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Trois petites notes de poésie, janvier 2016, par Ghislaine Lejard

mercredi 30 décembre 2015, par Cécile Guivarch

Bernard Perroy, Extraits du large, éditions la Porte, 2015

En ce recueil, la poésie est portée par le souffle de l’Océan, lorsque le vent enivre et que les souvenirs d’enfance frappent à la porte. Le bleu du ciel et celui de la mer s’accordent pour prolonger le mystère. Le goéland et la mouette pour apprendre à goûter cet esprit d’abandon et, dans le silence, devant l’immensité, toucher la fragilité.
Face à l’horizon, tourné vers le large, le poète en un monologue intérieur, s’interroge sur un départ inexorable ; il nous faudra bien, un jour, prendre la barque qui mène au pays du non retour. Mais, en attendant, méditer, écrire avec des mots « extraits du large » pour « avancer en soi / dans l’eau profonde de soi. »

Hélène Dorion Comme livres d’amour La Porte, 2005

Le poème est une porte d’entrée pour nous ouvrir au monde, tout comme l’amour : « C’est ce monde/ que tu m’as donné, un monde/ qui ne cesse. »
Qui est ce tu auquel s’adresse le poète ? peu importe , il est celui qui ouvre cette porte et guide sur le chemin, en cette Nature qui entre nous tous tisse du lien. Le je du poème : « Je piétinais sur le lac glacé » devient vite nous « nous passons », le poète est bien celui qui va de l’univers de l’un à l’univers de l’autre. La poésie de Hélène Dorion est poésie universelle, son lyrisme nous rejoint dans notre humaine condition, dans la simplicité des jours, car la vie est « entre nos mains ». Il suffit d’un visage pour nous permettre d’être au monde « comme un bateau enfin prêt à affronter le voyage  » ; au fil des saisons, les mois s’égrènent et le monde se donne à voir au fil des mots, des mots qui « se vident » et « se remplissent » ; avec aussi l’impossibilité qu’ils ont à nous révéler la connaissance la plus intime. C’est pourquoi, il nous faut toujours revenir là «  où commence/ et s’achève le poème. » ; là « où l’âme est renversée  », vers ce « cœur : minuscule/ pointe, île frêle, continent/ en nous. » Pour communier avec le monde et avec l’autre, il nous faut donc porter « l’âme comme on porte un monde » ; ne plus rien ignorer du cœur qui bat, en ce corps, en ce monde. Le dernier poème dévoile un peu du mystère de ce recueil dont chaque poème est un livre d’amour qui s’adresse au lecteur, chacun porte en lui un monde, si ce n’est le monde…


Le silence enserrait l’horizon, tout
bientôt allait s’éteindre.
Tu portais ton âme comme on porte un monde
auquel on ne croit plus.

Le dos courbé, les bras
pareils à des branches cassées
le long de ton corps, on aurait dit un ciel
effiloché, une terre rompue où chacun
est lourd de ses espoir blessés

Le chemin de lumière et le chemin de peine
s’étirent, dans la brûlure du soir
qui dénude le vaste paysage
tu n’ignores plus rien de ton cœur.

(dernier poème du recueil)

Clara Regy Ourlets La Porte 2015

En un va et vient entre les mots des poèmes et ceux posés, au fil des jours, par le père dans son calepin, la poète tisse un double portrait du père ; celui des photos prises par « elle », la mère sans doute… et l’autre qui se dessine grâce aux mots du calepin, l’homme de la terre, si proche de la nature, différent de celui sur les photos, un homme en costume du dimanche aux ourlets et plis parfaits, un homme à la chemise blanche.

Se dessine aussi sa solitude, car « elle » est absente, tout comme lui aujourd’hui mais tous deux revivent sous la plume de Clara Regy ; le père est là, « comme un arbre vivant » ; c’est un regard d’amour et de tendresse que traduisent les poèmes ; ils font revivre le père mais aussi « elle » par petites touches comme dans les tableaux impressionnistes pour n’en retenir que l’essentiel et leur lumineuse absence.

Ghislaine Lejard


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