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Aziz Zaâmoune

samedi 28 septembre 2013, par Cécile Guivarch


La terrasse

-1-
Une descente molle
Dans le midi lexical
Voici :

J’étends du linge en haut

J’étends le café
La terrasse
Et des promeneurs en bas

J’étends le zénith au milieu
Le zénith mouvant
Le zénith articulé
Le zénith en marche
Descendant
Sur terre
Fondant
Liquide…

-2-

J’étends
Je laisse sécher.

-3-

Z
Comme zénith sur le trottoir :
La pire des silhouettes.




Bab Mansour

C’est écrit Bab
Et je lis Baobab

Besoin de lire Baobab
Besoin de rebâtir à pleine bouche
Cette ville inerte

Et donner consistance

Et donner consonance

Et donner envergure

Et donner vie
A tout ce qui bouge :
Baobab.

*

Besoin de fleurer bon
Le feyrouz
Le lapis
Le clair de mai.




Le jet

Reluisant
Sisyphe monte s’essouffler

Monte
Monte

S’essouffle

Se casse

Replonge

C’est la fin

Sisyphe est mort Dans son lit

Sisyphe est un cours d’eau
Potable.




Echange

Il me dit
Je lui dis
Il se tut
Rompu à tous les silences.




Format raisin bis

" Ténèbres,
Ces vêtements qui cachent Pour mieux évoquer Là où l’azur se mérite…", Ressassait quelqu’un Dans ma tête.

Elle était vêtue nue Pour régner.
Là-haut
Feyrouz et Lapis
La nourriture abondait
D’instinct.

*
Sous le ciel imberbe
Poussent des ailes.




Mini entretien par Cécile Guivarch

D’où vient l’écriture pour vous ?

J’aurais tant aimé répondre à ça à la manière d’Umberto Eco, pour qui l’écriture est synonyme de petit besoin pressant à satisfaire, mais bon… Toujours est-il que l’acte d’écrire et l’exercice naturelle et légitime de la vie immédiate, c’est du pareil au même. Et comme il est question ici de poésie…
Au départ, en faisant mes droits – comme on dit – c’était dans un but bien précis : faire carrière dans le barreau, histoire d’être patron de soi-même. Or, une fois la licence en poche, je m’étais plus délecté de recueils de poésie que d’ouvrages de Droit. C’est là que tout était déjà mis en place. Le doctorat de journalisme, le giron d’à côté, et le métier exercé par la suite n’allaient rien changer à la donne de fond, loin s’en faut. Et c’est tant mieux ainsi, que l’écriture vienne de partout et de nulle part…

Comment écrivez-vous ?

Au pif, c’est-à-dire comme ça vient. Certes, ce n’est pas toujours acquis dès le premier jet, d’où les réajustements qui s’imposent par la suite, tantôt avec bonheur, tantôt sans.

Quelle est votre bibliothèque idéale ?

Au lieu de citer les poètes qui m’ont le plus marqué, ils sont nombreux de par le monde, je me contenterai d’un seul : Paul Eluard.
La raison de ce choix est toute simple, le sieur Eugène Emile Paul Grindel m’a fait deux cochonneries que je ne suis pas près d’oublier ni pardonner. D’abord, en ce septembre 1952 : j’arrivais, il partait déjà. Comme par hasard…
Deuxième chose, plus je le lis et relis, et plus ça m’énerve, et me fait prendre conscience de l’ampleur de sa forfaiture à mon adresse : ce monsieur m’a pris mon bien, m’a dépossédé de mes textes, ces mêmes textes que j’ai dû écrire dans une autre vie, j’en ai la certitude. Comment a-t-il fait pour s’y prendre ? Je ne sais pas.

Aziz Zaâmoune

60 ans ; journaliste de profession ;
Consultant à Transparency Maroc ; vit et travaille à Rabat ;
Penchant certain pour l’autre écriture et vice versa ;
Un manuscrit, depuis la nuit des temps, mais pas de recueil édité - bof !
Lauréat du Grand Prix International de Poésie (Pau -1989) ;
Publie textes et articles dans les revues et sur le net.


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