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Comme la pluie qui tombe sur la terre rouge : poèmes tamouls de l’époque Sangam

dimanche 3 avril 2016, par Roselyne Sibille

traduits du tamoul par Geetha Ganapathy-Doré
avec des photographies de Danièle Faugeras

PO&PSY / éres - à paraître en juillet 2016
10,5 x 15 - 92 pages format à l’italienne
sous pochette à rabats cartonnée -12.00 €

188.

முகை முற்றினவே முல்லை ; முல்லையொடு
தகை முற்றினவே, தண் கார் வியன் புனம்-
வால் இழை நெகிழ்த்தோர் வாரார்-
மாலை வந்தன்று, என் மாண் நலம் குறித்தே.

மதுரை அளக்கர் ஞாழார் மகனார் மள்ளனார்

Paysage : Forêt
Locutrice : L’amante
Interlocutrice : L’amie de l’amante

Les boutons de jasmin ont éclos.
En cette saison de pluie, la forêt s’est embellie de jasmins en fleur.
Celui qui a fait que les bijoux tombent de mon corps aminci n’est pas venu.
Mais le soir, lui, est venu pour ternir ma grande beauté.

Poète : Madurai Alakkar Gnazhaar Maganaar Mallanaar

196.

வேம்பின் பைங் காய் என் தோழி தரினே,
’’தேம் பூங் கட்டி’’ என்றனிர் ; இனியே,
பாரி பறம்பில் பனிச் சுனைத் தெண்ணீர்
தைஇத் திங்கள் தண்ணிய தரினும்,
’’வெய்ய உவர்க்கும்’’ என்றனிர்-
ஐய !-அற்றால் அன்பின் பாலே.

மிளைக் கந்தன்

Paysage : Pré
Locutrice : L’amie de l’amante
Interlocuteur : L’amant de son amie

Quand mon amie t’a donné les fruits verts et amers du margousier,
Tu as dit gentiment qu’il s’agissait d’un morceau de jagré.
Quand elle te donne l’eau fraîche du mois de thai,
Puisée à une source sur la colline de Paari,
Tu dis que c’est une eau chaude qui n’a pas bon goût.
Galant homme, c’est parce que te ne l’aimes plus.

Poète : Milai Kandhan

204.

’’காமம் காமம்’’ என்ப ; காமம்
அணங்கும் பிணியும் அன்றே ; நினைப்பின்,
முதைச் சுவற் கலித்த முற்றா இளம் புல்
மூதா தைவந்தாங்கு,
விருந்தே காமம்-பெரும்தோளோயே !

மிளைப் பெருங் கந்தன்

Paysage : Montagne
Locuteur : L’ami de l’amant
Interlocuteur : L’amant

« C’est le désir, c’est le désir », dit-on.
Le désir n’est pas une fièvre qui retombe.
Telle une vache d’âge mûr qui prend plaisir à brouter
Les jeunes herbes de la vieille prairie,
Le désir, quand on y pense, se transforme en plaisir,
Mon ami aux larges épaules.

Poète : Milai Perunkandhan

246.

பெருங் கடற் கரையது சிறுவெண் காக்கை
நீத்து நீர் இருங் கழி இரை தேர்ந்து உண்டு,
பூக் கமழ் பொதும்பர்ச் சேக்கும் துறைவனொடு
யாத்தேம் ; யாத்தன்று நட்பே ;
அவிழ்த்தற்கு அரிது ; அது முடிந்து அமைந்தன்றே.

கபிலர்

Paysage : Plage
Locutrice : L’amante

Sur sa grande plage, la petite mouette blanche
Cherche et mange sa proie quand la vague se retire.
Mon héros se prélasse dans un jardin où flotte le parfum des fleurs.
Je suis liée à lui, liée d’amitié.
Il est difficile de nous délier. Les choses sont ainsi faites.

Poète : Kapilar

280.

கேளிர் ! வாழியோ, கேளிர் ! நாளும் என்
நெஞ்சு பிணிக் கொண்ட அம் சில் ஓதிப்
பெருந் தோட் குறுமகள் சிறு மெல் ஆகம்
ஒரு நாள் புணரப் புணரின்,
அரை நாள் வாழ்க்கையும் வேண்டலன் யானே.

நக்கீரர்

Paysage : Montagne
Locuteur : L’amant
Interlocuteur : L’ami de l’amant

Vous qui m’écoutez, je vous souhaite longue vie.
Si, un jour, je parviens à étreindre le corps tendre de
La jeune fille aux larges épaules
Dont les beaux cheveux sont mêlés à la maladie de mon cœur,
Moi je ne souhaiterai pas vivre ne serait-ce qu’une demi-journée.

Poète : Nakkirar

354.

நீர் நீடு ஆடின் கண்ணும் சிவக்கும் ;
ஆர்ந்தோர் வாயில் தேனும் புளிக்கும் ;
தணந்தனைஆயின், எம் இல் உய்த்துக் கொடுமோ-
அம் தண் பொய்கை எந்தை எம் ஊர்க்
கடும் பாம்பு வழங்கும் தெருவில்
நடுங்கு அஞர் எவ்வம் களைந்த எம்மே ?

கயத்தூர் கிழான்

Paysage : Pré
Locutrice : L’amie de l’amante
Interlocuteur : L’amant

Si l’on nage trop dans l’eau, les yeux deviennent rouges.
Même le miel tournera au vinaigre dans la bouche de ceux qui en reprennent.
Si tu veux t’en aller, ramène-moi,
Moi qui t’ai rassuré quand tu sursautais dans la rue où se promènent les serpents vénéneux,
Ramène-moi chez moi, dans la ville de mon père dotée d’un lac d’eau douce.

Poète : Kayathuur Kizhaan

370.

பொய்கை ஆம்பல் அணி நிறக் கொழு முகை
வண்டு வாய் திறக்கும் தண் துறை ஊரனொ
இருப்பின், இரு மருங்கினமே ; கிடப்பின
வில்லக விரலின் பொருந்தி ; அவன்
நல் அகம் சேரின், ஒரு மருங்கினமே.

வில்லக விரலினார்

Paysage : Forêt
Locutrice : La maitresse de l’amant
À l’arrière-fond : Les proches de l’amante

Dans sa ville côtière au frais climat, les bourdons percent de force
Les boutons dodus et colorés de la mare aux nénuphars.
Quand je m’assois à côté de lui, nous sommes deux corps.
Quand nous nous couchons, nos corps sont collés-serrés comme les doigts sur l’arc.
Quand il rentre dans sa belle maison, je ne suis plus qu’un seul corps.

Poète : Poète des doigts sur l’arc


Les poèmes de l’époque Sangam
(extrait de la postface de Geetha Ganapathy-Doré)

La langue tamoule
Le tamoul, langue agglutinante appartenant à la famille dravidienne, est une des langues les plus anciennes au monde. Le fait qu’elle soit encore vivante émerveille les linguistes. Elle s’écrit dans un script alphasyllabaire (combinaison de 12 voyelles et 18 consonnes) dérivé du grantha, lui-même dérivé de la brahimi. C’est une des langues officielles de l’Inde, de Singapore et du Sri Lanka. Outre que dans ces aires, elle est parlée par la diaspora tamoule installée en Malaisie, à l’Ile Maurice, en Afrique du Sud et aux Antilles. Elle s’est également répandue en Europe, en Amérique du Nord et en Australie avec les migrations postcoloniales. Au total, le tamoul serait parlé par près de 77 millions de personnes dans le monde.

La littérature tamoule classique
Les historiens s’accordent à situer entre les années 200 av. JC et 300, voire 600, de notre ère, l’émergence de la littérature tamoule (liée à l’apparition de la grammaire, Thol Kaappiam). Vers le 1er siècle av. JC, les créations littéraires tamoules ont été compilées sous forme de 10 longs chants et 8 anthologies. Ce corpus de 18 ouvrages contient quelque 2381 poèmes écrits par environ 473 poètes (hommes et femmes exerçant divers métiers et appartenant à différentes couches sociales). Quelque 102 poètes parmi eux sont anonymes. Plusieurs sont identifiés uniquement par une image verbale frappante qu’ils ont façonnée. On sait aussi que certains poèmes ont été chantés avec accompagnement au yazh.

La diffusion
Les tamouls conservaient et diffusaient leurs textes en les transcrivant à l’aide d’un stylet en fer sur les feuilles de palmier appelées Suvadis. Au cours du temps, ces Suvadis sont tombés dans l’oubli. Pendant l’époque coloniale, quand l’imprimerie est arrivée en Inde du Sud (1713) grâce aux missionnaires danois de Tharangmabadi, ce sont les traductions de la Bible qui furent publiées en premier. Il fallut attendre le 19e siècle pour qu’un grand érudit tamoul, U.V. Swaminadha Iyer, consacre sa vie à retrouver les anciens manuscrits, à les transcrire sur papier, à les imprimer sous forme de livres et à écrire des commentaires pour les rendre accessibles aux tamouls contemporains. À présent, la Tamil Virtual University située à Tanjore a mis ces textes en ligne. [...]

(Page établie avec la complicité de Roselyne Sibille)


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