Terre à ciel
Poésie d’aujourd’hui

Accueil > Voix du monde > Deborah Heissler, traduite par David Leo Sirois

Deborah Heissler, traduite par David Leo Sirois

samedi 15 juillet 2017, par Sabine Huynh

Les sept extraits suivants de Sorrowful Songs de Deborah Heissler (éditions Æncrages & Co, coll. Voix de chants, avec des dessins du peintre Peter Maslow - 2015) ont été traduits en anglais par le poète, traducteur et musicien David Leo Sirois.

Elle était devenue arbre.



Vous oublierez tout. Passez. Oubliez. Oubliez que c’était elle, que c’était moi, le souvenir de l’avant-veille, oublieux du vieillard aux mains brunes que j’étais devenu. De nous, vous ne devinerez plus qu’une frondaison d’arbres au crépuscule, dont plus une seule feuille ne bouge. Fixement.


Là où la vérité doit être inverse.







Elle était devenue arbre—frondaison —où le ciel tout entier vous semblera plus haut et l’heure immobile sous les branches mouillées, comme après un long silence. Passez. Oubliez tout.

Oubliez qu’elle était devenue arbre et qu’elle lui tendait les bras, ombre au soleil, chèvrefeuille noué au cœur, cathédrale à la chute du jour, gisant.




She had become a tree.



You will forget everything. Pass by. Forget. Forget that it was her, that it was me, the memory from two days before, forgetting that I had become that old man with burnt hands. About us, you will not guess more than the foliage of trees at twilight, of which not a single leaf still moves. Fixedly.


There where the truth must be the opposite.







She had become a tree—lush green fronds—where the sky seems entirely higher to you and the motionless hour under wet branches, as after long silence. Pass by. Forget everything.

Forget that she had become a tree and stretched her arms toward her lover, shadow of the sun, honeysuckle with a knotted heart, cathedral at nightfall, lying down.



NUIT


L’horizon comme un cheminement sans fin. Se perdre, ne pas insister. Bouches dans le silence. Trêve. Voir Sentir. Jouir.

Tu le sais, que quelque chose peut se passer. Que tu sens. Cri. Gorge. Nuit comme lignes qui se fondent.










NIGHT


Horizon like a journey without end. To lose yourself – do not insist. Mouths in silence. Relief. To see To feel. To enjoy.

You know it, all things can happen. You feel. Cry out. Swallow. Night like lines that merge.




FRUIT BRÛLÉ



Tu — qui bat entre deux rythmes, juste amnésie à la langue de nos désirs. Corps inclinés, paupières closes.

Spasme lumineux du bleu sur la page contre le soleil avant le jour. Creusement. Torsion de la voix et tournant ainsi étreinte ; dans le milieu du monde, rien que le ciel ouvert.





BURNT FRUIT



You – who beat between two rhythms, just amnesia mouthing the language of our desires. Bodies inclined, eyelids closed.

Bright spasm of blue on the page against the sun before day. So hollow. A twisting of the voice and turning until it fills a full embrace ; in the midst of the world, nothing but open sky.




LIGNES



Et qui manquent aux lèvres, traits de neige tenant la terre contre les vents. Impasse du seul geste de tes mains sur mes mains, habiles, ferventes.



Je t’ai rêvée bouche et nuque, pointes sè-
ches des hanches déroulant la ligne d’ho-
rizon.



Esquisse.







LINES



And lips lacking, lines of snow holding the earth against winds. Impasse of the one gesture of your hands on my hands, skillful, fervent.



I dreamt of you mouth and nape of the neck, dry points of hips unwinding the horizon line.



Sketch.





À ÊTRE MÛES SANS FIN



Paysages. Corps lyriques, petites langues. Montagnes douces et dures. Jouir et saillir. Sourdre.


Ce point de création par excès de nuit —paysages où nul songe n’aura lutté.








TO BE MOVED WITHOUT END

Landscapes. Lyrical bodies, little languages. Mountains soft and hard. To enjoy and to project. To spring up.

This point of creation by excess of night – landscapes where no dream will have struggled.




Le temps travaille.



Personne.
Toi-rien, puis toi exactement.


À te rejoindre c’était bien, je pouvais me le dire, une sorte de cocon dépouillé qui m’enveloppait chaque jour un peu plus — celui-là même qui, me détachant du monde, me ramenait à toi.

Dans la journée, je me rendais bien compte que je m’assoupissais, et ce de plus en plus souvent, au point qu’il me semblait possible à présent de te retrouver. Plus sûrement encore que cela, à me retourner sur des linéaments de sels et d’argent.










Cocon que de la main, gauche, je cherchais à briser le plus délicatement possible, sentant qu’au seuil de la maison il neigeait de plus belle — que par mille petites cheminées calmes s’insinuaient jusque sur mon oreiller, ce que je ne savais plus nommer que par des noms d’orage et d’incendie, élan, rage, hâte, emportement. Brûlure.


Tandis que loin des vivants, je me blesse les yeux.







Time is laboring.



No one.
You-nothing, then you exactly.


To join you was good, I could say to myself, a kind of nude cocoon that enveloped me each day a little more – the very one that, detaching myself from the world, brought me to you yet again.

During the day, I was well aware that I had slipped into a slight sleep, and more and more often to the point that it now seemed possible to find you. More surely than that, to look back on the lineaments of salt and silver.










I sought to break the cocoon, delicately as possible, with my left hand, sensing that at the threshold of the house it snowed again and more gorgeously – creeping through a thousand small, calm chimneys, all the way onto my pillow, was that which I no longer knew how to name but by such names as storm and fire, surge, rage, hurry, anger. Burn.


Far from the living, I hurt my eyes.






Exaudi orationem meam.







Rien de plus que le bruissement continu des semelles en contrebas dans la chambre et comme soulevé en injonctions de vent, puis resserré à la racine, dispersant sur l’allée des sauvageries élémentaires et toutes à la fois tendres.


Vides ensuite, très vite, les heures creuses de la nuit qui couvrent de confusion le silence profond de quelques marteaux — Sensiblement. Fixement. Sans maître désormais.





Elle était devenue ombre et me tendait les bras
Blanche
murmures d’ombre et d’ébène


à divaguer sur mes tempes, là-bas


— aimée Tu
qui me nocturnes.



Exaudi orationem meam.

(Hear my prayer.)







Nothing more than the constant murmur of soles below in the room and as lifted by commands of the wind, then tightened at the root, dispersing on the pathway savageries that are elementary and at the same time tender.


And then empty, very quickly, the free hours of the night cover profound silence with the confusion of a few hammers – Sensitively. Steadily. Without a master from now on.





She became a shadow and stretched her arms toward me
Blanche
murmurs of shade and ebony


to wander across my temples, over there


– You, Beloved.
Mine in the nocturne.


Bookmark and Share


Réagir | Commenter

spip 3 inside | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0 Terre à ciel 2005-2013 | Textes & photos © Tous droits réservés