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« Nous les perçants » de Maryvonne Coat, par Frédérique Germanaud

mercredi 21 mai 2025, par Cécile Guivarch

 
Comme dans les autres recueils de Maryvonne Coat, l’organisation spatiale, visuelle de
Nous les perçants fait sens. Ici, l’espace matériel du livre s’organise en deux terrains
distincts, les pages de gauche, territoire de « nous les perçants », les pages de droite
celui de « nous autres ». Au milieu, la pliure, sorte de gouffre infranchissable sur lequel
viennent buter deux mondes, les vers justifiés en vis-à-vis accentuant l’impression d’un combat.

« Nous les perçants » est un nous qui a perdu sa qualité de collectif. Il constitue une sorte d’entité, une expression désignée judicieusement par un « ils » qui éloigne, positionnant le lecteur à l’extérieur. « Nous les perçants » c’est le monde qui, de lucidité en vitesse excessives a basculé dans la cécité totale. A force d’avoir les yeux continuellement ouverts sur les écrans, le gps, l’information en flux continu, « nous les perçants », sont devenus sourds et aveugles. Ils ont aussi perdu leur langue, le virtuel et l’ultra-connexion ont vidé le langage de tout contenu. Les perçants sont autant conquérants que destructeurs et leurs réseaux dits sociaux n’en font qu’une somme d’individus, un « ils » effrayant, un monde mort mais encore avide.

« nous les perçants se balancent au sommet d’un gisement de données »

En face, un « nous » réel, un nous collectif s’est organisé.

« nos doigts affairés à recoudre nos doigts à s’enfoncer en terre /à dé-conquérir le monde ». Il est attentif. Vivant. S’appliquant à déconstruire l’édifice des perçants pour renouer avec l’humain et la nature, l’humain dans la nature, « présences pauvre peuplées de rêves », relevant le défi de refaire société.

« écrire nous / oblige nous autres à ne pas taire notre faillite »

Les poèmes , vigilants et confiants à la fois, sont encadré au début à la fin par deux brefs poèmes tout en verticalité, sorte d’être debout et nu, porteur de parole en ouverture du texte, et nous ramenant à notre essence, ce « nous-même », en clôture.

Nous les perçants est un recueil politique, incisif et d’une grande beauté.

Nous les perçants, Maryvonne Coat, Isabelle Sauvage, novembre 2024

Frédérique Germanaud


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