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Lectures de Simon Degrave

lundi 31 mai 2010, par Cécile Guivarch

 
Maxime Sacchetto, Selon les conditions imposées par le soleil, Gros Textes, 2023, 54 pages, 7 euros.
 
L’écriture de Selon les conditions imposées par le soleil, premier recueil de Maxime Sacchetto, est assez déconcertante. D’emblée, elle nous frappe en faisant tenir ensemble une certaine légèreté de ton et les déboires d’une rupture amoureuse :

J’ai des fois l’impression
de remonter la pente
j’ai vu cette personne ce soir
sur un banc au parc du désert
on a parlé de choses qui font rire
on a mangé quelques biscuits italiens
le ciel était joli à voir
tout rose comme ça entre les immeubles
remplis des carrés jaunes des fenêtres
j’ai cru que peut-être
il y avait quelque chose
évidemment
c’est la saison
je m’étais bien fourré
profondément
le doigt dans l’œil

Dans le recueil, de tels poèmes sont légion. Aux scènes les plus quotidiennes, les plus lourdes de promesses, une pensée ou un événement succède qui enraye l’engrenage, qui réduit à néant les efforts entrepris par l’auteur pour repartir de l’avant :

parfois ton visage s’évapore
quand je prends une guitare
que je joue quelques notes
jusqu’à ce que mon colocataire
me dise
tu veux pas la fermer

Mais l’inverse se produit également et la vie quotidienne, qui replongeait parfois l’auteur dans ses ruminations et le confrontait à son chagrin, sait aussi l’en arracher. Ici et là, le passage s’effectue sans crier gare, voire est occasionné par des choses a priori insignifiantes :

toujours les mêmes idées noires
à mesure que je colmate les failles
dans la pensée
à grands coups de poèmes [...]
mais je ne peux pas rester
indéfiniment au pieu comme ça
le bus
celui de 9h28 va partir

Pour compléter le tableau, il faudrait ajouter qu’une autre qualité de ce recueil est l’humour dont il témoigne et dont ces trois dernières citations, si elles n’en sont pas dépourvues, ne donnent pas toute la mesure. Cet humour, à la fois caustique et presque candide, parfois à la limite du burlesque, contraste avec les déconvenues narrées par l’auteur.
On pourrait noter pour finir que cet humour et cette fausse légèreté tendent à disparaître dans les quatre derniers poèmes, dont le ton est plus sérieux parce que le temps du deuil, semble-t il, touche à sa fin. Plus besoin d’humour pour parer à la détresse, donc, mais quelques poèmes adressés à la femme aimée puis partie. Si le tout premier poème du recueil nous entretenait d’une pensée « accaparée / par les orages », les derniers nous apprennent que « le soleil se donne à voir ». Que l’auteur aujourd’hui se retrouve face à « un peu de ciel bleu / une page blanche / la fenêtre ouverte ». Et qu’il n’y a plus qu’à les apprécier.

Simon Degrave


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