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Keltoum Staali

samedi 28 septembre 2013, par Cécile Guivarch


Thé à la menthe

elle a l’immobilité lourde la mer
les jours de pluie elle se gonfle de gravité
dans les bas-fonds de la ville vertigineuse
point final des nostalgies
le thé à la menthe pris à la va-vite entre les hommes
océan gris que rien ne déride
elle se contente de chasser les oiseaux criards
face aux cafés crasseux ouverts fermés
ville contre les femmes
où traînent les hommes
leur faim des femmes leur haine des femmes
ville de tolérance où les femmes se pressent
désertent les cafés désertent les rues désertent les rêves
comme toutes les villes où chantent les muezzins
je me sens dans mon pays un jardin de pluie frénétique
de jasmins baptismaux
de glycines alourdies
je les découvre souffle court mains vides cœur battant
même si ses bancs me sont interdits
et ses cafés crasseux et son thé à la menthe
pris à la va-vite entre les hommes

une petite fille s’est jetée dans mes bras
je l’ai embrassée signant sa joue d’une empreinte de rose

elle a ri
un pays où l’on embrasse des enfants inconnus
ne peut pas mentir
face aux cafés la mer et ses flancs cuirassés d’orage

grignote les koubas d’émouvante blancheur
posées comme des souvenirs
minuscules dans le balancé marin

les étoiles s’enfoncent
____________________ le soir tombe
profuse ses lumières
____________________ déroule ses hanches de pierreries

le thé ravive l’amertume
les sages la goûtent avant l’évanouissement
Alger sous mes pieds eden dédaigné
la quitter encore vieille habitude
je veux la marteler de mes obstinations
parcours les yeux presque fermés des collines à la mer
n’oublie pas les escaliers interminables qui la déchirent
chacune de leurs marches est une grimace au temps
un clin de rêve indéchiffrable
les hommes me sourient
encore
ils ont l’ardeur facile
mer et pluie me composent des chants que je découpe
j’ai ri moi aussi
de me perdre encore
mon verre de thé à la main
sur ma bouche une trace de fraise

____ à la fin les cafés étaient seuls




Alger dernier soir

humé une dernière fois son parfum salé
qu’elle m’offre et me refuse
je me tiens à elle
les hirondelles dansent sur ma tête
je tiens à elle

dans quel rêve absurde la mer
cachée ardente dans son voile de soie
rose de soleil disparu
toujours elle menace de m’anéantir

entre les immeubles dézingués elle s’arrête un instant
quitte les autres champs de la mémoire
se range onctueuse dans l’interligne du ciel

elle remplit tour à tour les songes fugitifs
les yeux des chimères
les soupirs d’un amant poétique
accueille les vociférations lointaines

Alger au dernier soir
s’offre une averse fine

je la respire brouillonne bruyante brune
dans la pénombre d’une chambre de passage
les yeux n’existent plus
à force de décortiquer les bâtisses
hérissées jusqu’au moindre détail

grises et familières les mouettes sont voyageuses

mais alors la mer on dirait
tapis d’étoiles reptiliennes
m’attire à elle dans un corps à corps amniotique

la mer on dirait
dore sa peau de divinité impatiente
expose ses écailles au miroir du ciel
pour être si belle
beaucoup de vent fureur et mystère
du sable pour les semelles

la mer
on dirait
une baigneuse s’ébrouant au rituel d’un peintre
les vagues accourent au seuil de la toile
grise
petits chiens fous, criblés d’écume
meute hurlante aux naseaux essoufflés

Alger bat dans ma poitrine
je la quitte sans le vouloir




Les mots français se superposent aux mots arabes et ils gardent un charme secret, parfois drôle, parfois inquiétants, quand je fredonne « Mon beau sapin » avec mon frère à la maison. Mais je ne comprends rien à ce chant de Noël, dont certaines paroles me résistent : « Quand par l’hiver, bois et guérets, sont dépouillés de leurs attraits ». Le mot « attrait » ressemble curieusement à « katré » qui désigne ces lits en fer dans lesquels nous dormons. Mais le mot « guérets » ne ressemble à aucun autre. Il est complètement insolite pour moi. J’aime la musique de ces mots, leur mystère. Parfois, il est plaisant de ne pas en connaître la signification parce qu’on peut broder, autour d’eux, des tas de rêves. J‘aime les faire fondre dans ma bouche, comme des bonbons acidulés, les garder, les explorer. Je les soupèse et les compare à ceux de mon quotidien, les mots arabes. Je suis sensible déjà à la matérialité des mots. Parfois je les confonds. Noël déroule pour moi ses lumières et sa magie exotique.
A l’école, je ne joue pas à la poupée avec les autres enfants, je les regarde simplement avec envie lorsqu’ils poussent des landaus, ou qu’ils jouent à la dînette. Le coin jeu de la classe me semble un espace extraordinaire et merveilleux dont je n’ose pas m’approcher. Je suis persuadée que je n’ai pas le droit de toucher les jeux. Personne ne me dit rien, personne ne m’adresse la parole. Je sais déjà que je suis une étrangère. Je le sens. Je sens que ma place est dans le silence et l’effacement. Je suis dans une sorte de bulle ouatée, sage autant que je peux, pour me faire oublier, parfois j’entends dire : elle est sage comme une image, et je suis fière d’être une image qui ne bouge pas, qui ne dérange personne. Je suis docile et patiente. Héritage du sabr !




Alger m’ouvre une page de lumière, dans la profusion des bougainvilliers, des colliers de parfums, jasmin et meskellil. Je me délecte de sa langue colorée que je veux faire mienne et qui n’est pas tout à fait celle que mes parents parlent. L’algérois est un vocable particulier, délicieux et chantant, qui me semble une langue neuve que j’ai hâte d’apprendre dans ses tournures spécifiques. Exotique et familière.
Je fais le plein de ses curiosités architecturales, mauresques, pittoresques. Je n’ai jamais rien vu d’aussi beau. Ce contraste de bleu et de blanc que se partagent la mer et le ciel en embrassant la ville, je ne m’en remets pas. Luxuriance des jardins, magie des orangers urbains qui jalonnent les rues. Des orangers en pleine ville ! Alger devient ma ville de seconde naissance. J’arpente ses rues inlassablement. Je contourne les ballons de papier sur lesquels des enfants shootent avec véhémence, pieds nus. Les enfants m’intimident. Je n’ai pas l’habitude d’entendre des enfants parler arabe. On dirait des mots d’adultes dans des corps d’enfants. Jusqu’à présent je n’ai entendu que mes parents ou mes oncles et tantes, des adultes. L’arabe, c’est le privilège linguistique des adultes, des vieux, dont je suis éloignée. Une langue sérieuse et grave pour parler de choses sérieuses et graves. A Alger, j’apprends que l’arabe peut être aussi langue du jeu, de la facétie, de l’humour. De la poésie. Et j’ai tellement honte de le parler si peu et si mal ! Heureusement j’apprends vite et j’attrape l’accent facilement. Quand je téléphone à ma famille en France on me le fait remarquer. J’aime tant la tonalité chantante du parler algérois que je force un peu la note.




Mini entretien avec Roselyne Sibille

D’où vient l’écriture pour toi ?

Difficile de répondre à une telle question. L’origine en est lointaine puisque cela remonte à l’adolescence. Ecrire alors était une façon de poser ma singularité et de trouver un certain ordre dans le chaos du monde. Aligner les mots, les interroger, les écouter me permettait de reconstruire du sens, de mieux comprendre l’étrangère que j’étais à mes yeux, aux yeux de ma famille et aux yeux de tous les autres. Me familiariser avec cette étrangeté qui était difficile à vivre à l’âge de tous les chamboulements.
Ecrire me permettait aussi de m’emparer de cette langue qui n’est pas ma langue maternelle et qui est pourtant la seule qui soit mienne vraiment.
Kateb Yacine en parle comme d’un « butin de guerre ». Cette langue familière, lumineuse, mais qui charrie aussi une histoire violente et douloureuse.
Chacun naît avec un héritage. Le mien est celui d’une guerre violente qui a mis fin à une longue nuit coloniale, et a projeté mes parents dans un pays qui les a sauvés de la misère mais qui était aussi l’ennemi qui semait le malheur chez nous. C’est un enchevêtrement compliqué d’émotions et de sentiments contradictoires dans lequel il faut bien se construire.
L’écriture me vient aussi de la fréquentation d’écrivains qui m’ont aidée dans le chemin de l’humain et de l’universel. Etrangère oui, mais pas en littérature. Dans la littérature et la poésie je retrouvais des accents de mon histoire et je me sentais reconnue. Quand Baudelaire parle de sa jeunesse c’est de moi qu’il parle et je connais cet orage que seule l’écriture apaise. Quand Simone de Beauvoir raconte son combat pour la liberté c’est mon combat qu’elle raconte et pourtant elle appartient à une classe sociale complètement différente. Cependant je me suis identifiée à elle.
L’écriture a bordé mon chemin depuis ces années-là. Plus tard, j’ai travaillé comme journaliste à Alger et l’écriture est devenue un métier.
Puis il y a eu mon départ d’Alger pendant les années du terrorisme et cela a constitué une fracture dans ma vie. L’écriture vient de cette fracture, une autre écriture qui consiste plutôt à dire au monde ce que je suis, ce que je sens. L’écriture poétique vient de là. Coupée de ce pays où se trouvent mes racines profondes, tenaillée par la culpabilité d’être partie, j’ai trouvé dans l’écriture un lien charnel avec l’Algérie, fantasmée, brouillée de nostalgie. Ecrire est un trait d’union qui me permet de continuer à être algérienne et à le dire aux Algériens comme si cela n’allait pas de soi. Sans doute que cela ne va pas de soi.

Comment travailles-tu tes écrits ?

Chaque écrit est différent des autres. Parfois le thème s’impose à moi et le poème s’écrit très vite. L’essentiel est là et il ne reste plus qu’à polir les mots, les images.
Je travaille directement sur l’ordinateur qui est une merveilleuse machine. Il m’arrive de chercher longtemps le mot juste. La partie technique est souvent très ludique. Donner une forme, trouver un rythme, travailler les sonorités.
J’aime le temps passé à débusquer le mot qui manque à la partition. Souvent, je réalise que le texte de départ est trop chargé au point que les mots s’annulent et se font de l’ombre. Il faut alors supprimer ce qui est inutile, grandiloquent, emphatique. Petit à petit, j’apprends la sobriété.
Ce qui est plus difficile c’est la dimension mystique et émotionnelle. Ce que certains appellent l’inspiration. C’est comme une étincelle qui allume le poème. Mais il ne faut pas attendre qu’elle se manifeste au hasard d’une promenade ou d’une rencontre qui fait chavirer. Il faut aller la chercher. Parfois je la trouve dans l’écriture des autres et là, j’écris comme un dialogue, un écho à des textes lus et qui font partie de ma vie au point que je ne sais plus très bien si ce que j’écris est bien de moi. Il m’arrive de me sentir en état de fusion avec des auteurs comme Jamel Eddine Bencheikh ou Mahmoud Darwich. Quand j’écris je pense à eux. En fait j’écris en lisant et en me remémorant des bribes de poèmes, des images, des métaphores qui me poursuivent tant que je n’en ai pas saisi le sens. Je pense à certains vers de Mallarmé qui viennent se superposer aux sensations de ma vie et éclairent ces sensations. Certains vers s’incarnent alors et donnent tout leur miel : « l’absente de tout bouquet ». Tout ça se retrouve dans mon travail. Il m’est arrivé aussi d’écrire comme un peintre qui s’installe face à son sujet. Certains de mes textes sont nés dans des ateliers d’écriture et ont été ensuite, longuement repris, patiemment. Je peux passer beaucoup de temps sur une image et cela me fait penser à un travail de broderie moi qui ne sais ni coudre ni broder.

Que t’apporte l’écriture ?

L’écriture m’apporte une sensation de plénitude. Lorsque j’ai terminé un texte et posé enfin le point final, j’ai un sentiment d’accomplissement. C’est une mise au monde. Mais ce sentiment est lié à l’idée du partage. Lorsque j’écris pour moi je n’éprouve pas cela. C’est donc que le plaisir vient aussi de l’échange avec les autres, les lecteurs potentiels. On écrit pour être lu bien sûr. Pour dire aux autres quelque chose de soi qui est probablement vital. L’écriture prend de plus en plus de place dans ma vie. Elle est inséparable de moi car elle me construit tout étant fabriquée par moi. Elle est le langage qui me relie au monde, au sens cosmique du terme. Je ne peux pas mieux aimer ce monde qu’en l’écrivant. Elle me permet d’accéder à la beauté des choses. Dans les moments importants émotionnellement (c’est-à-dire à peu près à chaque instant) l’écriture se fait dans ma tête. Les phrases se déroulent, les mots naissent, les images s’épanouissent. Tout passe par les mots mais l’écriture change les mots en modifiant les rapports entre eux. L’écriture change la réalité en changeant la texture des mots, en les détournant de leur sens usé, en les redorant ou en les éliminant. L’écriture construit des émotions et dit autre chose de nos vies. Et puis, avec le temps, elle affine nos rapports avec la littérature. On apprend à la goûter véritablement comme un bon vin qui nécessite expérience, longue fréquentation, maturité, développement d’un sens particulier. L’écriture permet de développer une sensibilité, y compris dans le rapport aux autres.

Dans quel cadre animes-tu des ateliers d’écriture et quel lien fais-tu entre ton écriture personnelle et l’écriture en ateliers ?

J’anime des ateliers de façon très ponctuelle, notamment en Algérie ce qui me donne un bon prétexte pour y aller. Cela se passe dans des lieux très insolites : à Timimoun, une oasis dans le sud avec les membres d’une association ou alors à Tizi Ouzou, dans l’atelier d’un peintre, avec souvent des gens qui n’ont aucune idée de ce qu’est un atelier d’écriture. Il m’est arrivé une fois de voir débarquer des enfants, des petites filles portant foulard et parlant mal le français qui venaient me demander des cours de français parce que leurs enseignants ne sont pas toujours compétents et ne les respectent pas. Après une journée de classe, elles avaient parcouru des kilomètres pour apprendre le français. C’était bouleversant de mesurer leur soif d’apprendre et de s’instruire.

Dans mon travail d’enseignante en France, je pratique aussi des ateliers d’écriture. Cela me permet de changer un peu les représentations des élèves sur l’écriture. Ils découvrent qu’écrire cela peut-être drôle, amusant. Qu’on peut s’y essayer même quand on n’aime pas l’école et que ce n’est pas forcément le premier de la classe qui produira le meilleur texte car les critères d’évaluation sont différents. J’ai d’ailleurs souvent constaté que les textes les plus originaux, les plus créatifs, les plus subversifs étaient écrits par des enfants plutôt en situation d’échec. Mais leur écriture était moins guindée, moins travaillée par le souci scolaire de plaire au professeur, moins conventionnelle. A ce moment-là, le regard que les enfants portent sur les autres et sur eux-mêmes change et ça c’est très intéressant. Et puis, il y a aussi, chez beaucoup d’élèves, cette jubilation à lire aux autres ce qu’ils ont écrit et dont ils sont fiers. Et les raisons d’être fier en classe, il n’y en pas souvent !
J’aime également participer moi-même à des ateliers animés par d’autres. Ce sont autant de pratiques différentes qui se nourrissent les unes les autres et se complètent. La seule chose qui peut être gênante pour moi c’est d’animer un atelier régulier sur le long terme car cela finit par empiéter sur mon énergie d’écriture. Mais chaque atelier est une expérience humaine et émotionnelle incroyable.

Quelle serait ta bibliothèque idéale ?

C’est une chambre d’ami où je me retrouve après un long voyage. L’ambiance y est chaleureuse, je suis la bienvenue. Autour de moi des livres à profusion. D’abord, ils sont des objets. Alignés sur les rayons, nombreux, parfois mal rangés. Premier plaisir : parcourir ces rayonnages encombrés, tête penchée pour lire les titres. Méli-mélo, de cette bibliothèque pour les amis, où l’on relègue les livres qui ne servent plus. Arc-en-ciel, le plus beau poisson des océans de Marcus Pfister, un album pour enfants qui a émerveillé enfants et adultes il y a quelques années. Un album scintillant, lu aux enfants, offert, reçu qui traîne toujours dans ma maison et que je ne me résous pas à donner. Suivi de près par les Trois petits cochons, conte fondateur qui a occupé bien de mes soirées de maman attentive et de bibliothécaire enflammée. Chien Bleu continue à trôner et hante mon écriture quelquefois de ses yeux verts au regard bienveillant et de son pelage marine. J’ai toujours besoin d’un peu d’enfance autour de moi.
Toute l’œuvre autobiographique de Simone de Beauvoir et celle de son pendant, Sartre, qui ont accompagné mon éveil à l’adolescence, mon combat de femme, ma volonté d’émancipation, ma découverte de la politique. Mon désir non avoué d’écrire.
Une Mémoire pour l’oubli de Mahmoud Darwich, le poète de la Palestine. Qui écrit de la poésie en racontant le siège de Beyrouth par l’armée israélienne en 1982. Sous les bombes et le fracas des armes, il se préoccupe de se faire un café mais comment accéder à la cuisine tandis qu’on tire de partout ? Et cette façon de parler de la mer, devenue soudain détestable parce que porteuse de menaces de mort.
« La mer arpente les rues. La mer pend aux fenêtres et aux branches des arbres desséchés. La mer tombe du ciel et entre dans la chambre. Bleu, blanc, écume, vague. Je n’aime pas la mer, je ne veux pas de la mer parce que je ne vois ni rivage, ni colombe. Je ne vois dans la mer que la mer. Je ne vois pas de rivage. Je ne vois pas de colombe. »

Quelques romans HHhh de Laurent Binet avec cette phrase admirable : « Le cœur de Prague bat dans ma poitrine ». J’aurais aimé écrire cela. Roman historique, rigoureusement argumenté, reconstitution d’un épisode célèbre durant la seconde guerre mondiale en Tchécoslovaquie, qui raconte le rocambolesque attentat contre le «  boucher de Prague », le nazi Reinhard Heidrich. Je rêve depuis de traverser le pont Charles.
Les Hauts de Hurlevent qui m’a considérablement marquée dans mon adolescence, à cause de ses personnages étranges, presque irréels, tourmentés, passionnés, traversés de sentiments ardents et destructeurs. Le tout dans une région sombre et glacée, battue par les vents, propice à toutes les formes de rêve et de folie. J’ai tellement aimé ce livre que j’ai tenté de le lire en anglais (je ne l’ai pas terminé mais je ne désespère pas). Et puis Le Grand Meaulnes puisque nous sommes dans la folie et le rêve, l’impossible bonheur, l’effrayant bonheur. Il y aussi Gérard de Nerval avec Aurélia, Les Filles de Feu et cette propension à voir le rêve s’épancher dans le réel jusqu’à la folie, jusqu’au suicide.
Des livres puissants et tourmentés, comme les livre de Semprun que je considère comme un immense écrivain et qui réussit à faire d’une effroyable tragédie, une œuvre littéraire unique. Récits toujours repris de sa déportation, lancinants, douloureux, instructifs. J’avais lu déjà : L’écriture ou la Vie qui m’avait époustouflée, puis après sa mort, Quel beau dimanche et Le mort qu’il faut. Toujours les mêmes récits de vie et de mort, le même livre sur les camps nazis, l’engagement, la fraternité, l’amour. J’aime sa langue faite de français et d’espagnol et de russe et d’allemand. J’aime quand il regrette de ne pouvoir écrire en espagnol la beauté de cette femme souvent évoquée, ses yeux si bleus, celle qui lui a fait lire Sartori de Faulkner, sa beauté que seule la langue espagnole est capable d’exprimer : tenia del duende, tenia del angel. J’aime son regret de ne pouvoir trouver des lecteurs qui puissent comprendre et lire un livre où l’on exprime des choses dans différentes langues car une seule langue ne peut pas tout dire.
Dans un tout autre registre, Maupassant et ces romans et nouvelles, cyniques et féroces. Stefen Zweig, dont j’apprécie l’écriture soignée, les récits habiles et surprenants : Vingt quatre heures de la vie d’une femme, Lettre d’une inconnue.
Mais pour paraphraser le grand poète turc Nazim Hikmet, « les plus beaux livres sont ceux qu’on n’a pas encore écrits (ou lus) ». Alors, j’arrête là cette liste qui, sinon, risque d’être interminable.


Keltoum Staali est née en France où elle a grandi et construit une grande partie de sa vie. Elle est originaire d’Algérie, pays dans lequel elle a vécu quelques années après des études de lettres. Elle a exercé à Alger le métier de journaliste dans un hebdomadaire, Révolution Africaine, fondé par Jacques Vergès et un quotidien, Alger Républicain, journal historique dans lequel écrivaient Albert Camus et Kateb Yacine.
Revenue en France à la suite des tragiques événements des années 90, elle a ensuite été responsable d’une bibliothèque de quartier, section jeunesse. Puis, elle s’intéresse aux ateliers d’écriture et passe le DU d’animateur en ateliers d’écriture à Aix en Provence, avant de se tourner vers l’enseignement.
Elle exerce dans un collège ZEP du sud de la France tout en continuant à collaborer à divers journaux et revues : l’Humanité, Recherches Internationales, Le Matin, El Watan, Esprit Bavard.

Publications littéraires :

-  Talisman, ed Alba 2005
-  Identité Majeure, ed de l’Atlantique, 2010
- Le Mimosa de Décembre, ed Lazhari Labter, 2011
(publication en cours en Italie, Rediviva Edizioni)

Publications dans des revues : Etoiles d’encre, Nouveaux Délits, Voix d’encre, La Main Millénaire, Poésie des deux rives

(Page établie grâce à la complicité de Roselyne Sibille)


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