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Raymond Farina traduit en italien, roumain et anglais

samedi 28 septembre 2013, par Cécile Guivarch

Poèmes extraits de « Ces liens si fragiles » (Editions Rougerie).

1

N’importe qui
peut quand il veut
retourner en enfance
sur un simple sourire
Mais ne sait plus
quoi faire après
d’une anachronique innocence

N’importe qui
s’obstine à croire
qu’un père
pourrait du ciel
descendre
sur une heure transparente
-avec des larmes
pour l’occasion
un sens inné du mélodrame-
pour serrer dans ses bras
son fils

N’importe qui
à son père demande
Désires-tu vraiment ma mort
pour ne pas contrarier l’oracle
pour conclure en toi cette fable
ou pour attester que je fus
-Est-ce bien
le Conte d’hiver
Est-ce bien
ce conte mon père ?-

N’importe qui
ouvrirait sa demeure encore
au chien qui mangea la colombe
& qui mourut trois jours après
par sa cruauté dévorée
comme mourra d’incohérence
ton délire petit enfant
qui ne peut
comme le vieux Lear
voir le monde
qu’avec ses oreilles

1

Chiunque
può quando vuole
ritornare all’infanzia
con un semplice sorriso
Ma non sa
che farsene dopo
di una anacronistica innocenza

Chiunque
si ostina a credere
che un padre
potrà dal cielo
discendere
in un’ora trasparente
-con delle lacrime
per l’occasione
un senso innato del melodramma-
per abbracciare
suo figlio

Chiunque
a suo padre chiede
Desideri davvero la mia morte
per non contrariare l’oracolo
per concludere in te questa favola
o per attestare che io fui ?
-È veramente
il Racconto d’inverno
È veramente
questo rcconto mio padre ?-

Chiunque
aprirebbe ancora la sua casa
al cane che ha mangiato la colomba
e che è morto tre giorni dopo
per la sua crudeltà divorata
come morirà d’incoerenza
il tuo deliro figlioletto
che non può
come il vecchio Lear
vedere il mondo
che con le sue orecchie

Traduction de Roberto Bertoldo

1

Oricine
se poate-ntoarce-n
copilărie
pe un singur suris
Dar nu mai stie
ca să facă apoi
cu inocenţa

Oricine
se-poate-ndîrji să creadă
că un tată
ar putea cobori
din cer
pe o oră de transparenţă
-inlăcrimat
pentru prilej
un sens stiut in melodrama –
să-si strînga in braţe
fiul

Oricine
işi intreabă tatăl
Vrei moartea mea cu adevărat
să nu superi oracolul
să pui capăt poveştii
ori să probezi că am fost
-E aceasta
Povestea de iarnă
Cumva
E
povestea aceasta tată

Oricine
l-ar primi înca
pe cîinile ce-a mincat porumbelul
si-a murit trei zile după aceea
devorat de cruzimea-i
cum va muri de incoerenţa
delirul tău mic copil
ce nu poate
ca hătrînul Lear
să vadă lumea
decît cu urechile

Traduction d’Aurel Raŭ

1

No matter who
can become a child again,
when he wants,
on a simple smile,
but no longer knows
what to do then
with his awkward innocence.

No matter who
persists in believing
that a father
could come down from the heaven,
at a transparent time,
with tears,
for the occasion,
an inborn sense of melodrama,
to clasp his son
in his arms.

No matter who
asks his father :
“Do you really want me dead
to not belie the oracle,
to end inside you this fable
or testify that I was ?
Is it really
in the Winter tale ?
Is my father really
in this tale ?

No matter who
would still open his home
to a dog who ate his dove
and who died three days later,
by his own cruelty devoured,
as will die through incoherence
your delirium, little child,
who cannot,
like old Lear,
look at the world
but with your ears.

Traduction de l’auteur

2

Si d’indifférence
tu deviens
plus léger
que ton ombre

capable enfin
de suivre
ton coeur

tu comprendras mieux
mon silence

mes questions
qui n’espèrent plus
de réponse :

le vent
chercherait-il
quelque chose
ou quelqu’un ?

Les nuages sont-ils
réels ?
Les nuages reviendront-ils ?

Avez-vous
un destin
paysages ?

Ai-je pour vous
un sens ?

2

Se d’indifferenza
tu diventi
più leggero
della tua ombra

capace infine
di seguire
il tuo cuore

comprenderai meglio
il mio silenzio

le mie domande
che non sperano più
riposta

il vento
cercherà
qualcosa
o qualcuno ?

Le nubi sono
vere ?
Le nubi ritorneranno ?

Avete
un destino
paesaggi ?

Ho grazie a voi
un senso ?

Traduction de Roberto Bertoldo

2

Dacă din întîmplare
tu devii
mai uşor
ca propria-ţi umbră

capabil
în fine
să-ti urmezi inima

vei întelege mai bine
liniştea mea

întrebările mele
ce nu aşteapta
un alt răspuns :

vintul
să caute
ceva
sau pe cineva ?

Norii sînt ei
reali ?
Revin norii ?

Aveti
un destin
privelisti ?

Am pentru voi
un sens ?

Traduction d’Aurel Raŭ

2

If out of indifference
you become lighter
than your shadow,

able, at last,
to follow
your heart,

you shall realize
my secrecy,

my questions
that hope no more
for an answer.

Would the wind
seek something
or someone ?

Are the clouds real ?
Shall the clouds
come back ?

Have you got
a destiny
o landscapes ?

Do you think
that I have
any significance ?

Traduction de l’auteur


LES TRADUCTEURS :

Né en 1930, Aurel Raŭ est un poète, romancier, traducteur et essayiste roumain. Après des études supérieures à la Faculté de philologie de Cluj, il devient rédacteur en chef de la revue “Almanahul Literar” puis, à partir de 1959, de la revue “Steaua”. Il a traduit en roumain la totalité de l’oeuvre de Saint-John Perse –à l’exception du cycle “La Gloire des Rois” et “Oiseaux”- (“Poeme”, 1969 et “Poeme alese”,1983), Machado, Seferis, Kavafis, Blok. Il est également l’auteur d’une anthologie consacrée aux poètes français de Charles d’Orléans aux poètes contemporains ( “Poeti francesi, Antologie si traducere”, 1987). Il figure dans l’anthologie bilingue contenant 81 auteurs roumains traduits par Christian W.Schenk (Dionysos Verlag, 1994).

Roberto Bertoldo est né à Chivasso en1957. Diplômé en Lettres et Philosophie à l’Université de Turin en 1981 avec une thèse sur le Pétrarquisme Après un militantisme dans les années 70 en tant qu’éditeur de magazines, poète et romancier, il poursuit sa recherche personnelle en tant qu’écrivain et publie un certain nombre de livres de poésie En 1996, il retourne à des activités publiques et fonde la revue internationale de littérature « Hebenon », qu’il dirige. Parmi ses derniers ouvrages figurent notamment des romans (Il Luciferodi Wittenberg - Anschluss , Assefi-Terziaria, Milan 1998, Anche gli ebrei sono cattivi , Marsilio, Venise 2002, Ladyboy , Mimesis, Milan 2009, The Infamous , The Happy Life, Milan 2010) et des recueils de poésie (Il calvario delle gru , Bordighera Press, New York 2000, Archivio delle bestemmie , Mimesis, Milan, 2006, Pergamena dei ribelli , Joker, Novi Ligure 2011). Il est également l’auteur de plusieurs essais philosophiques (Nullismo e letteratura, Interlinea, Novare, 1998, Sui fondamenti dell’amore, Guerini, Milan, 2006).

L’AUTEUR :

Raymond Farina est né en 1940 à Alger. Après ses études à l’Université de Nancy, il a enseigné la philosophie en France, au Maroc et à la Réunion. Auteur d’une vingtaine de recueils de poésie, il a publié ses poèmes dans des revues de France et de l’étranger et a traduit des poètes américains, australiens, espagnols, irlandais, italiens, portugais. Dernières publications en revues :
Fili d’aquilone
La Otra (Mexico),
Satura


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