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Lucien Noullez

vendredi 19 juin 2015, par Cécile Guivarch

Né en 1957. Enseignant, poète, critique littéraire, diariste.
Publiée essentiellement à l’Age d’Homme, à l’Arbre à paroles, au Tétras Lyre et chez PHI, son oeuvre a été primée de nombreuses fois (Prix Casterman, Hubert-Krains, Polak, Gauchez-Philippot, Robert-Goffin et Maurice-Carême).
Sensible à toutes les Ecritures, son univers décline une légèreté sautillante, un humour qui peut être incisif, une humanité apte à saisir les multiples qualités de l’être. Sa poésie aime les ellipses, les raccourcis, les incises, les blasons. Elle donne sa mesure pleine en quintils aérés, en petites proses fluides, en fabulettes de moraliste aigu, vif, moqueur.
Le poète Noullez s’inscrit dans une lignée de poètes qui savent associer quotidienneté et réalisme poétique. On le sent très proche de noms comme Max Jacob, André Schmitz ou de Fargue.


Extrait de Buisson, le visiteur

Mais quel oiseau viendrait ?

L’enfance avec l’enfance
et la tasse de flûtes.

Et le pardon
dans son odeur de foin blessé.


Extrait de Comme un pommier

LE PASSAGER
Au bord du fleuve on voyait des poissons
remuer plus étrangement que les étoiles
et bousculer des poignées de lumière
pour disparaître comme des avions dans les nuages
en un instant sauvage et net.
C’était la leçon du matin.
Après il fallait retrouver les hommes.
On montait le chemin qui portait au village
où les cuisines s’allumaient sur le coteau.
Le vent se levait, emportant la
Stupeur d’avoir été tout à la fois
le passager des abysses
et du ciel.


Extrait de Autre chose qu’un bouclier

Mais déjà la fatigue aux reins de lilas
tombe sur nous et laisse dans la cour
un voile de paroles.
C’est peut-être aujourd’hui parmi les phalènes
qu’un ange va venir annoncer le seigneur.
Il se fait au milieu des rires
une fissure imperceptible, un très léger
passage
offert au vide,
Comme si les lampes du festin,
les joutes des couverts et les éclats
de voix pouvaient ouvrir la porte
à la jeune beauté flambant dans son ivoire.


Extrait de L’ouïe fine

Un pou, ta fille,
dit la femme à sa sœur.
Il arrive que la nuit tombe
sur les compartiments houleux
où se tricotent les familles.


Extrait de Escarpe et contrescarpe

Il faudrait demander pardon pour ces poèmes.
Je les écris dans des cafés, je bois, j’écris.
C’est dur de n’être pas moral et c’est
plus dur encore de vivre sagement,
de vivre avec un sang plein de cailloux
qui nous menacent
et d’avaler la nuit
plutôt que ces breuvages noirs
où j’espère trouver
l’ange froid,
l’ange simple.


Extrait de Un crayon pour les acrobates

Pour la voie cinq, on passe par les escaliers. Le souterrain sent l’eau croupie, les rails luisants exhalent le bitume. Et c’est pourtant d’un pas léger que l’étudiante court au quai. Elle s’écroule en souriant dans le wagon pris de justesse. Il reste une minute minuscule, puis tout s’ébranle en grimaçant.
Vers quel bonheur ?


Extrait de Impasse des matelots

UN MATCH DE FOOT
La lune est un ballon taiseux,
mais les petits enfants y jouent dans l’herbe
à peu près comme les géants de la télé.
Évidemment, l’herbe est plus fraîche ici
que dans l’espace. Les penalties
sont mieux tirés
et les mères consolent des blessures.
Mais les garçons ne sont pas loin
des cosmonautes.
Ils poussent un astre entre les jambes du destin.
Ils réveillent le voisinage
quand le grand miroir du soleil
voudrait dormir un peu, aussi !


Extrait de Sur un cahier perdu

Quand Rome sous la neige fait ses acrobaties
la soutane blanche blanchie enfin par le vieux ciel
et le vieux Capitole enrobé de verglas ;
Je vous le dis, c’est alors que l’on est Romains
glissants et catholiques
et dérapant et vespasiens
et instables sur nos motos,
mais rieurs,
nom de dieu comme des anges qui
jetteraient de la fausse blancheur
autour des auréoles.
Et c’est alors qu’on est croyants
dans la petite boue des petits pas,
quand la splendeur se racrapote sous la glace
et implore un peu de pitié.

Parmi tous les titres (une vingtaine), pointons plus particulièrement :

  • Buisson, le visiteur (Editions du Pairy, 1989),
  • Comme un pommier (L’Age d’Homme, 1997),
  • Autre chose qu’un bouclier (Tétras Lyre, 1998),
  • L’ouïe fin (PHI, 2001), Escarpe et contrescarpe (PHI, 2003),
  • un crayon pour les acrobates (L’Age d’homme, 2006),
  • Impasse des matelots (L’Age d’homme, 2010),
  • Sur un cahier perdu (L’Age d’Homme, 2013).

Ces seuls titres poétiques ne doivent pas nous faire oublier que Lucien Noullez tient son journal, deux volumes publiés à L’Age d’Homme, qu’il déploie une vaste activité de critique littéraire (après La Cité, La Revue Nouvelle, ou encore La Revue générale, le voici au Journal des Poètes, à Recours au poème, où il découvre ses coups de cœur de la poésie francophone ou traduite). Il fut chroniqueur à La Libre Belgique.
Ecrivain en résidence à l’Academia Belgica de Rome à plusieurs reprises (2007, 2009, 2012).

Choix de poèmes et présentation par Philippe Leuckx


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