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Le rouge de Maram (extrait) de Frédérick Gambin

dimanche 23 avril 2017, par Cécile Guivarch

À l’Enfant de Lattaquié

...

Et puis s’est levé un appel

Maram Al-Masri.

Longtemps je me suis demandé

Ce que ce petit point noir

Faisait dans l’aube

En fait

C’était mon œil

Pour l’éclairer

Petit

à

petit


Se donner femme
Depuis la bouche de ses lèvres
jusqu’au monde
se donner
Tout ce qui vaut d’être homme aussi

Rouge

Depuis la braise de ses pas
Jusqu’à la perle de sa voix

Maram

Certaines portes n’ouvrent
que par temps chaud de foyer
les bras

Oui tous ces bras qui te demandent

Un baiser.


Entre les ruines
Une femme marchait seule

Un homme à sa cuisine cendre
Tentait de ranimer les morts

Il y avait dans le jardin pour ce qui fut des fleurs
Des bombes
Un puits détruit
Un arbre sec

La femme passa son regard
Sur le sol roulé de ces tombes

On vit dans ses cheveux jouer les balançoires
L’homme restait prostré au milieu des décombres

Elle avança
Comme dans une
photo brûlée
Elle avança

Et chacun de ses pas semblait calmer chaos
L’homme prit un oiseau dedans
Voulut chanter tout comme lui
La femme sortit de sa hanche

Une lyre

On vit du rouge enfin danser
des lèvres

Le ciel retrouva ses branches !


Une geste
Féconde -
Un geste
Sans nom.
Ce rouge
Maram
Il naît des enfances perdues

Ce rouge-là
Il a tes yeux quand tu les fermes
Pour donner braise à tes paupières

O Rouge-là,

Tu peux baigner tout l’océan
Le rouge c’est toujours du sang
Et chaud et froid de ce moment
Que les yeux tiennent beau le ciel

Oui nous la cueillerons la vie
Voici des lèvres pour le jour
Voici des lèvres pour la nuit

Maram

La fleur qui compte ses pétales
En sait beaucoup sur la passion

Levant sa robe
Oui nous voyons danser dedans
Tout un printemps

Ce sont des lèvres qui embrasent
La vie quand elle saigne trop
Des lèvres perdues qui se parlent
Un peu moins seules dans leur rêve

Et tout ce rêve est de partage
Il nous regarde quand on berce
La vie d’amour rouge même

O rouge même
pour rien -

Maram

C’est cette enfant qui tremble qui nous dit :
Voici nos lèvres.


Il y eut tout
Des fous des rois
Cette enfant n’est pas morte

Ainsi l’Histoire
Jusqu’au saoul rire de douleur
A la morsure de nos lèvres

Nous fûmes

Cette enfant jamais morte –

Elle nous dit Nous pouvons être
la possibilité d’un rêve qui s’annonce

Puisque tout simplement nous sommes.


De quoi dis-tu

D’un rien la manche du matin se mit
À délacer toute rosée
Elle marcha déshabillée
parmi nos ventres

Cela fit aux yeux je ne sais
Quelque marée...
De ce qui monte dans le bleu
Des yeux tombés

Tu la vis la vague annoncée
On la dirait coulée depuis
Ta lèvre

Puis on la voit passer rivage

où trempe l’air

tu dis de quoi de rien la vie
Merci.


Frédérick Gambin

Il est né, le petit, la tête dans le ventre, un 14 avril 72. Demandez à Loustic ; il en sait quelque chose, lui, de ces élans avec la vie, quelques détours de défoulé, parfois, ce qu’on nomme colère, ou révolte. Parmi les genêts de Sannes, hameau luberonné, dans ces années de grandissante flamme, il a vu les buissons porter à lui sa raison d’être : poète !
Il s’est longtemps dès lors échiné dans les arbres, a construit ses cabanes, s’est essayé avec les feuilles. Le stylo a pointé vers l’âge des quinze ans : sonne le jour, sonne l’heure, sous la lumière d’Eluard.
Il faut bien sûr du temps pour vivre libre en l’écriture. L’école n’y aura rien fait, sinon pour apprendre à marcher un peu dans les mots ; depuis le CP jusqu’aux années parigotes, HIV et autres, c’est avant tout hors des sentiers battus que le Loustic aura foulé ses chemins de traverse.
On mettra ça au nom de crise... quarante années peuvent changer la vie ; tourneboulé, Loustic a crû, ou crue, de tous côtés ça sort, bâtisseur. Du temps présent, j’écris présent, et je dis je, avec le sentiment profond d’avoir trouvé quelque chose de vrai, de moi, pouvant parler aux autres. Par ces lignes d’une écriture qu’on appelle vers, tout ça peut devenir enfin une œuvre, un poème de vie,

Un Poème qui se vit,
en corps
et âme
Loustic

... nous signalons d’ailleurs en ça une façon de démesure chronique,

anarchiste
chrétienne
hétérodoxe
et paraphilanthrope

... pour meilleure explication : demander à la poésie.

Bibliographie

Livres d’artiste :

  • La Rose
  • Le Hêtre pourpre
  • SucréSalé
  • Un quelque chose d’Océan

Manuscrits (non encore publiés) :

  • Histoires poétiques
  • Les terres d’ocres
  • Appel de la présence
  • L’Homme-vers
  • Astérographies
  • Opéra –Poème Paléolithique

Deux mentions prix au festival de Montpellier 2015 (revue Souffles)  : pour « Sentier(s) »

Publications en revue :
Revue Souffles, Ecrits du nord, Microbe, Dissonances N°32
+ sur le net
http://www.recoursaupoeme.fr/fr%C3%A9d%C3%A9rick-gambin/traverses

Frédérick Gambin, dans Un ange à notre table sur Terre à ciel


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