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Iris Dan

vendredi 19 avril 2013, par Sabine Huynh

[blanc](traduction : Sabine Huynh)[/blanc]

Six Definitions of Home

Home is a china shop
with someone or other
in the role of the bull

Home is a place
where the floors are strewn
with invisible shards
where held on the fridge by magnets
are conflicting writs of complaint

Home is a place
where they claim to know
your worth exactly
and do not let you
engage in prophecy

Home is where the phone
may ring at any moment
with catastrophic news
where the secret police
may come for you at dawn

Home is the place where
they have to take you in
(Is your passport still valid ?
Does your key still fit ?)

Home is where your body
knows the place of things
before your mind
so much as begins to remember
Six définitions du chez soi

Chez soi, ce magasin de porcelaine
où l’un et l’autre
se déplacent comme des éléphants

Chez soi, cet endroit
où des tessons invisibles
jonchent le sol
où des doléances contradictoires
s’aimantent sur le frigidaire

Chez soi, cet endroit
où l’on prétend connaître
votre exacte valeur
où l’on ne vous laisse pas
pratiquer la prophétie

Chez soi, la sonnerie du téléphone
peut à tout moment annoncer
des nouvelles catastrophiques
la police secrète d’État
peut venir vous chercher à l’aube

Chez soi, cet endroit
où ils sont réduits à vous amener
(Votre passeport est-il encore valable ?
Et votre clef, marche-t-elle ?)

Chez soi, là où votre corps
sait où se trouve chaque objet
avant même que votre esprit
ne s’en souvienne.

(Cyclamens and Swords, Dec. 2012)


Regeneration

yet sometimes
in cold winter nights
the body glows
in self-sufficient bliss

bear buried deep
under matted hair
summer fat melting
turning into heat
for the cub to be born

bird under its wing
twisted muscles
swollen sinews resting
bent beak straightening
broken claws growing back

finally – best —
oyster shut tight
poised on the waves
sealing ulcers and tears
with layers of mother-of-pearl
Régénération

malgré tout
par les froides nuits d’hiver
le corps s’embrase
de félicité sereine

ourse enfouie
sous sa fourrure emmêlée
sa graisse d’été fondant
se changeant en chaleur
pour l’ourson à naître

oiseau – la tête sous l’aile
muscles se dénouant
bec courbé se redressant
griffes brisées repoussant

finalement – l’idéal –
huître bien fermée
en équilibre sur les vagues
fermant ulcères et plaies
avec des couches de nacre

(Cyclamens and Swords, Dec. 2012)


Gas Masks

Remember that winter
when, apart from our handbags,
briefcases, umbrellas, and shopping,
we were also encumbered by gas masks ?

After lavish start-of-the-year,
end-of-the-world parties
we retreated to the tribal womb.
By night, masks within reach,
we stayed in our sealed rooms,
watching the same news ; by day
we dragged them around in their drab cases.


Children took them to school ;
cabinet ministers to TV interviews
(how economically, how neatly
they could make their political point
if they were forced to reach for them
in the midst of a sentence !) ;

Masks of prostitutes and masks of clients
clashed together between sand dunes.
Masks dangled from
Red Riding Hoods’ shoulders
disturbing the cake and the wine.

Remember all those people in the concert hall
with the gas masks, like oversized phylacteries,
covering their faces, while a mask-less,
fearless Isaac Stern went on playing ?
We were proud of our simple and cultured,
we were moved by our politicians. However

after a month or so,
we got fed up with all the tribal coziness ;
we wanted our uniqueness back
we wanted, in short,
personalized gas mask cases.

Need identified, we got them
in all their splendid variety : black gas mask
cases to made proud a British civil servant ;
pastel colored ones for maidens ;
sequined ones for Cinderellas ;
Cinderella-ed and Mickey Moused ones
for children.

We inscribed them with appropriate captions,
"In spite of all, business as usual",
"Would you like to have a good time", or
"We have no one to trust,
but our father in heaven".

Scuds and Patriots crossed each other
over our heads,
Hitting this, missing that. Now and then
Someone had a heart attack. On top of all that
The weather was awful.

But there we were, making a statement.
Masques à gaz

Tu te souviens de cet hiver
quand, en plus de nos sacs à main,
mallettes, parapluies et courses,
on devait aussi s’encombrer de masques à gaz ?

Après de somptueuses festivités
pour le nouvel an et la fin du monde,
on s’est retirés dans la matrice tribale.
La nuit, les masques à portée de main,
on restait dans les pièces blindées,
scotchés aux informations en boucle ; la journée,
on les traînait dans leur étui terne.


Les enfants les prenaient avec eux à l’école ;
les ministres aux entretiens télévisés
(s’ils étaient forcés de s’en saisir
en plein milieu d’une phrase,
leurs idées politiques passaient alors
pour si convaincantes !) ;

des masques de prostituées et des masques de clients
s’entrechoquaient dans les dunes de sable.
Des masques pendaient aux épaules
des Petits Chaperons Rouges
dérangeant le gâteau et le vin.

Tu te souviens de tous ces gens dans la salle de concert,
le visage derrière ces phylactères géants,
alors qu’Isaac Stern continuait à jouer,
intrépide et le visage découvert ?
On était fiers de nos compatriotes modestes et cultivés
et touchés par nos hommes politiques. Cependant

à peine un mois s’est écoulé avant
qu’on ne se lasse de cette proximité tribale ;
on voulait redevenir uniques,
on voulait, pour résumer,
des étuis de masques à gaz personnalisés.

Une fois le besoin identifié, on les a eus
dans toute la splendeur de leur variété : des noirs
qui auraient fait la fierté d’un fonctionnaire britannique ;
des pastel pour les vierges ;
décorés de sequins pour les Cendrillons ;
ou de Cendrillons et de Mickeys pour les enfants.

On y a apposé les inscriptions qu’il fallait :
“les affaires tournent malgré tout”,
“voulez-vous vous amuser”, ou encore
“nous ne pouvons nous fier
qu’à notre père qui est aux cieux”.

Des missiles Scud et Patriot se croisaient
au-dessus de nos têtes,
atteignant ou loupant leurs cibles. De temps en temps,
quelqu’un était victime d’une crise cardiaque.
Pour couronner le tout,
il faisait un temps de chien.

Mais nous, on était là, fiers de notre message.

(Subtle Tea, 2008)


Iris Dan est née en Bukovine (Roumanie) dans une famille de rescapés de l’Holocauste. Elle a grandi bilingue (allemand et roumain) et elle a étudié les langues romaines à l’université de Bucarest, où elle a obtenu une maîtrise de linguistique. Elle vit en Israël depuis 1980. Elle est mariée, a une fille déjà adulte et travaille (avec beaucoup de joie) comme traductrice multilingue. Elle voit la Méditerranée du haut de sa tour de Babel (existentielle et professionnelle). Elle écrit de la poésie depuis toujours, sans forcément songer à se faire publier, et uniquement en anglais. Depuis peu, elle envoie des poèmes à des revues et ils ont été acceptés par Magnapoets, Poetic Portal, SubtleTea, Poetic Diversity, Cyclamens and Swords, et l’anthologie annuelle Voices Israel.


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