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Pierre Rosin - Jardin doux et amer (extraits)

mercredi 30 décembre 2015, par Cécile Guivarch

Sur le parcours déserté il ne reste rien
Les dernières traces s’effacent
Pas de pont pas de gué
Pas d’herbes
Pas de cailloux qui roulent
Ni ronces ni orties
Aucun bruit pas un murmure
L’idée même qu’on puisse aller d’un point à un autre
se dissipe
Peut être dans le puits sans fond de ma mémoire
Enfouie
La marque incertaine d’un souvenir imprécis
Le chemin qui allait de toi à moi
Et qu’un dernier coup de gomme
Fera disparaître

Je dessine ma vie comme une arabesque
Qui se déroule
En pleins et déliés
Boucles et ruptures
Il y a si longtemps que je dessine obstinément
Je ne sais plus où la ligne commence
Ni ce qu’elle raconte
Elle avance
Sans me dire où elle me mène
Je la veux déliée élégante
Pourtant chaque trait est laborieux

Il n’y aura pas de repentir

Je me souviens
Vous arriviez
Mains nues
Du plus beau pays du monde
Reflux du temps de la haine, des armes, du sang, de
la misère
Rejetés par la terre qui vous a modelés

J’ai gardé la vieille valise en bois et des années de
clous rouillés
J’en ai fait des sculptures des images

Vous portiez déjà en vous
L’image que je dessine
Les mots que j’écris
Sur les murs d’un paysage triste
Qui n’était pas fait pour vous

Où sommes-nous arrivés

Parfois il faut partir
N’emmener que le nécessaire
Un parfum
Le vert des collines
La douceur du soir
Le souvenir d’un visage
Quelques mots
Un crayon
Des feuilles de papier
Pas d’adresses
Et la certitude de ne pouvoir faire autrement

Dans le jardin de mon père
Il y a des carottes des tomates
Des fraises
Des haricots

Des nourritures colorées et concrètes

Debout à ma fenêtre
Je peins par petites touches

Dans un coin de lumière discrète
Derrière la sauge et le romarin
Posée sur un lit de fleurs aux couleurs douces
Le portrait d’une femme

Jours de rouille

Une image s’échappe de mes mains
Elle me ressemble
Je la regarde
J’y vois un autre
En moi et loin déjà

Comment se parler

Je n’ai pas les mots pour dire
Elle raconte qu’il n’y a pas les mots
Pas celui qui pourrait les dire
Pas celui qui pourrait les entendre

Tu es d’ici, tu es d’ailleurs
Tu marches sur des chemins que tu ne connais pas
Sans savoir où tu vas, tu marches
Tu dis aimer les choses simples
Mais à suivre la voie qui se présente
Tu t’es emmêlé dans les fils de ta vie

Tu pressens qu’il n’y a plus d’issue
Les lignes s’enchevêtrent
Gribouillis de paysage
Que tu essaies de démêler
Vont-t-elles se refermer
Vont-t-elles se défaire
Te laissant dans la peur et le désarroi
C’est ta vie
Tu marches et tu souris

Dans le terreau de ma mémoire
Ne poussent que des clous tordus
Rouillés
Qu’on garde
Ça peut toujours servir
Et qui ne servent à rien

Faites venir les enfants
Nathan l’intrépide
Nilla la rebelle
Jouez
Saccagez les parterres
Et nos vieilles rides
Avec vous je peindrai
Le bleu du ciel
Le vert des arbres
Une maison un grand jardin
Les parents les enfants les amis le chien
Un grand soleil et quelques fleurs

Pierre Rosin est peintre à l’huile et en images numériques, illustrateur et poète. Il a illustré "les gens polis ne font pas la guerre à autrui" de Jacques Thomassaint paru chez Soc&Foc en 2014 ainsi que "Sacrés" de Jean-Claude Touzeil paru aux éditions la Lune Bleue en 2015.

Il expose actuellement un ensemble de ses images et poèmes, « jardin doux et amer ».

C’est d’abord un dessin, très épuré, des lignes fluides, presque une écriture. Toujours des personnages ; ce qui permet de structurer le dessin en lui laissant une grande liberté. Vient ensuite l’image. La mise en forme, le passage à la couleur, sont réalisés sur ordinateur. La couleur vient renforcer le thème du dessin de façon que chacun garde sa force. L’image est imprimée et si le modèle obtenu s’y prête, il est transposé sur toile et peint traditionnellement à l’huile.
La poésie accompagne le parcours, l’écriture en est un aboutissement.

Écrit au dos de « jardin doux et amer » :
Je lance mes lignes au hasard. Elles s’entremêlent, s’agrippent les unes aux autres et finissent par faire un dessin et du dessin naît une image.
Il s’y accroche parfois des mots, des idées, des souvenirs vrais ou faux qui remontent et s’envolent comme un poème qu’on libère.

Pierre Rosin habite près de Poitiers.

http://www.pierrerosin.fr/


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