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Olav H. Hauge Bateau de papier

lundi 22 juin 2015, par Roselyne Sibille

Poèmes traduits du norvégien par Anne-Marie Soulier
Photographie de Sandrine Cnudde

Editions Po&psy (érès)


Depuis cette nuit l’herbe est verte

Depuis cette nuit l’herbe est verte
Un oiseau s’essaie à chanter,
la brume s’élève,
le soleil apparaît au-dessus des cimes blanches.
Depuis bien longtemps, au matin
la joie tambourine sur son bouclier de cuivre.



Dans mon stylo Parker

Dans mon stylo Parker il y a beaucoup de vers, au moins un kilomètre,
et dans l’encrier encore plus,
des centaines. Le papier
arrive par la poste, factures, réclames, formulaires
à remplir.
J’envisage l’avenir sans crainte.


Chevaux et vagabonds

Chevaux et vagabonds cherchent des yeux
une auge au bord des routes.
A quoi leur servirait
une station-service ?


J’ai secoué la neige de jeunes arbres

Que faire quand
ça dégringole,
montrer le poing
aux flocons dansants
qui te tombent dessus,
ou courber le dos
pour les accueillir ?


La nouvelle nappe

Jaune, la nouvelle nappe.
Et blanches, les pages neuves !
Sûr que les mots vont venir :
une si belle nappe,
un si beau papier !
La glace a recouvert le fjord,
les oiseaux viennent s’y poser.


L’océan

C’est ça, l’océan :
le sérieux même,
puissant et gris.
Mais tout comme l’âme
dans la solitude
ouvre tout à coup
ses miroitements
à des abîmes de mystères –
ainsi l’océan
par un matin bleu
peut s’ouvrir au ciel
et aux solitudes.
Tu vois, dit-il tout scintillant,
moi aussi j’ai des étoiles
et des abîmes bleus.


Lentement monte le vrai

S’éveiller et sentir
son cœur défaillir,
lourd comme une pierre, noir
et bientôt dur…

Lentement se lève la houle,
lentement rougit la forêt du ravin,
lentement s’approchent les feux de l’enfer,
lentement monte le vrai…


Nous ne voguons pas sur la même mer

Nous ne voguons pas sur la même mer,
trompeuses sont les apparences.
Ferraille et grumes sur le pont,
sable et ciment dans mes soutes,
je m’enfonce, je suis lent,
je foule les vagues houleuses,
je hulule dans la brume.
Toi tu vogues sur un bateau de papier,
ta voile bleue gonflée de rêves,
si léger le vent, délicate la vague.


Il y a ce rêve

Il y a ce rêve que nous portons en nous
qu’une merveille adviendra,
qu’elle doit advenir –
que le temps va s’ouvrir
que les cœurs vont s’ouvrir
que les portes vont s’ouvrir
que la montagne va s’ouvrir
que des sources vont jaillir –
que le rêve va s’ouvrir,
qu’un beau matin nous glisserons vers le havre
portés par une vague dont nous ne savions rien.


Un mot

Un mot
– une pierre.
La rivière est froide.
Encore une pierre –
Il m’en faudra d’autres
si je veux traverser.


Je vois que tu as appris

J’aime bien
que tu
utilises
peu de mots,
peu de mots et
des phrases courtes
qui descendent
en averses
jusqu’au bas de la page
en laissant entre elles
de la lumière et de l’air.
Je vois que tu as appris
à faire
un beau tas de bois dans la forêt,
à le monter haut
pour qu’il sèche bien ;
si tu le ranges trop bas et trop long,
ton bois va pourrir.


Aujourd’hui je sais

Aujourd’hui je sais
que j’ai fait un bon poème.
Les oiseaux piaillaient au jardin quand je suis sorti,
et le soleil était doux sur les collines de Berga.


Le vieux poète a écrit un vers

Le vieux poète a écrit un vers.
Et le voilà content, content comme une bouteille de cidre
quand le printemps y fait monter
une petite bulle de gaz
et que le bouchon va sauter.


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