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Lecture de Simon Degrave : « États du Big Bang », Cathy Garcia Canalès

samedi 15 novembre 2025, par Cécile Guivarch

 
États du Big Bang, Cathy Garcia Canalès, encres de Jean-Louis Millet,
éd. Nouveaux Délits 2010

C’est un petit livre qui se lit en une dizaine de minutes mais qui ne s’oublie pas de sitôt :
États du Big Bang de Jean-Louis Millet (pour les encres) et Cathy Garcia Canalès (pour les poèmes).
Il est rare, d’abord, de lire des poèmes collant d’aussi près aux œuvres plastiques qu’ils accompagnent, ou les donnant si justement à voir. C’est qu’ici, l’ordre habituel a été inversé : ce ne sont pas les encres qui viennent de surcroît illustrer des poèmes préalablement rédigés, mais la poésie qui consent à se mettre au service des encres.
Second aspect de cette réussite, et c’est en cela qu’il me semble que ces quelques poèmes relèvent de la prouesse : les belles encres de Jean-Louis Millet ne sont pas figuratives, loin de là. Comme l’indique le titre du livre, et comme le suggère l’appellation de « Chimères » choisie pour qualifier ces encres sur la première de couverture, ces dernières sont en quelque sorte inchoatives – non pas au sens où elles seraient bâclées et ne présenteraient qu’un premier jet d’œuvres encore à achever, mais parce qu’elles s’efforcent de donner à penser ce que l’on pourrait nommer les premiers états de la matière.
Tous les poèmes de Cathy Garcia Canalès y font écho puisqu’ils sont à la fois brefs et ramassés : trois ou quatre vers seulement. Comme si la densité des poèmes n’avait d’égal que celle de l’Univers avant que celui-ci ne commençât à se distendre indéfiniment.
Aujourd’hui, les scientifiques affirment que cette expansion s’accélère, et ils attribuent cette accélération à l’énergie noire, une bien mystérieuse force dont l’Univers serait aux deux tiers composé. Est-ce la raison pour laquelle Jean-Louis Millet a opté pour un bleu virant souvent au noir, bien qu’il sût aussi le délayer ? Peu importe, au fond : on s’imagine assister à la genèse du monde, on se sent témoin des premiers émois de l’Univers, et cela nous enchante.
Dans ces encres, il y a aussi une figure rose violacé, parfois presque sanguine, et qui n’a de cesse de se métamorphoser sous nos yeux. Semblant indiquer une vie sur le point de surgir, une force sur le qui-vive, elle se débat autour du bleu-noir. Elle se déplace et gravite autour de lui pour finir par s’y intégrer. Ou par y être intégrée, engloutie, dévorée par l’osmose :

Nous étions un
Puis deux
Puis vint la vie

Ainsi s’ouvre le singulier États du Big Bang de Jean-Louis Millet et Cathy Garcia Canalès – pour notre plus grand plaisir.

Simon Degrave


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