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Jean-Baptiste Pedini

samedi 20 avril 2013, par Jean-Marc Undriener

A travers la fenêtre on voit ce nid qui tient péniblement en équilibre sur les branches. Quelque chose se prépare. Les feuilles n’ont pas encore séché. Aucun insecte ne frissonne. Plus rien ne vit dans ce jardin. Plus rien n’attend. L’éboulement matinal. Les brins d’herbe collés aux pieds. Les balles perdues du ciel que l’on prend en pleine bouche. Les voilà qui tombent au hasard. Sur la tôle du toit. Sur les chaises bancales. Sur ce qu’il reste de souffle. Une nuée d’étourneaux passe haut dans le ciel. Tout ira bien.



On ne sait pas si la nuit tombe. Le ciel paraît lointain. Presque incapable d’arriver jusqu’ici. Et rien ne le remplace. Tout juste quelques façades aux fenêtres éteintes. Ou manquantes. Piégées derrière ces rideaux lourds que l’on écarte au matin. Quand un peu de lumière glisse dans les fentes du mur. Quand les planches se réchauffent et que l’on sort pieds nus. Une couverture sur les épaules. Le balcon se remplit lentement de soleil. Personne ne bouge de peur que ça déborde.



Déjà l’aube. On s’étire mollement en regardant la mer. Un homme lance de petites feuilles dans l’air avant de disparaître. Le vent les froisse un peu. Puis les vagues les avalent. On regarde froidement et c’est comme si nos yeux leurs maintenaient la tête sous l’eau. C’est mieux ainsi. Quand plus rien ne remonte. Ni les ratures. Ni les pardons. Pas même ces petites lèvres noires mises entre parenthèse. Les draps s’agitent. Quelqu’un se love dans notre dos. Rien ne presse.



Face à la plage toutes les maisons sont fermées. On est bien seul à détourner la tête à chaque coup de vent. A se frotter les yeux picorés par le sel. A retrouver un peu la tendresse des vacances. Ou presque. On marche les pieds dans l’eau. Quelqu’un prend des photos. Les pêcheurs s’en vont vers le large. Un chien court après le bout de bois que lui lance son maître. Il dérape dans le sable. Souffle plus fort soudain. Un nuage de lumière semble le suivre de près.



Parfois du noir glisse dans les nuages. Juste une goutte qui se dilue et se propage dans tout le ciel. Ce n’est pas vraiment la nuit. Même si certains en doutent en reboutonnant leurs chemises. On grogne avant de rire et d’empiler des couches de vêtements. Remonter des collants. Ajuster une ceinture. Chercher où est passé le petit foulard rouge, une chaussette, la paire de jeans. La doudoune maculée d’orages. Sans lumière on se sent nu.




Mini entretien par Cécile Guivarch

D’où vient l’écriture pour toi ?

Du besoin de m’exprimer. De retranscrire des émotions certainement. Mais curieusement je me rends de plus en plus compte que mes textes, au moment où je les écris, sont à l’opposé de mon état esprit. Comme pour finalement rétablir un certain équilibre dans le cours des choses.

Comment travailles-tu tes écrits ?

Le premier jet est assez brut et je n’aime pas reprendre mes textes sur l’instant. Ça vient un peu plus tard. J’alterne généralement entre des cycles d’écriture intenses et d’autres aux cours desquels je n’écris pas du tout (jusqu’à six mois parfois). Ce qui permet de laisser reposer un peu les textes et d’y revenir plus tard, nourri d’autres images, d’autres lectures, d’autres envies.

Quelle est ta bibliothèque idéale ?

Une bibliothèque en constate évolution. Qui s’enrichit continuellement. L’inattendu doit y avoir sa place.

Bio-bibliographie

Né en 1984 à Rodez, Jean-Baptiste Pedini vit et travaille en région toulousaine. Des publications dans une trentaine de revues (Décharge, Traction-brabant, Comme en poésie, A-Verse, ARPA, Voix d’encre, Borborygmes...)

Sont parus en 2012 :
- Prendre part à la nuit, Co-édition Décharge/Gros textes, collection Polder
- Passant l’été, Cheyne éditeur, collection Prix de la vocation.

photographie ©D.R.


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