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Rodrigue Lavallé

samedi 14 décembre 2013, par Cécile Guivarch

Extraits de Hors soi


par quel bout commencer dire
ne pas dire cette chose ___
-ne pas la dire___ ce serait un bout-
mais dire cette chose pourtant

le geste lent trancher par le milieu
dans le vif du ventre ___ en extirper cette chose
qui ne demande qu’à ___ ne demande rien
qu’à
___ prendre forme




une fois pour toutes
en finir avec

dénouer cordes et mâts
___ des corps

fers croisés ___ cris de forge
tranchées dans le cœur
source rebroussée de l’enfance

un jour ou l’autre il faudra en finir
avec l’amour
la face cachée des objets

dénouer les fils qui te nomment
___ je




retour de bâton dans
la tiédeur étouffante du sang
mêlé ___ de lait maternel

son lit desséché ___ manque
le manque à dire
___ combler/tarir

on ferme l’œil
(de guingois du coup)
perd la profondeur ___ c’est

ce qu’on gagne en absence
___ on le régurgite




là-bas dehors loin
n’en plus finir n’en finit pas
mais s’amenuise à l’enclos de l’œil

l’instant fait relâche
tapisserie décollée de son mur

on sent les brèches sous le papier
défait

___ l’ajour




l’ajour

(des branches tombantes de cerisiers,
banc de bois,
toile d’ombre sur les pages,
samedi dimanche et fêtes.
une odeur de frites échappée,
de frites et de brioche aux pralines,)




d’habitude il reste ___ en surface
des sédiments
mais pas là ___ pas toujours

ou bien la croûte épaisse
amalgamée ___ d’ennui
croûte jusqu’au sang ___ même
à la plaie vive

haut/bas tête contre tête
___ bringuebalée
une voix faible fibrille à l’entaille
et ___ déchire sans qu’on sache
vraiment

___ verticale
à hauteur d’homme




des doutes et des claques plein
la tête les cheveux les talons
ne plus savoir qu’en faire

ne plus
quand perdre le sens
la démarche

puisqu’il faut bien
pour ___ suivre
des ombres toujours
___ de soi

___ ___ plus hautes




d’un rêve l’autre
une pierre l’autre lancée
contre ___ dedans ___ la boîte crânienne

des tas de pierre de toutes tailles
toutes formes ___ c’est du gravier
les mots ___ du gravier de tête

tandis que crisse au sol
retombe
au sol
plus ou moins

vertical




alors c’est ça
des trottoirs et des vies
___ ruisselantes

on voudrait en être
on se dit ___ qu’on voudrait bien
___ en être aussi

ruisseler
gris sur fond de mer
___ également

______ -puis souvent
___ ___ ça
___ ___ ___ passe-


Mini entretien avec Cécile Guivarch

D’où vient l’écriture pour toi ?

Mon parcours en écriture a été un peu chaotique. Disons que j’ai à peu près toujours écrit jusqu’à trente ans. Des tentatives de poésie qui ne rimaient pas à grand chose et ne reposaient que sur une certaine habileté. Je ne savais rien de la poésie contemporaine d’ailleurs. Puis j’ai cessé d’écrire pendant dix ans après que j’ai compris que ce que j’avais écrit jusque là n’avait rien à voir avec la poésie, juste des mirlitonades ineptes.
Et donc dix ans plus tard, il y a un an et demi, je découvre la poésie contemporaine. Je m’y essaye doucement. Je progresse, je creuse par à-coups mais plus profond chaque fois. Et c’est un long chemin qui semble s’allonger plus on avance. Un long travail de dépeçage vers son propre centre. Vers l’os.

Comment travailles-tu tes écrits ?

Ça démarre de tout et n’importe quoi. Un mot dans une chanson, parfois mal compris mais qui va déclencher un vers. Parfois c’est un vers dans un recueil, juste un mot balayé par le regard, mal lu, pris pour un autre et cet autre qui vient de moi va faire démarrer l’écriture. Ou encore une émotion au milieu du tout-et-rien de la vie quotidienne, un truc qui semble à la fois venir d’ailleurs et de très profond dedans...Et puis les phrases, les mots qui s’enchaînent, parfois sans liens logiques mais forcément liés, puisque ce sont eux et pas d’autres. Cette première phase peut aller très vite. Ensuite je relis, je mets en forme. J’essaie de comprendre où ça mène, ce que ça veut dire. Je rabote beaucoup. Puis souvent, j’ai l’impression que ça n’ira pas plus loin, que c’est fini. Et quelques jours plus tard, relisant le texte, de très légères mais essentielles modifications.
Il m’arrive encore six mois plus tard de reprendre certains textes qui semblent avoir des qualités mais où m’apparaissent enfin les faiblesses. C’est sans doute un travail sans fin...

Quelle est ta bibliothèque idéale ?

Il y aurait des romans, les auteurs qui m’accompagnent depuis longtemps, Simenon, Proust, Sade, des polars aussi pour se détendre.
Chez les poètes, ceux dont j’admire l’œuvre ou dont le travail en cours m’impressionne : Char, Ancet, Jaccottet, Mickaël Glück, Giovannoni, Sophie Loizeau, Matthieu Gosztola...
En vérité, je voudrais pouvoir acheter tous les livres qui me font envie et ne garder que ceux qui me sont essentiels. Ma bibliothèque idéale est nettement au-dessus de mes moyens...


Rodrigue Lavallé est conseiller d’insertion professionnelle dans la région Lyonnaise.
Il publie des textes dans des webzines tels que Le Capital des mots, Voxpoési, Ratures, Soc et Foc (florilèges)...
Certains sont parus dans des revues numériques ou « papier » : Incertains regards ; Bleu d’encre ; 2000Regards ; FPDV ; Les tas de mots ; Le livre à disparaître ; Paysages écrits ; Vents alizés ; Comme en poésie ; L’assaut ; Levure Littéraire ; Traction Brabant ; Gelée rouge, Recours au poème ; Haies Vives ; La Page Blanche (fin 2013) ; Nouveaux délits (avril 2014)...
« hors soi, penché », son premier recueil, paraîtra à l’automne 2014 aux éditions Eclats d’Encre.


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