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Né sans un cri d’Amandine Marembert lu par Luce Guilbaud

dimanche 15 janvier 2017, par Cécile Guivarch

L’enfant qui fréquente le secret.
Né sans un cri. Amandine Marembert. Les Arêtes.

Elle parle au nom de Jasmin, à Jasmin son fils, pour lui et pour nous.
Deux textes sur chaque page, le premier presque clinique nommant les évènements de la découverte de l’autisme de l’enfant. Le second s’adresse à cet enfant dans la douceur et la tendresse de la relation. Elle parle à l’enfant de « quand il était petit » comme tous les enfants aiment à se l’entendre raconter. Mais ici, on ne sait pas si l’enfant peut entendre cette parole. C’est à nous qu’elle parle.

Jasmin, un petit garçon un peu silencieux, un petit enfant venu de la lune. L’enfant poétique par excellence mais il n’est pas enfermé dans une description, entre les pages d’un livre. Il y a ici surtout des questions. Ces textes sont écrits pour libérer une parole intérieure qui reste une énigme pour les parents.

Amandine a déjà écrit sur ce sujet un livre émouvant : Et s’il ne parlait pas également aux éditions des Arêtes. Celui-ci nous donne autant les gestes de l’enfant, ses habitudes confrontées à celles des autres enfants. Cet enfant « qui fréquente le secret » vient à nous par tous les silences qu’il « chantonne ». Il est au cœur du poétique et pourrait être l’un des personnages de Le Clézio, enfants différents, venus d’ailleurs, pesant à peine sur le réel. Mais si ces enfants nous ravissent dans une lecture, ils ne peuvent vivre et grandir dans notre monde.

Cet enfant qui « promène son énigme sur le chemin qui poudroie de travers » est aussi celui qui impose aux parents « un deuil plus important qu’un autre ».
Le rythme des textes est une sorte de liste qui devient vite envoutante comme une musique, comme le bruit du train qui nous entraîne vers ailleurs. Des phrases courtes, un vocabulaire qui va à l’essentiel. « Tu nous racontes la vie dans ses marges insaisissables » dit la mère à l’enfant. Tout est juste et retenu dans ces textes sans complainte, sans colère.

C’est un témoignage mais aussi une écriture qui ne nous laisse pas indemne. La mère s’est glissée dans la bulle de l’enfant et sa poésie nous livre des images pour déplacer le réel, nous faire entrer dans une sorte de « fantastique » provoqué par la vie quotidienne. Nous passons avec la mère et son enfant de l’autre côté du miroir mais nous sommes surtout confrontés à une parole poétique puisée au cœur d’une expérience essentielle et urgente.

Luce Guilbaud


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