Terre à ciel
Poésie d’aujourd’hui

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Christophe Bregaint

mercredi 30 décembre 2015, par Cécile Guivarch


Voici
La rancune
Qui seconde
Les souvenirs
Au creux
Du miroir

Tu n’as jamais vu
Autre chose que
Cette vague
Qui emporta
Ces paroles
Pétrifiées
Que rien ne ramènera
Maintenant
Autour de toi

À présent
En rien tu n’es frappé
Par ce froid
Qui draine ton cœur
Lorsque le soleil
Devient cendres


Parce que
rien
ne dérange
le quotidien
Inéluctable
Raccord
des crânes en
mouvement
dans un curieux
vertige
voilà
vers quoi
tu cours
à travers
ta grille
de déchirure
Jour après jour
tu vas et viens
sur le méridien
du non-être
si violent
mensonge
de ta vie


Te revient
à l’esprit
une lumière qui
se débattait
à corps perdu
devant tes yeux
Contempteurs
Sous l’aspérité
du Ciel
qui avait
négligé
ton désespoir

T’en souviens-tu
face aux cierges
éteints
de cet écho
sans fin

Depuis lors
le chagrin
et
le silence
se sont
répartis
ta déraison

Tu t’en contentes
à l’obscurité
tombée


Un vieil arc en ciel
Est parti
De bonne heure
S’en remettre
À la créativité
De la semeuse
D’ombres
Toujours
À l’écoute
De nos tristesses
En file indienne
Sur son terrain de jeu

N’y reste
Que du gris


Familiarisé
Avec
L’absence de phare
Sur ton océan de
Fissures
Par forte houle
Sais-tu où
Il faut que tu ailles
À présent

Ni salut
Pour l’heure
Ni retour
Vers la terre
D’une sérénité
Possible
Sur ta voie
Perdue

Bercé par les vagues

Tes doigts
Effleurent
Les abysses


De temps à autre
On te dépose
Un sourire

Ce n’est
Qu’une trêve
Temporaire
Entre deux
Pleurs
Dans ta débâcle
Face au cynisme
A-humain
De l’existence


Valez
Vous
Toujours
Ces
Nuits
Grises
Des
Veillées
Mortuaires
En sachant que
Votre Esprit
Votre Âme
S’en sont allés
Par le froid
De l’atroce
Immédiat
En celui-ci
Vos corps
N’attirent plus
Que la sève
Du deuil


Dans un carnet de route
Tu as noté
Les allées et venues
D’hiers dispersés
Noms
Prénoms
Adresses
Sourires
Ages
Parfum d’épices
Faits et événements
Ecrasés par
Un arrière-goût
Désagréable
Odeur de souffre
Puanteur des morts
Relents de sang séché
Sur la mémoire
Ponctuée d’ombres


Tu as vu
Au départ
D’un interstice
Courir
La semeuse
D’absences
Sur le centre
En friche

Rien n’a bougé
D’un iota
Par la suite

Un oiseau
S’est posé
Sur
Un je ne sais quoi de
Mort


Entretien avec Clara Regy

Tout d’abord quelques questions sur ton écriture
D’où te vient-elle ? Peux-tu définir son (ou ses) origine(s ) ?

Par la rencontre de personnes ici ou là, par le besoin de transmettre ce que je ressens, ce que je vois, des flashs mis en mots, en images ; des images et des mots qui ne se seraient peut-être pas côtoyés sans le lien poétique.

J’ai essayé d’autres formes d’expressions notamment la musique pour matérialiser certaines choses, mais cela ne correspondait pas à mon caractère solitaire et taiseux, et n’étaient pas capables d’être cette « fabrique d’images » qu’est la poésie.

Quand je me suis intéressé à la poésie, j’ai lu, alors novice en poésie, des futuristes, Maïakovski, puis des surréalistes, des auteurs de la Beat Génération, sans oublier les classiques.
Je crois qu’il faut connaître justement ces ou ses classiques. Ce qui n’empêche pas que la langue a évolué de même que le travail sur la langue et que celui-ci se retrouve aujourd’hui sous la plume ou le clavier des auteurs contemporains qui sont là et qu’ils faut lire absolument pour se rendre compte de l’état de la poésie actuellement et que celle-ci n’a plus grand-chose à voir avec celle du XIXème siècle... sauf celle de Houellebecq qui est un peu poussiéreuse et ampoulée…

Je lis maintenant beaucoup de contemporains, en revenant parfois à mes premières lectures, que je lis sous un autre jour et dans un autre état d’esprit.

Quelle place occupe-t-elle dans ton quotidien ?

Je vais briser un mythe : nul ne vit en écrivant de la poésie. J’ai moi-même un emploi, mais malgré celui-ci j’arrive à agripper quelques bribes d’inspiration quand je suis au travail. Et le soir j’écris, je tente d’écrire chaque jour, par nécessité sans doute, dans l’urgence et aussi pour travailler mon écriture.
Je lis aussi de la poésie tous les jours, dans les livres, sur Internet. Donc pour répondre à la question : la poésie occupe une grande place dans mon quotidien et comme disait Baudelaire : « Vous pouvez vivre trois jours sans pain – sans poésie, jamais ! ».

L’entoures-tu de rituels ? Des lieux, des moments particuliers...

Pas vraiment non… La lecture : je lis dans les transports en commun ou chez moi..
L’écriture : Les idées me viennent n’importe quand, je note cela sur mon portable. Je ne me dis jamais je vais écrire sur tel ou tel sujet...
Par contre pour ce qui est de l’atelier de finition, en général c’est chez moi, au calme, en retrait, je n’écoute pas de musique pour écrire…

Si tu devais définir la « poésie » en trois mots quels seraient-ils ?

Aller vers l’ombre…
Mais cela est une définition de la mienne...

Dans un sens plus large « Photographie en mots » Certain/es font des selfies d’autres des portraits...

Quels sont les auteurs qui marchent à tes côtés ?

Je marche à côté d’auteurs vivants que je connais personnellement et que je lis.
Je voudrais souligner qu’il faut lire des auteurs vivants donc contemporains. Vous y trouverez certainement votre bonheur car l’éventail d’écritures et de thèmes est vaste. Je citerais parmi ceux-ci Pascal Boulanger, Guy Allix, Seyhmus Dagtekin, Perrin Langda, Cecile A Holban, Eric Dubois. Vincent Motard Avargues, Fabien Sanchez, Rodrigue Lavallé, Keny Ozier Lafontaine, Sanda Voïca, Bruno Doucey, Paul de Brancion, Emmanuel Moses, Cécile Guivarch, Alain Suied, Anna de Sandre, Lionel Ray etc… La liste est longue et je conseille de se tourner vers des revues comme Terre à Ciel ou Recours au poème ainsi que vers les revues de poésie en général (dont je salue le travail au passage) qui font vivre la poésie et sont des passeurs de mots infatigables et indispensables tout comme les éditeurs indépendants…

Tu as dernièrement, à ma connaissance, publié deux recueils – et peut-être d’autres en préparation – ces publications ont-elles changé ta vie ou plus simplement ton regard sur toi-même ?

Oui, il s’agit de « À l’avant-garde des ruines » chez Recours au Poème Editeurs et de « Route de Nuit  » chez La Dragonne, sortis en juillet et octobre 2015.
Effectivement, j’ai d’autres recueils en préparation. Un recueil devait sortir, mais l’éditeur a eu un problème avec son diffuseur.

Comme je ne suis pas quelqu’un qui est très sûr de lui-même, c’est le moins que l’on puisse dire, cela m’a amené une certaine joie quand Recours au Poème Editeurs comme la Dragonne ont cru en moi, et par effet boule de neige une certaine confiance en moi.

Par contre, non, je n’ai toujours pas ma place réservée au resto, on ne me reconnaît toujours pas dans la rue et on ne me saute pas dessus pour me demander un autographe (rires).


Né en 1970 à Paris, ville près de laquelle il habite toujours, Christophe BREGAINT a publié dans différentes revues : comme en poésie, Le capital des mots, le cafard Hérétique, Poésie Première, Décharge, Les Cahiers du Sens, Recours au Poème, etc

Il a publié en 2015 « A l’avant-garde des ruines » chezRecours au Poème éditeurs et « Route de Nuit » chez La Dragonne


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1 Message

  • Christophe Bregaint Le 7 février à 08:02, par Serge Prioul

    Un entretien bref et concis, un peu comme un poème ! je n’aime pas quand cela s’éternise, et que l’écrivain ou le poète nous raconte tout ! tant ! trop !
    J’aime les poètes comme Christophe, qui donnent l’impression d’avoir croisé la poésie par hasard ! Comme une femme dans la rue, dans la vie, qu’on va aimer ! Pas comme une qu’on paye, parce qu’on a appris des airs, parce qu’on a plein de sons, de sens, de sous !

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