ
ونصفِّيَ حساباتِ الآلهة
لنكنْ كُلُّنَا على حقٍ إذاً
هذه الليلةَ فقطْ

Froid amer

Je ne reviendrai plus près de toi
me coltiner ton froid amer
et ton paradis aveugle

Tu as fait de notre destin
un jeu de hasard
Tu es notre bulle noire
Des restes de corps d’enfants s’accrochent aux haillons de tes anges
et le sourire d’un sniper est tatoué sur ton livre

Ô Allah
Ton miroir n’est-il pas encore un peu trop poussiéreux ?

زمهرير

بالزمهريرِ
أو بفردوسكَ الأعمى
لن أعودَ إليكْ

جعلتَ المصائرَ لعبةً
أيها الفقاعةُ السوداءْ

أشلاءُ الأطفالِ تتشبَّثُ في أسمالِ ملائكتِكْ
وضحكةُ القنَّاصِ موشومةٌ على كتابكْ

مرآتكَ ما زالتْ غباراً
يا الله


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1 Message

  • La rencontre "Double//chant" que nous avions créée avec Omar à l’Institut des cultures d’islam, à Paris le 24 mai 2014 (non en avril) et repris en septembre de la même année à la crypte Ararat dans le cadre du festival O+O de Paris où nous l’avions invité est un souvenir fort de coopération dans la traduction/adaptation réciproques et de lectures en écho.

    Cette création avait succédé à une soirée spéciale en mars 2014 à la Maison d’Europe et d’Orient sur le thème "Innocents de Syrie et d’Ailleurs" avec le musicien Stéphane Gallet et la comédienne Marianne Auricoste dans une scénographie créée avec Juliette Blondelle.

    AxoDom

    (merci de supprimer le nom "Geuirme" qui doit être une coquille).

    Répondre à ce message

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