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Parler Aux Oiseaux - Gianni-Grégory Fornet

vendredi 19 avril 2013, par Jean-Marc Undriener

Dans Parler Aux Oiseaux de Gianni-Grégory Fornet, écrire, c’est prêcher à la palangrotte, lire les abysses au fil. Sans doute, écrire Parler Aux Oiseaux de Gianni-Grégory Fornet, c’est comme lire l’inconscient au clair d’une Z.A.P., une Zone d’Autonomie Poétique cachée dans les plis d’une nuit furtive, aux abords du texte à fleurir, aux environs d’avant lui, dans cette aire indécise, à saisir avant fermeture. Après ce saisissement, apparaissent les 142 plages de ce Parler Aux Oiseaux, c’est dire :

une voix sur les ailes des pages, multipliée en un monologue polyphonique, organique, au sein d’un rêve retroussé côté réel ; une mise en espace de la mémoire et du conte où se meuvent des personnages chers et brutalement incarnés (un garçon lecteur, et Denis Rebecca, conteur de scribure, et Francis « Francesco » Cothe, tatoueur de souvenirs, aussi la femme en cache, et Clara, Monica l’Amour..) ; Parler Aux Oiseaux de Gianni-Grégory Fornet : une langue de terres finement accessibles d’où le narrateur gigogne et ubiquiste tire en le tissant le texte à lire, puis dire.

Extrait (pp. 9-10) :

Qu’est-ce qui ne va pas avec vous ? C’est la première question à se poser. Vous ne pourrez pas raconter une histoire si vous ne comprenez pas ce qui ne ne va pas avec vous. Si vous ne comprenez pas ce qui ne va pas, vous ne ferez pas un bon début. Si vous n’avez pas un début bien ficelé, vous construisez les yeux fermés, un mur où, au fur et à mesure, le décalage est visible à l’oeil nu. Et si on n’a pas un bon début, on n’a pas la bonne fin. La première question ce n’est pas, alors qu’est-ce qu’il se passe ensuite ? Non, mais qu’est-ce qu’il y a d’abord. Qu’est-ce qui ne va pas ? C’est la première pierre qu’on pose, sur ce qu’il y a d’abord. C’est comme ça. C’est le début du conte.

C’est parce que quelque chose ne va pas avec vous que vous n’arrivez pas à finir une histoire. A en venir à bout. Finir par la raconter. Et c’est aussi pour cela que vous l’écrivez. Vous vous lancez, vous êtes lancé, et écrivez : le conte commence par ses propres objets. Ecrivez : d’abord, l’obscurité. Et vous écarquillez et qu’est-ce que vous voyez ? Vous écarquillez vos yeux derrière vos doigts, petit à petit, et ça vous fait comme des sphincters à la place des yeux. Vous vous escrimez. Quelle est la forme qui vient en premier ? Est-ce la silhouette d’un humain derrière un feuillage ? Décrivez : quel est ce lieu, si c’est un lieu ? Ecartez, il faut écarter les chairs du conte pour y pénétrer et commencer par nommer les objets, les silhouettes, les formes, émergés de l’obscurité.

Jean Palomba,
mars 2013


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