Terre à ciel
Poésie d’aujourd’hui

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Denis Heudré

mercredi 17 avril 2013, par Cécile Guivarch

extraits

l’arrêt
pour démarrer

les mots
un silence fertile

l’heure
une entrave délaissée



le hasard
n’a qu’à parler

la mémoire
s’offrir au chemin blanc

l’intervalle
agrandir ses prétentions



le parc
se fait langue

les mots
se font parc

le jeu
des bas silences



la ville
m’offre comme une île

le ciel
me prépare ses bagages

le je
n’est plus un problème



la pause
avalée – doigts léchés –

le livre
ouvert – doigts fébriles –

l’horizon
une langue en apesanteur



le désordre
anatomie du langage

le mien
s’emmêle l’espoir

la main
pour tenir l’encre



le soleil
la fragilité du souvenir

l’enfance
crachin sans réplique

le destin
retient ces lieux du passé



la pause
un instant moins le quart

le poème
un instant en plus

le jour
retient son souffle



l’immeuble
bienveillant

les mots
aussi pour lui

la parole
en couleurs taguées



la rue
une voix à écouter

la voix
longue sans surveillance

le vent
une conversation divague




Mini entretien par Cécile Guivarch

D’où vient l’écriture pour toi ?

Je note beaucoup de bouts de phrases que j’assemble ensuite. Et puis parfois l’inspiration m’emporte au-delà d’une phrase vers un poème tout entier.
Avant j’écrivais sur un bloc sténo. Ces blocs steno que j’appelais mes « ateliers » (avec tout le désordre qui sied à un atelier) sont pour moi très précieux. Depuis, mes ateliers sont informatisés : atelier du titre, ateliers de pièces attachantes, atelier triage, usinage… L’informatique m’apporte la facilité de retrouver un texte malgré mon désordre, ce qui était difficile dans mes blocs sténo.
Ces ateliers ont aussi leur outillage avec ce que j’appelle mes « échauffe-mots », sortes d’assouplissements de l’esprit pour se mettre en condition d’écriture en se débarrassant du quotidien.
Et puis, une fois écrits, tous les textes sont repris et repris, souvent allégés. Je ne fais jamais confiance au premier jet d’écriture. J’aime bien l’expression "peaufiner son travail". Mais le travail d’assemblage de plusieurs poèmes ensemble m’est très difficile. Je ne suis que rarement satisfait du résultat, même si je les mets en téléchargement gratuit sur mon site internet.

Comment travailles-tu tes écrits ?

L’écriture vient de l’envie de ne pas faire comme les autres. Quand les autres font du sport, bricolent, regardent la télé, lisent des romans policiers américains, racontent des blagues vieilles comme l’humour, je préfère écrire et lire de la poésie contemporaine. D’une part parce que les gens ont l’impression que cela ne sert à rien. Cela ne rapporte rien alors pourquoi écrire de la poésie ? J’aime bien perturber leurs schémas.
Mais plus sérieusement, j’écris de la poésie car j’y trouve une liberté qu’on ne trouve pas ailleurs. La poésie est la seule vraie liberté de langage. Un accélérateur de particules de langage. C’est aussi la seule route pour espérer toucher l’âme des lecteurs. Un peu comme la musique touche l’âme. En tant que lecteur et auteur, je me sers de la poésie comme d’une barque pour naviguer en moi-même.
La poésie est aussi une façon de suggérer plutôt que dire. Seul le poète voit la pierre comme un pain (Octavio Paz). Amener les autres à avoir leur propre réflexion. Plutôt qu’asséner quelques vérités qui nous tiennent à cœur, chercher à les insinuer avec des figures de style comme les métaphores, etc.
Et puis j’aime aussi déposer de nouveaux mots sur ma langue, inventer de nouvelles expressions. C’est un plaisir que nous offre aussi la poésie. André du Bouchet voyait les mots comme une échelle qu’on appuie sur un mur. J’aime à monter dans ces hauteurs même si ma progression reste modeste n’ayant pas encore réussi à publier plus d’un recueil…

Quelle est ta bibliothèque idéale ?

La bibliothèque idéale regrouperait les livres d’éditeurs de poésie contemporaine comme Le Dé Bleu, Jacques Brémond, Rougerie, Cheyne, Le temps qu’il fait, Tarabuste, Potentille, Obsidiane, Folle Avoine, L’Amourier, Al Dante, Nous, POL, Flammarion, Eric Pesty, Gros Textes, etc.

Et puis aussi tous les micro-éditeurs qui font un merveilleux travail : Pré carré, La Porte, Fissile, Contrat-Maint, etc.

Et tous les autres éditeurs que je ne connais pas encore et qui sont aussi animés par, non pas la foi mais la passion de la poésie contemporaine.

On trouverait dans cette bibliothèque des livres électroniques aussi. C’est un peu dommage de voir disparaître la bibliothèque en tant que meuble. C’est tellement agréable de découvrir quelqu’un à travers le contenu de la bibliothèque de son salon, mais cela semble être pratique (enfin je pense car je n’en possède pas !)

http://denisheudre.free.fr


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