Suite à deux voix en majeur – à Camille Claudel, de Martine Magtyar, Éditions Unicité, 13 €Dédié à Camille Claudel, ce livre de Martine Magtyar préfacé par le peintre et poète Patrice Navaï est composé de trois ensembles. Il s’achève par un court poème intitulé Après-lire, dans lequel l’autrice partage les raisons de son écriture.
La préface nous rappelle l’histoire tragique de Camille Claudel, enfermée trente ans dans des établissements hospitaliers où elle trouva la mort. Elle fut abandonnée de tous après avoir écrit de multiples lettres d’appels à l’aide.
Martine Magtyar revient sur l’histoire de cette artiste qui fut injustement internée dans les établissements psychiatriques de Ville Evrard et de Montfavet. Oubliée de tous, elle mourut de faim et d’un manque de soins dans ces hôpitaux, devenus durant la guerre des camps de rétentions. La poète la rappelle à notre mémoire avec des poèmes, empreints de sororité et d’une forte empathie.Le lecteur est touché par le dialogue que l’autrice instaure avec la sculptrice, et la femme qu’elle fut. Car, pour Martine Magtyar, le fait que l’artiste passionnée par son art soit une femme, n’est pas étranger à son enfermement. Longtemps soutenue par son père, celle dont on put craindre qu’elle fît de l’ombre à son frère écrivain, fut finalement abandonnée aux tourments de la médecine psychiatrique.
Dès le premier ensemble, Prélude, les voix de la sculptrice et de la poète engagent un dialogue qui se poursuivra tout au long du livre. Celle de Camille Claudel d’abord, pour évoquer son art et sa vie de recluse, citant Rodin et son frère Paul ; puis cette autre, d’une Martine Magtyar mue par une forte proximité affective et sensorielle avec l’œuvre et l’artiste. Elle accompagne ainsi la sculptrice d’une amitié soutenante qui aurait eu vertu en son temps, de rompre la profonde solitude de Camille.
« Je suis cette autre/ Qui écoute / Qui entend / Mon âme en exil / Transcende le message / mon cœur, ma voix / au-devant de vous. », écrit-elle, assurant ainsi que Camille Claudel n’est plus seule.
Les poèmes de Camille et ceux de l’autrice - en caractère italique dans le texte - finissent par se rejoindre et se confondre dans un dialogue imaginaire. Au cours de la lecture, les voix semblent se répondre, s’imbriquent dans les poèmes, comme pour nouer une véritable complicité. Nous suivons ainsi la douloureuse destinée de la sculptrice au fil de cette conversation hypothétique. On y ressent la sensibilité du regard de l’autrice posé sur Camille Claudel et sa vie d’internée. Le livre souligne les injustices dont elle fut l’objet de la part de sa propre famille, pour qui une femme ne devait pas être artiste. Ainsi, Martine Magtyar s’approche au plus près de l’existence de la sculptrice, évoquant par la voix du poème, une vie d’enfermement.
Ce qui fut dénoncé comme de la folie, n’était que le fruit d’une passion infinie pour l’art et la création, semble suggérer la poète. Une passion qui parle une langue vive et brûlante, celle des artistes dans le feu de leurs créations.
où est la folie ? / quand on soustrait la vie au peintre / le livre au poète / refuse le bronze au sculpteur/ - autant briser tout désir, celui qui se dérobe !-Martine Magtyar l’entend bien cette passion créatrice, enflammée, et nous en donne des échos par cette conversation qu’elle entretient intimement avec Camille Claudel. Elle, qui fut effacée en son époque et empêchée de conduire la vie qu’elle aurait dû mener au grand jour, en compagnie de ses pairs, les artistes de son siècle.
Hervé Martin

