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Stéphanie Ferrat

samedi 28 septembre 2013, par Jean-Marc Undriener

Extraits de L’animal régulier (inédit)

on crée

par derrière

traversé
branlant



sur la croupe
des luttes
restent

perdues



on ne saura
qu’une fois pendu

l’animal

sa place exacte



vertébrale
se présentera

masse lourde

prolongée d’herbe




à ras
sommeille la main

partout
reculée

dans l’endormi



trop de temps
passé

l’œil
au visage



bien sûr

les moutons

portent la laine
jusqu’aux yeux



laisser

animaux noirs

dépourvus d’odeurs


s’attabler



vivre moins
mourir plus souvent

de plusieurs pertes



coudre
linge des oiseaux
ailes
désordre



patiente
maintenue

blindée



devant le déploiement

était-ce ainsi

la figure immense ?



l’herbe
n’est pas morte
cet hiver



s’en ira

l’œil
bordé de soif

sa part d’air

lien des grands animaux



ce qui accompagnera
portera un nom

de nouvelles branches



jour de l’arbre froid

grande main du vent

sur la petite main du visage



avec la pluie


on ne se dit rien

quelques pommes




Entretien avec Stéphanie Ferrat, par Jean-Marc Undriener

Quand et comment es-tu venue à l’écriture ? D’où provient-elle ? Que représente-t-elle pour toi ?

Je me souviens qu’elle était là très tôt, comme une boule, avec en même temps le besoin de bricoler, peindre, dessiner.
Au début, il y avait des bouts de papiers, des poèmes cachés dans les armoires, dans des boîtes, derrière les tuyaux, puis des carnets. L’écriture était là, à cause de la parole avalée. Il fallait bien que les choses se disent... Très vite donc, il y a eu la main. La même que je pouvais poser sur le dos des chiens.
L’écriture représente pour moi une matière, faite de fils et de blocs, de masses et de creux ; de silences. Elle me permet, avec la peinture, d’essayer de comprendre.
Je pense à ces mots de Guy Viarre : « Sur le bûcher, parle encore du monde ».

Pourquoi la poésie ? Est-ce un choix délibéré ou une nécessité ? Une évidence qui s’est imposée d’elle-même ?

La poésie était là, je n’ai pas eu à choisir. Sûrement parce qu’elle a quelque chose de simple, de collé à la vie, de tremblant. Je n’ai jamais eu besoin d’histoires, seulement d’approcher le sens. Tenter de comprendre le fracas.

Quels auteurs t’ont marqué en particulier durant ton parcours poétique et dans quelle mesure ?

Bizarrement, l’écriture était là, comme un instinct, mais je n’ai lu que très tard, et peu. J’étais beaucoup dehors, dans le jardin, à observer l’herbe, le ciel. La lecture ne m’intéressait guère.
Il y a eu tout de même Duras…
Je me souviens très bien, par contre, de ma première rencontre avec la poésie contemporaine, c’était un livre d’Antoine Emaz intitulé « Peu importe ».
Cette lecture m’a marquée, sa justesse, son économie, je ne savais pas qu’une telle chose pouvait exister.
Les rencontres, après, ont fait le reste, celle avec Jean-Pierre Sintive des éditions Unes a été déterminante, il m’a fait connaître des auteurs comme Bernard Noël, Jean-Louis Giovannoni, Christian Dotremont, Pessoa…
J’ai beaucoup lu Georges Perros, je me sentais proche de sa manière de faire avec ce qu’il trouvait autour, cette simplicité, Eugène Savitzkaya ,…
Je suis toujours fascinée par la force de la langue de Léo Ferré, cette marée qui emporte tout ;
comme je suis fascinée par la grande moisson que poursuit Caroline Sagot Duvauroux.

Autour de quelles thématiques fondamentales s’articule ton travail ?

Je ne sais pas. J’ai une façon de faire, comme en peinture, qui reste très archaïque. Je vois par contre que le corps est très présent, les yeux, les mains…Viennent ensuite des piliers : arbres, bêtes, terre, jours.
Je fais avec ce qu’il y a autour.
Je ne construis rien. Encore une fois, je cherche juste à comprendre. Dans le fond, je ne cherche que cela.

Quelles en sont les étapes ? Comment se déroulent chez toi les processus d’écriture et de réécriture ?

Je prends des notes tous les jours, pour garder une trace, pose quelques mots entre l’herbe à couper et le bois à ranger.
Ensuite, vient le temps du travail, de la réécriture à partir de ces notes, trier, élaguer.
Certains carnets sont liés à une période précise de la vie, parfois ces parties là font un relief, un livre.
D’autres fois, rien ne se passe. Les jours sont là et font simplement poèmes, bouquet de fleurs séchées ou squelette d’oiseau.


Née en 1972 à Aix-en Provence, Stéphanie Ferrat vit à Ampus dans le Var.
Peintre et poète, elle s’occupe également d’une petite maison d’édition : les mains.

Bibliographie

  • Viande, Editions Artci-Lab, 2000.
  • Jours d’apophyses, Pré Carré, 2002.
  • Long sur elle, Propos2 Editions, 2004.
  • Rein définitif, livre d’artiste avec Jean-Paul Héraud, L’Attentive, 2004.
  • Couvrir la bouche, préface de Jean-Louis Giovannoni, Le dé bleu, 2004.
  • Corps seulement, livre d’artiste avec Ena Lindenbaur, Remarque, 2005.
  • Abîmer de jour, La Lettre volée,2007
  • Les mains prononcées, L’Arbre à Paroles, 2009
  • Caisson, La Lettre volée, 2009
  • Réceptacle, Fissile, 2009
  • Motifs, avec Caroline Sagot Duvauroux, Nuit Myrtide éditions, 2010
  • Côté ciel, Fissile, 2012
  • Ventres, Potentille, 2012
  • Caillot, La Lettre volée, 2013
  • Cette surface bordant le noi, Propos2 éditions, 2013

Revues

Propos de campagne, La Canopée, N4728, Le Nouveau Recueil, L’animal, Rehauts.....

Sur la toile

Le site de Stéphanie Ferrat, où l’on pourra découvrir son travail de peintre, de plasticienne et une page consacrée à son magnifique travail éditorial, les mains.

Jean-Marc Undriener,
pour Terre à Ciel, septembre 2013


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